Airbus demande que 6000 appareils A320 cessent de voler

Des radiations solaires pourraient nuire au fonctionnement d’un logiciel utilisé pour piloter les appareils de cette famille.


L’analyse d’un événement récent impliquant un appareil de la famille A320 (voir plus bas) a révélé qu’une intense radiation solaire pourrait corrompre des données essentielles au fonctionnement des commandes de vol.

Airbus a par conséquent identifié environ 6000 appareils de la famille A320 présentement en service qui pourraient être concernés, avant de demander aux transporteurs visés de cesser de les faire voler le temps que soient faites certaines vérifications.

 

Mieux vaut prévenir…

Sur son site Web, Airbus dit avoir travaillé de manière proactive avec les autorités aéronautiques pour demander aux exploitants de prendre immédiatement des mesures de précaution via une Alert Operators Transmission (AOT), afin de mettre en œuvre les protections logicielles et/ou matérielles disponibles et de garantir que la flotte puisse voler en toute sécurité.

Cette AOT sera reflétée dans une Directive de Navigabilité d’Urgence émise par l’Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA).

Airbus reconnaît que ces recommandations entraîneront des perturbations opérationnelles pour les passagers et les clients. « Nous nous excusons pour les désagréments causés et travaillerons en étroite collaboration avec les exploitants, tout en maintenant la sécurité comme notre priorité absolue. »

 

Des transporteurs touchés au Canada?

Au Canada, Air Canada, Air Transat, American Airlines et Air France comptent notamment parmi les utilisateurs de ces appareils.

Contacté par Profession Voyages, Air Canada affirme que « très peu de nos avions utilisent cette version du logiciel et nous ne prévoyons pas d’impact sur nos opérations », indique Christophe Hennebelle, porte-parole du transporteur.

De son côté, Air Transat souligne que « bien qu’aucun de nos appareils n’ait rencontré de problème en vol, la consigne de navigabilité émise par les autorités compétentes et le manufacturier concerne également les Airbus A321, indique Alex-Anne Carrier, porte-parole du transporteur. Conformément à cette directive, nous avons immédiatement déployé les mesures nécessaires pour assurer la conformité réglementaire de nos appareils. Nos équipes techniques sont déjà pleinement mobilisées et travaillent activement à appliquer les correctifs requis dans les prochaines heures afin de se conformer à cette consigne. Nous anticipons des ajustements mineurs à nos horaires de vols d’ici là et demeurons pleinement engagés à maintenir les plus hauts standards de sécurité pour nos membres d’équipage et nos passagers. »

Chez Air France, au moins 35 appareils sont touchés, « mais aucun au départ ou à destination du Canada n’est concerné », confirme Mathieu Guillot, au service de presse du transporteur.

Pour sa part, Le Devoir rapporte qu’au bas mot, un millier d’appareils A320 pourraient être cloués au sol, tous transporteurs confondus,  le temps que le système informatique soit mis à jour.

 

L’incident qui a tout déclenché

Le 30 octobre, au moins 15 passagers de JetBlue ont été blessés et transportés à l’hôpital après une chute soudaine d’altitude sur un vol en provenance du Mexique, qui a forcé un atterrissage d’urgence en Floride, ont indiqué des responsables vendredi.

« Nous mènerons une enquête complète pour en déterminer la cause », avait alors indiqué JetBlue dans un communiqué, tout comme l’a dit la FAA. Le lendemain, JetBlue avait alors retiré l’appareil du service pour inspection.

Les pilotes ont signalé « un problème de commande de vol » et ont décrit des blessures, dont une possible « lacération à la tête », selon un enregistrement audio du trafic aérien publié par LiveATC.net.

Pablo Rojas, un avocat basé à Miami et spécialisé en droit de l’aviation, avait alors expliqué qu’un « problème de commande de vol » signifie que l’avion ne répondait pas aux pilotes. « Lorsqu’ils effectuent des actions, qu’ils tirent sur quelque chose ou qu’ils poussent quelque chose, et que l’avion ne répond pas comme ils le souhaitent ou comme il le devrait, c’est un problème de commande de vol, a-t-il dit. C’est ce qui rend la situation très effrayante. »

 

Un précédent signé Boeing

Rappelons que c’est un nouveau système logiciel de commande de vol conçu par Boeing pour ses appareils Max qui avait été blâmé pour deux accidents, dont celui en Éthiopie, survenu moins de cinq mois après la chute d’un appareil Max au large des côtes de l’Indonésie en 2018. Les drames ont fait 346 morts.

Dans les deux cas, le logiciel avait systématiquement abaissé le nez des avions — alors tout juste mis en service — en se basant sur des données erronées provenant d’un seul capteur, et les pilotes de Lion Air et d’Ethiopian Airlines n’avaient pas pu reprendre le contrôle.

« Lorsqu’un avion perd beaucoup d’altitude contre la volonté apparente des pilotes, et que ceux-ci ne sont pas en mesure de le maintenir à niveau, nous avons vu quelles conséquences tragiques cela peut avoir », de conclure Pablo Rojas.

D’autres détails suivront.

Avec les informations de la Presse canadienne.