Transat veut protéger ses marges sans nuire à la demande

« Lorsque nous nous comparons aux transporteurs traditionnels sur le marché transatlantique… ils bénéficient de clients moins sensibles aux prix. »


Les tarifs estivaux de Transat sont en hausse d’environ 4,5 % par rapport à l’an dernier, alors que l’entreprise tente de maintenir un équilibre délicat : générer plus de revenus malgré la flambée des coûts du carburant, sans faire fuir les consommateurs sensibles aux prix.

Lors d’une conférence téléphonique tenue hier pour présenter les résultats du T2 2026 de Transat, la PDG Annick Guérard a expliqué que le groupe a pris des mesures pour atténuer l’impact de la hausse du carburant, notamment des suppléments tarifaires sur les nouvelles réservations, une augmentation des prix et une réorganisation des horaires de vols.

Au début, les clients ont accepté ces hausses, ce qui a pratiquement compensé l’augmentation des coûts de carburant, a-t-elle indiqué.

« Mais les augmentations plus récentes ont entraîné un ralentissement de la dynamique de réservations… la demande a diminué », a-t-elle précisé, ce qui a poussé la compagnie à réduire certains tarifs et à retirer certains frais.

 

Des pertes de 79 M$

Tel que rapporté hier, Transat a enregistré une perte de 79 millions $ pour le trimestre terminé le 30 avril, soit plus de 240 % de détérioration par rapport à une perte plus modeste de 23 millions $ un an plus tôt.

La hausse des coûts du carburant d’aviation et la suspension des vols vers Cuba ont amputé de 95 millions $ le résultat ajusté de Transat, a indiqué Mme Guérard. La hausse du prix du carburant, qui a atteint en mars environ le double de son niveau d’avant la guerre en Iran, représente à elle seule environ 70 millions $ de ce montant.

Jean-François Pruneau, directeur financier de Transat A.T., a pour sa part indiqué que l’entreprise souhaite obtenir l’intégralité de l’aide fédérale du nouveau Mécanisme de liquidités pour la résilience du secteur de l’aviation (MLRSA). Ce programme permet aux transporteurs d’emprunter jusqu’à 150 millions $ chacun.

 

Une vulnérabilité assumée

Les transporteurs loisirs et à bas coûts comme Air Transat et Flair Airlines sont plus vulnérables aux variations du prix du carburant que leurs concurrents plus importants. Le carburant représente souvent une part plus élevée de leurs coûts, et ils disposent de moins de leviers d’amortissement, comme une clientèle affaires à forte marge ou une grande diversification de routes.

« Nous avons moins de classe affaires, nous sommes davantage axés sur le loisir, de préciser Mme Guérard. Donc, quand nous nous comparons aux transporteurs traditionnels sur le marché transatlantique par exemple, ils bénéficient de clients moins sensibles aux prix. »

L’entreprise poursuit une stratégie de couverture basée sur des options plutôt que sur des contrats à terme. Les options permettent de plafonner le coût maximal tout en profitant de prix plus bas si le marché baisse. Les contrats à terme fixent le prix à l’avance : ils protègent contre les hausses, mais empêchent de profiter des baisses.

 

Une succession de problèmes

Transat, comme les autres compagnies aériennes canadiennes, a suspendu indéfiniment ses opérations vers Cuba. Environ 861 000 Canadiens ont visité Cuba en 2024, selon l’office statistique du pays. Ces voyages représentaient 9 % des vols de Transat au premier semestre 2025, Cuba étant particulièrement populaire auprès des voyageurs québécois, principal marché de la compagnie. La compagnie avait d’abord suspendu ces vols à la mi-février.

À peine deux semaines plus tard, la fermeture du détroit d’Ormuz liée au conflit au Moyen-Orient — désormais dans son quatrième mois — a réduit près d’un cinquième de l’offre mondiale de pétrole et fait grimper les prix du carburant aviation.

En conséquence, les profits des grandes compagnies aériennes nord-américaines devraient diminuer de 3 milliards $ US cette année, soit près d’un quart, selon l’IATA International Air Transport Association.

Même si la demande globale de voyages au Canada reste solide, les compagnies ont réduit les routes les moins rentables, augmenté les tarifs et ajouté des suppléments carburant afin de protéger leurs marges.

Chez Air Transat, les suppléments ne compensent qu’une « portion marginale » de la hausse des coûts de carburant, en partie parce que la majorité des réservations du trimestre avaient été faites avant leur mise en place en avril.

Les coûts de carburant de la compagnie ont augmenté de 46 % sur un an, selon les documents réglementaires.

La compagnie est aussi restée privée de cinq appareils — soit 12 % de sa flotte de 42 avions, a indiqué Mme Guérard. Elle fait partie des transporteurs touchés par le rappel de moteurs turbofans de Pratt & Whitney, qui a réduit les flottes à l’échelle mondiale.

« Ce problème continu entraîne des inefficacités opérationnelles, une variabilité accrue des horaires et un impact négatif sur les revenus », a-t-elle dit. Trois avions devraient rester cloués au sol cet été, et une résolution complète n’est pas attendue avant le début de 2028.