Crise au Venezuela : qui a peur des Caraïbes?

Alors que les transporteurs canadiens redéploient des vols vers les Caraïbes et que la haute saison y bat son plein, doit-on craindre de séjourner dans cette région située entre les États-Unis et le Venezuela?


Des escapades hivernales au Portugal. Un voyage de moins sur la bucket list, en Antarctique cette fois. Et bien sûr, c’est janvier après tout : un séjour dans les Caraïbes.

Voici quelques-unes des nombreuses demandes que des conseillers en voyages canadiens ont récemment eues, au cours de la semaine qui s’achève. Autrement dit, l’éventail habituel de destinations partout dans le monde.

Toutefois, l’industrie reste très attentive à une possible hésitation vis-à-vis des Caraïbes dans les prochaines semaines, à la suite de la frappe menée par l’administration Trump au Venezuela, le week-end dernier.

« Depuis l’arrivée de la nouvelle administration Trump, plusieurs de mes clients m’ont dit qu’ils n’iraient plus aux États-Unis et maintenant, avec l’attention médiatique supplémentaire envers les Caraïbes, certains réfléchiront peut-être à deux fois avant de se rendre dans cette région, explique Jennifer McPherson, de TurnKey Travel. Cela dit, certains de mes clients ont déjà réservé des destinations alternatives, comme le Portugal, pour cet hiver. »

 

Les Caraïbes toujours en affaires

L’Organisation du tourisme des Caraïbes (CTO) vient de publier une déclaration affirmant que la CTO et ses 25 destinations membres ont suivi de près les développements géopolitiques au Venezuela, et qu’elles ont géré les perturbations vécues par les voyageurs en raison de la fermeture temporaire de l’espace aérien, le week-end dernier.

« Les Caraïbes possèdent une grande expérience dans la gestion de perturbations externes et elles ont constamment démontré la résilience de leur industrie touristique, dit la CTO. Nous sommes reconnaissants envers nos partenaires aériens d’avoir ajouté de la capacité pour permettre aux voyageurs de maintenir leurs plans, ainsi qu’au secteur de l’hébergement pour sa flexibilité auprès des clients touchés, tout en préservant cette industrie essentielle à l’économie régionale. »

« Les croisières et les vols à l’intérieur des Caraïbes demeurent opérationnels et les réservations anticipées restent solides, poursuit l’organisme. La CTO encourage les voyageurs à poursuivre leurs plans et assure ses partenaires et les visiteurs que les Caraïbes restent ouvertes et prêtes à les accueillir. »

 

Un niveau de confort très personnel

Jennifer Gaskell, de Pink Palm Travel, dit qu’elle ne constate pour l’instant aucune hésitation concernant les Caraïbes.

« De façon générale, la demande reste forte; je pense que cela est en partie dû aux recommandations actuelles du gouvernement du Canada, qui préconisent des mesures de sécurité normales pour ces destinations. J’ai reçu beaucoup de demandes au sujet de voyages dans les Caraïbes, malgré les nouvelles. »

« Cela dit, je reconnais que la confiance peut changer rapidement selon l’évolution de la situation et la manière dont l’information est interprétée, ajoute-t-elle. Au final, le niveau de confort de chaque client est très personnel. S’il y a une zone qui pourrait faire l’objet d’une attention accrue, je soupçonne que les îles ABC pourraient susciter un peu d’hésitation selon l’évolution du contexte géopolitique plus large — même si cela ne s’est pas encore reflété dans le comportement de mes clients. »

 

Des réactions partagées

Les réactions de l’industrie, quant à cette hésitation envers les Caraïbes, sont partagées, à en juger par les titres dans les médias grand public comme CBC (« Des touristes canadiens se disent inquiets pour les voyages dans les Caraïbes après la frappe américaine au Venezuela »), The Globe and Mail (« Les plans de voyage des Canadiens à nouveau dans la ligne de mire de Trump après l’attaque américaine au Venezuela »), et d’autres.

Non seulement c’est la haute saison pour les voyages soleil dans les Caraïbes, mais c’est aussi le moment où des transporteurs comme Air Canada, WestJet et Air Transat étendent leurs réseaux vers l’Amérique du Sud, les voyages des Canadiens vers les États-Unis étant en baisse.

« Les affaires se déroulent normalement en ce moment » pour VAC, assure ainsi Nino Montagnese, vice-président de Vacances Air Canada, quand nous l’avons interrogé plus tôt cette semaine sur un éventuel impact sur les réservations vers le Mexique, Cuba et les Caraïbes.

WestJet affirme pour sa part surveiller la situation de près et elle ne constate aucun impact significatif sur les réservations. « Les Canadiens continuent de voyager comme prévu, indique un porte-parole. Nous continuerons de communiquer avec les voyageurs et les conseillers si quelque chose change. »

 

Savoir varier l’offre

Sheila Gallant-Halloran, de Lush Life Travel, se concentre sur les croisières fluviales, les expéditions et les petits navires — pas sur les séjours soleil — « donc les gros titres actuels n’ont pas d’impact direct sur les voyages que je réserve habituellement », dit-elle.

Cependant, elle surveille les fermetures d’espace aérien et les modifications de trajectoires de vol après les événements au Venezuela. Comme tout conseiller expérimenté, elle sait que la situation peut basculer très vite.

« De façon générale, les Canadiens sont encore dans cet état d’esprit d’affirmation — prudents, oui, mais aussi déterminés à vivre pleinement », dit-elle.

 

Gérer l’inattendu

Il y a aussi une part de « savoir s’attendre à l’inattendu » dans les voyages aujourd’hui. Une cliente a ainsi demandé à son agent de voyages des renseignements pour aller voir des moines à Washington dans une démarche personnelle de paix…

« Qu’il s’agisse d’un ouragan, de questions politiques ou de violence locale, il y aura toujours des situations qui surgissent et qui poussent les voyageurs à reconsidérer une destination, d’ajouter la conseillère Jennifer McPherson. Ce questionnement dépend en grande partie du type de voyageur, car ceux qui sont déjà plus anxieux réagiront plus vite et voudront modifier ou annuler. »

« Au final, toute cette frénésie ne fait que rappeler à quel point l’assurance voyage est importante, car on ne peut pas prévoir tout ce qui peut se produire avant ou pendant un voyage, conclut Mme McPherson. Avoir une couverture donne à mes clients une tranquillité d’esprit. »