Carburant aérien : encore des années de prix exorbitants?

Les transporteurs surveillent leurs capacités et leurs coûts alors que la flambée des prix du carburant menace la rentabilité de certaines liaisons.


Les avertissements proviennent de différentes régions du monde, mais le message est le même : les prix du carburant aérien ne redescendront pas de sitôt. En fait, les tarifs présentement observés pourraient devenir la nouvelle norme, non seulement pendant plusieurs mois, mais potentiellement pendant plusieurs années.

Ces prévisions surviennent alors que les Canadiens surveillent déjà leurs dépenses et que la haute saison hivernale des voyages au soleil 2026-2027 doit officiellement commencer le 1er novembre.

 

Des voix unanimes

Lors du 22e congrès annuel de l’ALTA (Association du transport aérien d’Amérique latine et des Caraïbes) et de son Forum des dirigeants de compagnies aériennes, qui se tient cette semaine à Mexico, Robert Alvo, chef de la direction de LATAM Airlines, a affirmé que les prix du carburant aérien ne baisseraient pas de sitôt.

« La position la plus prudente à adopter aujourd’hui est de considérer que les prix élevés vont persister longtemps », a-t-il dit.

Plus de 40 chefs de direction de compagnies aériennes participent au forum de l’ALTA, dont Alexis von Hoensbroech, chef de la direction du groupe WestJet.

Le Jet Fuel Price Monitor de l’Association du transport aérien international (IATA), mis à jour chaque semaine, indique que le prix moyen mondial du carburant aérien a augmenté de 113,7 % sur un an au cours de la semaine terminée le 16 octobre. Il a également progressé de 4,3 % par rapport au mois précédent.

« Tout au long de cette année, beaucoup de gens ont eu l’impression que la crise au Moyen-Orient serait de courte durée, dit M. Alvo. La situation ne s’est pas normalisée. »

 

L’Asie aussi touchée

En Asie, Tony Fernandes, cofondateur d’AirAsia, a souligné que même les compagnies aériennes qui avaient couvert leurs besoins en carburant contre les fluctuations de prix seraient bientôt touchées.

« Toute compagnie aérienne qui affirme que tout va très bien ne dit pas la vérité, assure-t-il. Les couvertures contre les fluctuations de prix de nombreuses entreprises arrivent à échéance, et les prix vont grimper considérablement. »

S’exprimant vendredi dernier au Forum mondial de l’économie du tourisme (GTEF), à Macao, M. Fernandes a fait remarquer que la dernière grande perturbation du transport aérien mondial, la pandémie, avait fini par laisser entrevoir une issue grâce à l’arrivée des vaccins.

« On ne peut pas se faire vacciner contre Donald Trump, ironise-t-il. Pour le moment, nous devons simplement vivre avec la situation. »

 

Du côté de l’Océanie

Pendant ce temps, Andrew Cleary, directeur de la clientèle de Virgin Australia, a déclaré devant une commission d’enquête du Sénat australien que le transporteur avait dû supprimer plusieurs liaisons régionales intérieures ces derniers mois, notamment Uluru–Brisbane, Uluru–Melbourne, Adélaïde–Hobart et Adélaïde–Cairns.

La flambée des prix du carburant rendait ces liaisons non rentables pour la compagnie.

Les vastes étendues australiennes font du transport aérien régional un service essentiel pour des millions de personnes, tout comme au Canada.

« Nous aurions continué à exploiter ces liaisons, mais le prix du carburant aérien a rendu leur maintien complètement insoutenable, explique M. Cleary. Il ne s’agit pas d’une hausse ponctuelle de deux ou trois mois. Très peu de gens dans le secteur pensent que les répercussions seront de courte durée. »

 

Le point de vue de WestJet

Présent au sommet de l’ALPA, le PDG de WestJet, Alexis von Hoensbroech, s’est joint au nombre croissant de dirigeants de compagnies aériennes qui prévoient que les prix élevés du carburant aéronautique pourraient se maintenir pendant plusieurs années.

Selon lui, peu d’indices laissent entrevoir une stabilisation rapide des marchés du carburant. Il évoque notamment les pressions exercées sur l’approvisionnement mondial et la hausse de la consommation.

Le réseau de WestJet en Amérique latine et dans les Caraïbes continue de jouer un rôle majeur dans ses activités. En haute saison, la compagnie aérienne exploite entre 110 et 120 vols quotidiens vers la région et transporte quelque 20 000 voyageurs. Elle dessert ainsi 40 destinations au départ de 25 villes canadiennes. Le Mexique représente environ la moitié de ce trafic, WestJet y desservant 15 destinations.

L’évolution des mœurs des voyageurs

M. von Hoensbroech a souligné l’évolution des habitudes de voyage des Canadiens. Certains voyageurs qui passaient auparavant leurs vacances aux États-Unis choisissent désormais le Mexique, la Jamaïque ou la République dominicaine.

Il a ajouté que certains Canadiens voyagent moins, tandis que la disparition des liaisons vers Cuba a éliminé l’une des options les plus abordables pour des vacances au soleil.

Le renouvellement de la flotte constitue une autre priorité pour WestJet. La compagnie a commandé 101 appareils Boeing 737 MAX 10, dont les premières livraisons sont attendues au printemps 2027.

Des appareils plus efficaces

Ces appareils de plus grande capacité remplaceront progressivement les vieillissants Boeing 737-700. Ils permettront d’accueillir davantage de passagers tout en améliorant l’efficacité énergétique.

Sur le plan du réseau, la première liaison de WestJet vers l’Amérique du Sud, entre Calgary et São Paulo, doit être inaugurée le 15 décembre. Elle sera assurée par des Boeing 787-9. Le service saisonnier est prévu jusqu’au 14 février.

La compagnie mise également sur ses partenariats avec LATAM, Aeroméxico et Copa Airlines pour étendre les possibilités de correspondance dans l’ensemble de l’Amérique latine.

Vers des carburants durables

Selon M. von Hoensbroech, le développement des carburants d’aviation durables nécessitera le soutien des gouvernements ou l’adoption d’exigences internationales cohérentes.

Ces mesures sont essentielles pour rendre ces carburants commercialement viables sans désavantager les compagnies qui les adoptent en premier. Quant à la planification dans ce contexte d’incertitude concernant les prix du carburant, le PDG de WestJet applique une philosophie simple.

« Je pars du principe que l’année prochaine sera semblable à aujourd’hui, a-t-il dit. Si la situation s’améliore, tant mieux. Mais l’espoir n’est jamais une bonne stratégie. Mieux vaut se préparer au pire et espérer le meilleur. »