Pourquoi « attendre et voir » pour réserver un vol est plus risqué cette année

Difficile de prévoir ce qui se passera dans 2, 4 ou 8 semaines, alors que la période des vacances d’été approche. Des experts se prononcent néanmoins sur la marche à suivre.


Alors que la guerre en Iran comprime les approvisionnements mondiaux en pétrole, les voyageurs ont de bonnes raisons de s’inquiéter du coût et de la disponibilité des vols lorsqu’ils planifient leurs voyages de fin de printemps et de début d’été.

Le directeur de l’Agence internationale de l’énergie a averti que les pays européens pourraient manquer de carburant d’aviation dans quelques semaines, forçant les compagnies aériennes du continent et celles qui desservent l’Europe à réduire considérablement leurs vols.

De nombreuses compagnies aériennes ont déjà augmenté les frais de bagages enregistrés ou ajouté des suppléments carburant, le prix mondial du kérosène ayant grimpé d’environ 99 $ US le baril fin février à 209 $ le baril début avril.

Signe des répercussions persistantes du conflit sur le voyage, Air Canada a annoncé vendredi qu’elle suspendrait son service entre Montréal et Toronto vers l’aéroport John F. Kennedy de New York, du 1er juin au 25 octobre, afin de réduire ses coûts en carburant.

En Europe et en Asie, d’autres compagnies aériennes, des transporteurs états-uniens comme United et Delta à Air France-KLM, SAS, Philippine Airlines et Cathay Pacific, ont réduit leurs routes et soit augmenté les prix des billets, soit annoncé qu’elles les hausseraient si la guerre empêche le pétrole de transiter par le détroit d’Ormuz.

 

De l’art difficile de prévoir

« Il est très difficile pour les compagnies aériennes de faire des prévisions dans cet environnement, elles vont donc être prudentes, et c’est pourquoi leurs prix resteront probablement élevés pendant un certain temps jusqu’à ce que les choses se stabilisent vraiment », estime Shye Gilad, ancien commandant de bord qui enseigne aujourd’hui à la Georgetown University Business School.

Bien que les consommateurs puissent être tentés d’attendre la fin de la guerre avant d’acheter des billets d’avion, l’approche « attendre et voir » est plus risquée cette année, selon les experts en voyage, surtout que la guerre dure et à mesure qu’on approche de l’été et des autres périodes de pointe.

« En supposant qu’il y ait un cessez-le-feu durable — ou mieux encore, un accord de paix — il faudra quelques mois pour que la production et la livraison de carburant d’aviation reprennent à des niveaux normaux », explique Henry Harteveldt, analyste du secteur aérien et président de l’Atmosphere Research Group.

 

Mieux vaut prévenir que gémir

Le revirement de l’Iran samedi concernant sa décision de rouvrir le détroit d’Ormuz et l’insistance du président Donald Trump à maintenir un blocus états-unien des ports iraniens illustrent la fragilité des perspectives d’un approvisionnement fiable en pétrole depuis le Golfe Persique, et avec lui, d’un allègement de la pression sur les prix pour les compagnies aériennes et leurs clients.

« Mon conseil aux voyageurs est le suivant : si vous trouvez un vol dont l’horaire vous convient, à un tarif que vous pouvez vous permettre et sur une compagnie aérienne que vous pouvez au moins tolérer, réservez-le, explique M. Harteveldt. Mais — et je ne saurais trop insister là-dessus — n’achetez pas un billet en classe Économie de base », la classe de billet la moins chère mais aussi la plus restrictive.

En plus de facturer les bagages enregistrés et la sélection des sièges, la plupart des compagnies aériennes nord-américaines ne remboursent pas ni n’accordent de crédits voyage aux passagers en Économie de base s’ils n’annulent pas leur voyage dans les 24 heures suivant l’achat. Les politiques peuvent varier, mais dépenser davantage pour un billet en Économie standard offre plus de flexibilité, selon M. Harteveldt.

 

Acheter de 3 semaines à 6 mois, c’est selon

Payer plus cher à l’avance pour un billet remboursable peut également s’avérer avantageux car « si les prix commencent à changer radicalement, vous pouvez annuler et réserver au meilleur prix », indique M. Gilad.

Les experts en voyage affirment que pour l’instant, les conseils de réservation traditionnels offrent une base pour savoir combien de temps à l’avance réserver un vol afin d’obtenir le tarif le plus bas : les vols internationaux sont généralement les moins chers environ deux à cinq mois à l’avance, et les voyages intérieurs environ trois à six semaines avant le départ.

Les réservations de dernière minute et autres situations qui commandent généralement des prix plus élevés continueront probablement de grimper, indique Shye Gilad. « N’oubliez pas, surtout si vous voyagez sur les grandes compagnies aériennes, qu’elles auront plus de capacité à ajuster les tarifs, dit-il. Si vous réservez trop près de votre date de voyage, vous paierez plus cher. Plus vous pouvez réserver à l’avance, mieux c’est. »