Dans le cadre de la cérémonie de la pelletée de terre du futur Club Med, qui s’est tenue la semaine dernière à Tremblant, nous avons pu échanger avec Vincent Giraud, directeur général des ventes de Club Med au Canada et en Amérique du Nord.
Profession Voyages : Alors que le seul Club Med présentement ouvert en Amérique du Nord est au Québec, et que le deuxième village de montagne de la marque le sera aussi, qu’est-ce qu’on peut en conclure?
Vincent Giraud : Ça signifie d’abord que le lien entre le Québec et le Club Med, comme le souligne régulièrement Carolyne Doyon, présidente de Club Med Amérique du Nord, il est très, très fort.
Le Canada [lire : le Québec surtout] est aujourd’hui le troisième marché mondial pour Club Med. Il y a six ou sept ans, c’était peut-être le huitième ou le neuvième, et donc l’arrivée du Club Med Charlevoix a eu un effet de halo considérable sur la marque et sur sa notoriété au Québec, puis au Canada de façon générale.
Ce qu’on peut aussi dire, c’est que le marché originel du Québec et du Canada, pour le Club Med, c’était autrefois un marché de clients qui voyageaient surtout l’hiver, dans le sud, essentiellement en tout-compris. Désormais, on sent un intérêt croissant pour les vacances à la montagne.
Ensuite, le Club a des valeurs très communes avec les Québécois (mais aussi les Canadiens de façon générale), c’est-à-dire la convivialité, l’esprit festif, la gentillesse, en plus de l’héritage français pour les Québécois.
Donc le taux de pénétration de Club Med au Québec est très fort, et ce pour deux raisons : il offre des vacances qui correspondent aux habitudes de vie des Québécois et parce qu’il y a cet héritage de valeurs et de langue française.

Carolyne Doyon et Vincent Giraud au Club Med Michès, en République dominicaine.
PV : Pourquoi l’Amérique du Nord est-elle devenue si importante pour Club Med?
VG : Club Med est un leader mondial des vacances en ski en tout compris, et 30 % de nos villages sont à la montagne. Nous sommes très forts dans les Alpes mais nous avons aussi cinq villages au Japon, en plus de la Chine. Or, l’Amérique du Nord est le premier marché mondial en terme de nombre de skieurs. Nous développer ici est donc source de grandes opportunités pour nous.

Le Club Med Charlevoix.
Quand nous avons vu que le succès du Club Med Charlevoix a été quasiment immédiat – je dis quasiment parce que durant les premiers mois, c’était encore la pandémie –, et que nos objectifs ont été rapidement atteints, nous avons pu accélérer le développement nord-américain et choisir Tremblant pour le faire.
PV : En quoi le Club Med Tremblant sera-t-il semblable, mais aussi différent de celui de Charlevoix?
Déjà, il sera semblable parce que ça demeure un Club Med, avec un savoir-faire qui est plutôt familial et orienté sur le bien-être ainsi que les plaisirs de la table.
Ensuite, nous avons des standards qui sont souvent similaires d’un village à l’autre, et le Club Med Tremblant sera un village de montagne qui comprendra autour de 300 chambres, similaire à celui de Charlevoix, et qui sera lui aussi quatre saisons.
Le Club Med Tremblant accueillera aussi des enfants, mais ce qui sera différent, c’est qu’au Club Med Charlevoix, on accepte les enfants à partir de quatre mois, avec encadrement, alors qu’à Tremblant, on va accueillir les enfants de tous âges et l’encadrement va commencer à partir de l’âge de deux ans.

Un rendu du futur Club Med Tremblant ©Menkès Shooner Dagenais LeTourneux Architectes
Sinon, on va retrouver la même offre de montagne durant l’hiver, avec le ski et d’autres activités, alors que l’été, on offrira des activités de plein air et de bien-être dans les deux complexes, une formule qui connaît beaucoup de succès dans Charlevoix.
En ce qui a trait aux différences, l’atmosphère sera complètement différente entre les deux villages. Au Massif de Charlevoix, on est dans la nature, face au Saint-Laurent qui est magique et magnifique, et dès qu’on arrive là-bas, on a la tension qui baisse, on se sent bien et on profite du paysage. De l’autre côté, Tremblant forme déjà un village trépidant avec beaucoup d’animation et d’activités, et le domaine skiable offre du ski aussi sportif que dans Charlevoix, mais avec une ambiance différente.
PV : Vous attendez-vous à avoir une clientèle plus internationale à Tremblant, en raison de la notoriété déjà établie du domaine et du village, mais aussi de son accessibilité?
VG : Tremblant est effectivement plus facile d’accès pour les marchés hors Québec, avec la proximité de l’aéroport de Montréal et de celui d’Ottawa, qui est à environ 1 h 30 lui aussi. Le fait qu’il y ait une bonne accessibilité aérienne devrait en effet nous aider à avoir une clientèle internationale peut-être un peu différente.
Durant l’hiver, la première clientèle de Charlevoix est déjà états-unienne, ce qui nous laisse penser qu’il en sera de même avec Tremblant, à plus forte raison grâce à la proximité des deux aéroports.

Bien-être au Club Med Charlevoix :: ©ColinRousseauPhotographe
Mais la clientèle de base visée pour Tremblant demeure la clientèle québécoise, puis les Ontariens, et ensuite viennent les États-Uniens ainsi que les Sud-Américains. Au Club Med, nous avons une très forte clientèle brésilienne et mexicaine, qu’on va forcément retrouver à Tremblant.
Enfin, il y aura bien sûr des Français et des Européens en général, qui voyagent beaucoup au Québec, surtout durant l’été.
PV : Puisque ce prochain Club Med sera aisément accessible pour les Québécois, en quoi les conseillers en voyages d’ici vont pouvoir en tirer profit pour leurs ventes?
VG : D’abord, la clientèle canadienne et québécoise, grâce à l’OPC ici et au TICO en Ontario, a avantage à traiter avec un conseiller en voyages car cela lui permet de bénéficier des dispositions relatives à la protection des consommateurs, comme vous le savez.
Mais puisque plusieurs Canadiens, quand ils voyagent, ont l’habitude de passer par un conseiller en qui ils ont confiance, et qui les accompagne dans tout leur séjour, ils devraient avoir le réflexe de continuer à le faire pour le Club Med Tremblant. Qu’ils aillent dans le sud, en Europe ou en ski dans les Alpes, il leur sera tout naturel de passer par un conseiller pour réserver un séjour au Club Med Tremblant, comme ils l’ont souvent fait pour Charlevoix.
De leur côté, les conseillers auront un produit de plus à proposer à leurs clients, une alternative aux vacances traditionnelles dans le sud ou aux séjours de ski en Europe ou ailleurs.

Rendu de la future piscine intérieure du Club Med Tremblant ©Lemay Michaud
C’est sûr qu’il y a moins de clients qui réservent un séjour au Club Med au Québec que pour des vacances à Punta Cana, mais il y en a quand même une bonne partie qui préfère passer par un agent de voyages.
Il faut aussi se rappeler qu’après la pandémie, le programme Explore Québec offrait des rabais de 25 % sur plusieurs forfaits proposés par le biais des agents de voyages. Cela a donc permis à plusieurs d’entre eux de se créer une clientèle, et cette clientèle leur est restée fidèle, y compris pour le Club Med de Charlevoix. On peut s’attendre à ce que ce soit également le cas pour Tremblant.
PV : Jusqu’à quel point les changements climatiques vous influencent quand vient le tremps de choisir un nouveau site pour un village? Pensez-vous plus montagne que plage, désormais?
VG : Déjà, nous avons un programme baptisé Heureux d’agir, qui nous est très cher et pour lequel nous essayons de réduire notre consommation d’énergie et l’impact des déplacements de nos clients – en allongeant les durées de séjour et en développant un tourisme davantage orienté localement, par exemple.
Pour ce qui est du choix des futures destinations, on n’écarte pas les sites balnéaires parce que les gens ont de plus en plus chaud en vacances; en revanche, on voit la montagne comme une opportunité, pas seulement l’hiver pour le ski, mais aussi l’été où en mode quatre saisons. En allant dans les Alpes, dans Charlevoix ou à Hokkaido durant l’été, on profite de l’air frais et du plein air – l’esprit des coolcations, en gros.

Club Med Kiroro Peak, Japon.
Bref, on aborde désormais le développement de la montagne en pensant aux quatre saisons, en privilégiant les sites où on a un potentiel d’avoir plus de neige ou une expérience hivernale ou quatre saisons plus longue, tout en évitant les stations alpines situées à des altitudes trop basses ou qui risquent de bénéficier de moins d’enneigement.
PV : En terminant, avez-vous des projets pour d’autres établissements en Amérique du Nord? Dans l’Ouest canadien ou la Nouvelle-Angleterre, peut-être?
VG : Puisque la clientèle nord-américaine est la première clientèle mondiale pour le ski, et compte tenu du succès de Club Med Charlevoix basé sur notre savoir-faire en vacances de ski tout compris à l’échelle mondiale, nous voulons tirer profit de l’énorme potentiel de l’Amérique du Nord.
Nous avons donc des projets que nous souhaitons développer en Amérique du Nord, soit au Canada, soit aux États-Unis – peut-être d’abord aux États-Unis, en fait, puisque nous aurons déjà deux villages au Canada et que la clientèle états-unienne est encore plus grande que la clientèle canadienne.
Même si les tensions géopolitiques perdurent, la clientèle états-unienne est suffisante en volume pour garantir un achalandage en soi : elle forme un marché local qui est autosuffisant. Au surplus, s’établir aux États-Unis, c’est ouvrir un marché qui est le premier au monde pour le tout-compris.
En nous implantant aux États-Unis, nous avons donc un potentiel de croissance qui est extraordinaire, si on tient compte de notre savoir-faire et de notre statut de leader incontesté en termes de vacances de ski tout-compris à la montagne.