Quand Marseille éveille et s’éveille

Le mois prochain, Air Transat entamera une liaison directe et sans escale entre Québec et Marseille. Ça tombe bien : nous avons sillonné la cité phocéenne, l’été dernier, en prévision de ce lancement. Compte-rendu.


Éminemment méditerranéenne, fortement métissée et forcément animée, Marseille suscite l’éveil des sens et s’illustre par son panache et son âme un brin canaille, historiquement rebelle, parfois joyeusement chaotique.

Crédit: Gary Lawrence

Avec son accent chantant et sa dégaine sincère, la descendante de l’antique Massilia ne se prend jamais pour ce qu’elle n’est pas. Ville vivante, vivace et vraiment pas vilaine, elle est aussi vraie qu’attachante et peut autant se faire enjôleuse que râleuse.

Crédit: Gary Lawrence

Tournée depuis toujours vers la mer et adossée aux montagnes, on la sent à la fois protégée de l’intérieur et prête à prendre le large, avec 57 km de façade maritime, où rayonne sa ravissante rade.

Crédit: Gary Lawrence

Deuxième plus grande ville de France, capitale européenne de la culture en 2013, Marseille a aussi eu l’insigne honneur d’accueillir la flamme olympique, en 2024. Puis, après être montée sur le podium de la notoriété et avoir pris sur elle tous les projecteurs, elle est redevenue elle-même, authentique, la tête refroidie par le mistral.

Et aujourd’hui, elle se plaît à nous rappeler qu’elle se vit autant, sinon plus, qu’elle se visite.

 

Oh bonne mère!

Pour bien saisir toute l’ampleur de Marseille, j’entame ma visite par une virée-éclair à la basilique Notre-Dame-de-la-Garde, perchée là-haut sur sa colline, comme si la Vierge dorée qui la surmonte, couverte de 30 000 feuilles d’or, voulait s’assurer que les Marseillais sont bien dociles. Pas pour rien qu’on surnomme ce lieu saint la Bonne Mère.

Crédit: Gary Lawrence

Non seulement l’intérieur romano-byzantin de la basilique vaut fichtrement le coup d’œil, mais encore la vue panoramique à 360 degrés a tôt fait de bien situer la ville dans son cadre géographique.

Derrière, les montagnes; autour, les toits de tuile rouge; droit devant, la Méditerranée par où tout a commencé, quand les Phocéens sont débarqués d’Asie mineure, 600 ans avant que Jésus arrive sur Terre.

Crédit: Gary Lawrence

 

La main au Panier

Après être descendu de la colline de la Bonne Mère, je décide de remonter aux sources de la ville en m’offrant le Panier, plus vieux quartier de Marseille – pour ne pas dire de la France, diront les Marseillais.

Crédit: Gary Lawrence

Avec ses ruelles étroites et fleuries, ses placettes enjouées encombrées de tables et de parasols, ses façades peinturlurées et ses escaliers qui courent ici et là, ce périmètre historique de 2 km carrés est un vrai régal à parcourir.

Crédit: Gary Lawrence

À mi-chemin entre le village bucolique et le quartier déluré, ce Panier est vraiment bien rempli, avec son abondance d’ateliers d’art, de cafés peinards, de fresques murales déjantées, d’âmes apaisées qui regardent lentement s’écouler le temps.

Crédit: Gary Lawrence

Son histoire en courtepointe rappelle toutes les vagues migratoires qui l’ont façonné, et je me plais volontiers à m’y égarer pour perdre mes repères et ainsi mieux m’y retrouver.

Crédit: Gary Lawrence

Je tombe bientôt sur le no. 4, Place des Augustines, qui aurait abrité Napoléon Bonaparte en 1786, avant de croiser la Maison de la Boule, royaume de la pétanque, puis un bar à miel, où je butine quelque échantillon de nectars dorés.

Crédit: Gary Lawrence

Au bout de la rue Rodillat, en terminant ma glace citron-basilic, j’arrive à la Vieille Charité, ancien hospice devenue musée et dont la chapelle est coiffée d’une élégante coupole ovoïde.

Crédit: Gary Lawrence

J’emprunte ensuite l’escalier de la Montée des Accoules pour gagner le Vieux-Port, voisin du Panier, où trône l’étonnante cathédrale de La Major, qui a des petits airs de Bonne Mère et dont la masse monumentale domine tout le port. Mais à quelques dizaines de mètres de là, j’ai trouvé encore plus étonnant.

Crédit: Gary Lawrence

 

Le MUCEM, on aime

Ouvert sur le bord de mer, l’incroyable Musée des Civilisations d’Europe et de Méditerranée (MUCEM) vaut le détour rien que pour son enveloppe extérieure, avec ses façades en dentelle minérale qui projettent sur le sol des treillis d’ombres qui semblent tirées tout droit d’un songe.

Crédit: Gary Lawrence

À l’intérieur, les collections versent dans l’éclectisme et se déploient en des expositions qui touchent à l’anthropologie, l’histoire et l’art méditerranéen.

Crédit: Gary Lawrence

Le pont qui relie le musée au fort Saint-Jean voisin permet de s’offrir une balade quasi aérienne au-dessus de la mer, puis de regagner le monde réel après avoir lévité dans celui de l’art sous toutes sortes de formes, avant de plonger par la suite dans celui de la préhistoire.

Crédit: Gary Lawrence

Juste à côté se trouve en effet Cosquer Méditerranée, un bâtiment ultracontemporain qui abrite la réplique d’une grotte sous-marine couverte d’œuvres dont la réalisation remonte… à 30 000 ans. Assez pour que le Vieux-Port mérite son nom, ce que je m’empresse de vérifier par la suite.

Crédit: Gary Lawrence

 

Le Vieux-Port d’abord

Centre névralgique de Marseille depuis 2 600 ans, le Vieux-Port forme le cœur de Marseille, le lieu vers lequel tout converge, celui où on finit immanquablement par aboutir, comme s’il était doté d’une force d’attraction invisible.

Crédit: Gary Lawrence

Toujours animé et quasi aimanté, il s’active de tôt matin lors du marché aux poissons, continue à se réchauffer de jour quand les Marseillais qui flânent croisent des touristes qui glanent (une photo), puis il s’émoustille le soir quand la lumière du couchant fait rosir la pierre des deux forts de la ville, devant la forêt de mâts de voiliers en train de se mirer sur l’étale des eaux.

Crédit: Gary Lawrence

Tout autour et dans les rues voisines, les restaurants et terrasses s’enflamment tandis que s’amoncellent les affamés – dont moi – qui sirotent un pastis tandis que la bouillabaisse mijote. Puis, une fois repu, une grande artère couverte d’arbres et d’histoire attire bientôt mon regard, droit en face du Vieux-Port.

Crédit: Gary Lawrence

 

L’artère vitale de Marseille

Plus célèbre avenue de la ville, la Canebière relie la Méditerranée à l’épicentre urbain de Marseille. En l’empruntant et en explorant ses rues perpendiculaires, je croise une succession improbable de ravissantes façades historiques – comme l’ancien Grand hôtel du Louvre et de la Paix –, de commerces populaires, de cafés truculents et de hauts lieux de l’activité culturelle de la ville, tandis qu’un tramway se faufile entre tous ces sites.

Crédit: Gary Lawrence

En chemin, je traverse des quartiers emblématiques qui reflètent la diversité sociale marseillaise. Côté droit, Noailles pulse en continu avec sa place du Marché-des-Capucins et ses étals maghrébins débordants d’épices, de fruits, de viandes qu’on trouve aussi de l’autre côté de la Méditerranée.

Crédit: Gary Lawrence

Côté gauche de cette colonne vertébrale qu’est la Canebière, le quartier de Belsunce accueille des Arméniens, des Italiens, des Libanais et autres Pieds-Noirs : une courtepointe qui recouvre la ville et qui rappelle son identité plurielle.

Après ce bain de culture, l’envie me prend de m’immerger au sens propre du terme; Marseille compte justement plusieurs plages où il fait bon lézarder, flemmarder ou piquer une tête.

 

À la page et à la plage

Située non loin du palais du Pharo – et donc du Vieux-Port –, la plage des Catalans forme un mignon petit liseré sablonneux, et c’est la plus aisément accessible de la ville, y compris à pied.

Crédit: Gary Lawrence

Un peu plus au sud, la Corniche s’étire quant à elle sur deux kilomètres et compte « le plus long banc public au monde », en plus d’offrir certains des plus beaux points de vue sur la rade et les îles de Marseille.

Certaines d’entre elles, les îles du Frioul, sont bordées de petites criques discrètes où les eaux limpides se déclinent en toutes sortes de bleus, avec ou sans nuances.

À gauche, le Vieux-Port; à droite, les îles du Frioul :: Crédit: Gary Lawrence

Tout juste devant s’élève la célébrissime île d’If, dont le château sert de cadre à une partie de l’incroyable histoire du Comte de Monte-Cristo, récemment remise au goût du jour par le populaire film du même nom.

À gauche, le fort Saint-Nicolas; à droile, le château d’If, au loin ::Crédit: Gary Lawrence

De loin, alors que s’achève mon séjour à Marseille, j’admire avec un pincement de cœur cette austère île-prison où Edmond Dantès, injustement condamné, a passé 14 années de sa vie.

Mais en me rappelant de sa spectaculaire évasion, j’en viens à me dire que  je n’ai nullement envie de m’échapper de cette ville; au contraire, j’ai plutôt l’impression que je suis condamné à y revenir un jour ou l’autre, pour l’explorer davantage ou… la laisser écrouer mon âme, une fois de plus.

 

À savoir

En plus de ses vols directs depuis Montréal, Air Transat reliera Québec à Marseille du 21 mai au 9 octobre, cette année.

De Paris, on peut aussi rejoindre Marseille en 3 h de TGV, au départ de la Gare de Lyon. Depuis Montréal, le transporteur French bee permet de gagner Paris-Orly plusieurs fois par semaine, à petit prix.

Pour dormir, le très chouette hôtel Ligo, un 4 étoiles de 142 chambres et appartements, est fort bien situé, à quelques minutes à pied du Panier. Aménagé dans un bâtiment d’époque, sa structure intérieure moderne et récente en fait un hébergement tout confort.

Info : marseille-tourisme.com