Air Canada : Rousseau s’excuse, les experts analysent l’accident et les options juridiques

« Je suis profondément attristé que mon incapacité à parler français ait détourné l’attention du chagrin immense des familles et de la grande résilience des employés d’Air Canada », dit Michael Rousseau.


Le président et chef de la direction d’Air Canada, Michael Rousseau, s’est excusé après les critiques suscitées par son message de condoléances diffusé uniquement en anglais à la suite de la collision du vol AC8646 à LaGuardia.

« Je tiens à réitérer mes plus sincères condoléances aux familles du commandant de bord et du premier officier de Jazz qui ont perdu la vie de façon tragique et à reconnaître l’impact profond que cet accident a eu sur nos employés et nos clients, dit-il. Comme président et chef de la direction d’Air Canada, il est de mon devoir de soutenir ceux qui sont affectés par cette tragédie. »

« Je suis profondément attristé que mon incapacité à m’exprimer en français ait dévié l’attention du profond deuil des familles et de la grande résilience des employés d’Air Canada, qui font preuve d’un professionnalisme hors pair durant les événements des derniers jours », a-t-il poursuivi.

« Malgré un grand nombre de leçons au fil des années, je demeure incapable de m’exprimer adéquatement en français, a-t-il ajouté. Je m’en excuse sincèrement et tiens à préciser que je poursuis mes efforts pour m’améliorer. »

 

Des critiques de toutes parts

Rappelons que c’est à la suite d’une vidéo de quatre minutes publiée en ligne, qui ne contenait que deux mots en français, « bonjour » et « merci », que Michael Rousseau a essuyé de nombreuses critiques.

Outre celles émises au Québec, le premier ministre Mark Carney a pour sa part déclaré que diffuser ce message uniquement en anglais témoigne d’un « manque de jugement et de compassion ». Michael Rousseau a également été convoqué devant le Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes.

Jeudi matin, une motion sera même déposée à l’Assemblée nationale du Québec pour réclamer la démission du dirigeant du transporteur, rapporte Le Journal de Montréal.

 

Remerciements et reconnaissance

Outre ses excuses, la dernière déclaration de Michael Rousseau incluait des remerciements. « Je suis très reconnaissant envers ceux et celles qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes au cours des derniers jours pour prendre soin de nos clients et se soutenir mutuellement, tout en portant le poids de cet événement tragique », dit-il. « Je suis touché par les messages de soutien de tant de personnes qui ont exprimé leurs pensées pour ceux affectés par l’accident tragique de dimanche. »

Sa déclaration survient alors que les équipes de maintenance d’Air Canada, présentes sur place à New York, s’apprêtent à déplacer l’appareil vers un hangar sécurisé. Une fois l’avion à l’intérieur, les équipes commenceront le processus de restitution des bagages et effets personnels aux passagers.

À ce jour, quatre passagers et membres d’équipage blessés sont toujours hospitalisés, selon la plus récente mise à jour d’Air Canada. Air Canada et Jazz Aviation collaborent avec le Bureau de la sécurité des transports du Canada et le NTSB dans le cadre de l’enquête.

 

Des options juridiques en cours

Des experts en droit aérien affirment que les passagers blessés lors de la collision mortelle à l’aéroport LaGuardia dimanche disposent de différents recours juridiques.

Gabor Lukacs, défenseur des droits des passagers, affirme qu’Air Canada pourrait devoir verser des centaines de milliers de dollars par passager.

Il précise qu’un accord international standardisant les compensations rend les compagnies aériennes responsables en cas de décès ou de blessures corporelles.

Selon lui, les passagers blessés pourraient chacun recevoir jusqu’à près de 300 000 dollars, en vertu de la Convention de Montréal de 1999. Les passagers d’Air Canada disposent de deux ans pour intenter une poursuite selon cette convention.

Kevin Durkin, avocat états-unien spécialisé en aviation, indique qu’ils pourraient également poursuivre l’autorité aérienne des États-Unis et l’autorité portuaire locale.

 

Un nombre surprenant de survivants

Alors que des experts analysent les conséquences du crash de LaGuardia, certains se disent surpris que la tragédie n’ait pas été plus grave de conséquences.

Les avions commerciaux sont conçus pour voler, pas pour résister à des collisions frontales avec des camions de pompiers pouvant peser plus de 45 tonnes, explique Benoit Gauthier, pilote à la retraite qui a volé 37 ans pour Air Canada. Un Bombardier CRJ-900 entièrement chargé — le jet impliqué dans la collision dimanche soir — pèse environ 38 tonnes.

« Les avions sont essentiellement construits pour affronter l’air, ajoute le pilote. Et les dômes de cockpit, surtout leur partie inférieure, sont pour la plupart en fibre de verre ou en composite plastique. Il n’y a pas tant de métal que ça. Si vous frappez quelque chose de solide… ça le détruit, et c’est ce qui est arrivé. »

 

Une solide légèreté

Le fuselage peut encaisser des impacts tangents à vitesse plus faible, tandis que les trains d’atterrissage et le sous-plancher sont conçus pour absorber les chocs lors d’atterrissages d’urgence. Mais l’alliage d’aluminium utilisé pour la structure principale d’un avion commercial privilégie la légèreté, avec une capacité d’absorption minimale dans le nez de l’appareil.

« Si vous construisiez un avion assez solide pour résister à ce genre d’impact, il ne décollerait jamais tellement il serait lourd », explique Nigel Waterhouse, président de la société montréalaise Can-Am Aerospace. « Les avions ne sont pas construits comme des voitures. Ils ne sont pas conçus pour ce type de collision. »

John Gradek, professeur en gestion aéronautique à l’Université McGill, ajoute que « le fuselage n’ait été endommagé que jusqu’à la porte avant de l’avion relève du miracle. »

Les experts attribuent le résultat au freinage rapide des pilotes ainsi qu’au fait que le camion de pompiers ait absorbé une partie de l’énergie cinétique qui aurait autrement traversé le fuselage long de 36 mètres.

« L’avion n’a pas encaissé la totalité du choc », explique Shawn Pruchnicki, professeur adjoint en ingénierie au Center for Aviation Studies de l’Université d’État de l’Ohio et ancien enquêteur d’accidents pour l’Air Line Pilots Association (ALPA).

À vitesse plus élevée, la force destructrice aurait pu s’étendre bien plus loin dans la cabine. Tel qu’il s’est produit, le choc a été suffisant pour éjecter une agente de bord encore attachée à son strapontin derrière le cockpit, la projetant hors de l’épave.

 

De appareils Bombardier bien conçus

Des ceintures solides et des sièges robustes ont aussi joué un rôle essentiel dans la limitation des blessures des passagers.

« Leurs sièges sont restés en place », note Pruchnicki, rappelant les normes de sécurité renforcées au cours des vingt dernières années exigeant que sièges et ceintures résistent à d’immenses forces en situation d’urgence.

« Aucune ceinture n’a cédé, aucun passager n’a été transformé en projectile, et c’est pour ça que tout le monde s’en est sorti aussi bien. »

Cela ne signifie pas que l’accident n’a pas été violent ni traumatisant. Des passagers ont déclaré avoir été projetés vers l’avant, certains subissant des blessures à la tête après avoir heurté le dossier devant eux.

« Personne n’était en position de sécurité parce qu’ils ne savaient pas qu’ils allaient s’écraser — les agents de bord n’ont jamais eu la chance de dire ‘brace’ », explique Pruchnicki.

D’autres éléments susceptibles d’avoir déclenché une catastrophe plus grande ont été évités. Le carburant qui fuyait ne s’est pas enflammé.

« Il y a des moteurs brûlants juste derrière », dit Waterhouse. « Si ça avait pris feu, ç’aurait été une autre histoire. »

 

Retour sur le crash

Pour mémoire, c’est peu après 23 h 30 dimanche qu’un contrôleur aérien a autorisé l’atterrissage du vol Air Canada Express 8646, moins de deux minutes avant d’autoriser un camion de pompiers à traverser la piste active, provoquant une collision ayant tué deux pilotes canadiens – dont le Québécois Antoine Forest – et envoyé plus de 40 personnes à l’hôpital.

Les images montrent le jet filant sur la piste détrempée par la pluie alors que le camion lui barre la route, l’appareil tentant de dévier trop tard, déclenchant une traînée de fumée et de débris tandis qu’il glisse sur plus de 100 mètres, son cockpit entièrement détruit.

Le contrôleur a perçu le danger à la dernière seconde, ordonnant au camion de « s’arrêter » — 12 fois en 10 secondes — sans recevoir de réponse.

En repensant au drame, Gauthier dit : « En 42 ans de carrière, je n’ai jamais vécu quoi que ce soit d’aussi proche de ça à l’atterrissage ou au décollage. »

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Légende de l’image principale : Des pompiers d’aéroport retirent des débris de l’épave d’un jet d’Air Canada Express, le 25 mars 2026, juste à côté de la piste où il est entré en collision dimanche soir avec un camion de pompiers de la Port Authority à l’aéroport LaGuardia à New York (AP Photo/Yuki Iwamura).