La décision de Meliá de cesser ses activités dans 15 des 34 hôtels qu’elle gère à Cuba porte un nouveau coup au secteur touristique du pays, selon des experts.
Comme nous le rapportions hier, Meliá s’ajoute à la liste grandissante d’entreprises présentes depuis longtemps à Cuba qui réduisent ou mettent fin à leurs activités sur la Isla Grande, après l’annonce de nouvelles sanctions états-uniennes, alors que l’embargo pétrolier demeure en vigueur. Parmi ces entreprises figurent Blue Diamond Resorts, Archipelago International et Iberostar Cuba.
La plupart des sanctions visent le conglomérat GAESA, contrôlé par les Forces armées révolutionnaires cubaines, que les États-Unis considèrent comme une menace pour leur sécurité nationale.
Encore hier, Visa et Mastercard annonçaient se retirer elles aussi du marché cubain, en suspendant dès samedi les paiements par cartes, après la rupture des relations entre une banque étrangère et une institution financière de l’île, toujours en raison des sanctions américaines.
Le décret présidentiel prévoit le gel des actifs des entreprises étrangères concernées, la saisie de leurs comptes aux États-Unis ainsi que l’interdiction de voyager pour leurs actionnaires, investisseurs et employés, ce qui les exclut pratiquement du système financier états-unien.
Une entreprise cubaine omniprésente
Créé dans les années 1990, GAESA possède un vaste portefeuille d’entreprises allant des agences de location de voitures aux commerces de détail, en passant par des sociétés de transport. Le groupe est partenaire de Meliá dans la gestion hôtelière par l’intermédiaire de sa filiale Gaviota. Avant ce retrait partiel, Meliá exploitait environ 14 000 chambres à Cuba.
Les entreprises espagnoles et canadiennes sont les principaux investisseurs du secteur hôtelier cubain, souligne Lee Schlenker, chercheur associé au programme Global South du Quincy Institute.
« Avec l’absence de tourisme international, les pénuries de carburant et le déclin général observé depuis la COVID-19, je suis convaincu que ces entreprises vont réévaluer leurs activités à Cuba, avec des conséquences importantes pour la population cubaine, et pas seulement pour GAESA, a-t-il déclaré. Des milliers de Cubains travaillent dans ces hôtels. »
Selon le média cubain Cubadebate, plusieurs des hôtels abandonnés par Meliá dans des destinations touristiques prisées comme Varadero, Cayo Santa María et Jardines del Rey « étaient déjà fermés et inactifs en raison des problèmes énergétiques et de la baisse de la demande touristique ».
Le gouvernement cubain attribue les longues pannes d’électricité, les pénuries d’eau, les difficultés d’approvisionnement, les problèmes du système de santé et les perturbations de la vie quotidienne à ce qu’il qualifie de blocus énergétique imposé par les États-Unis.
Les travailleurs du secteur touristique cubain ont réagi avec inquiétude à l’annonce de Meliá.
Des travailleurs touchés
« Cela va nous affecter, nous, nos familles et tous ceux qui vivent du tourisme; notre salaire et nos revenus en dépendent », a déclaré Erich López, chauffeur d’une Dodge verte des années 1950 qui exerce ce métier depuis deux décennies pour subvenir aux besoins de sa famille.
Pour Carlos Luis Carbonel, préposé au stationnement de 62 ans travaillant devant le gigantesque hôtel Meliá Cohiba, la situation « va être un dur coup ».
« C’est terrible pour tout le monde : les guides touristiques, les préposés au stationnement, les employés d’hôtel, tout le monde », affirme-t-il.
Un recul de 48 % du tourisme
Le tourisme cubain, qui avait atteint un sommet de 4,3 millions de visiteurs en 2019, a enregistré une importante baisse des arrivées au premier trimestre de cette année, avec un recul de 48 % par rapport à la même période en 2025.
À peine 298 000 touristes ont visité Cuba en janvier, février et mars, contre 573 300 visiteurs internationaux durant la même période l’an dernier, selon les données gouvernementales.
Mercredi, l’imposante enseigne de l’hôtel Royalton Paseo del Prado, situé à l’entrée de la Vieille Havane, a été retirée. Par ailleurs, l’hôtel Iberostar Selection La Habana, aussi connu sous le nom de « Tour K », un établissement de 500 chambres considéré comme le plus moderne et le plus luxueux parmi ceux dont l’ouverture était prévue en 2025, et culminant à plus de 150 mètres de hauteur, est fermé depuis plusieurs jours.
La faute à Trump
À la fin de janvier, l’administration états-unienne a menacé d’imposer des droits de douane à tout pays vendant ou fournissant du pétrole à Cuba, dans le cadre de sa pression visant un changement du système politique et du gouvernement cubains.
Cette mesure a aggravé une crise déjà alimentée par plus de sept décennies de sanctions américaines.
Bien que des responsables états-uniens et cubains aient tenu des discussions plus tôt cette année, les tensions se sont intensifiées. À la fin mai, l’ancien président Raúl Castro a été visé par une accusation déposée aux États-Unis relativement à son rôle présumé dans la destruction de deux avions civils exploités par des exilés cubains de Miami en 1996 au-dessus des eaux cubaines.
Avec des informations de Profession Voyages.
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Légende de la photo principale : L’hôtel Grand Aston à La Havane, le 3 juin 2026. (Photo AP/Ramon Espinosa)