Même si les autorités mexicaines et états-uniennes ont tenté de démentir certaines des fausses informations qui circulaient dimanche, il était souvent difficile de distinguer le vrai du faux.
Lorsque des barrages routiers, des explosions et des coups de feu ont éclaté après la mort du baron de la drogue le plus puissant du Mexique, les personnes qui se sont précipitées sur leur téléphone portable pour s’informer sont tombées sur des publications montrant un pays plongé dans le chaos.
En plus des témoignages réels de morts et de destructions, ainsi que des mises en garde des gouvernements demandant à leurs ressortissants de rester à l’abri, internet a été inondé de désinformation, de fausses vidéos et d’images générées par l’intelligence artificielle. Elles visaient à semer la peur, selon les autorités mexicaines.
« Nous ne savions pas ce qui était vrai et ce qui était faux, et nous avons vraiment eu peur », a expliqué Victoria Elizabeth Peceril, 31 ans, qui se promenait avec ses trois enfants dans les rues aujourd’hui calmes de Guadalajara, mercredi.
Un avion en feu, vraiment?
Une fausse publication montrait ainsi un avion de ligne en feu à l’aéroport international de Guadalajara. Des messages affirmaient que des hommes armés avaient pris le contrôle de l’aéroport et que des touristes avaient été pris en otage.
Le gouvernement a indiqué qu’il y avait entre 200 et 500 publications problématiques et inexactes depuis l’opération militaire de dimanche, dont jusqu’à 30 ayant dépassé les 100 000 vues.
Les responsables ont présenté des données compilées par le Tecnologico de Monterrey, une université privée, lors du point de presse quotidien de la présidente Claudia Sheinbaum mercredi. Selon ces données, 35 % à 40 % des publications manquaient de contexte, au moins 25 % étaient trompeuses et près de 25 % avaient été manipulées par l’IA ou entièrement fabriquées.
Quand la machine s’emballe
L’une affirmait qu’un agent états-unien avait étranglé Oseguera Cervantes. Une autre prétendait que Claudia Sheinbaum se cachait sur un navire de la marine au large de la côte pacifique du Mexique. D’autres spéculaient que le Mexique avait tué Oseguera Cervantes au lieu de le remettre aux États-Unis ou tentaient de lier sa mort à la capture de l’ancien président vénézuélien Nicolás Maduro, selon le rapport de l’université.
« Il y a eu beaucoup de nouvelles mal intentionnées dimanche, où on cherchait à générer de la terreur », avait déclaré Claudia Sheinbaum la veille.
Beaucoup de gens au Mexique s’informent sur ce qui se passe dans leur communauté via des groupes de discussion sur des applications de messagerie ou par l’intermédiaire de comptes sur la plateforme X. Dans les villes frontalières du Nord, où le crime organisé est omniprésent, ces messages ressemblent parfois à des bulletins routiers signalant l’emplacement des convois criminels pour éviter les zones dangereuses.
Le cartel de Jalisco s’est bâti une réputation d’actes de violence spectaculaires, notamment l’abattage d’un hélicoptère militaire et la tentative d’assassinat du chef de la police de Mexico. Alors quand des publications sur les réseaux sociaux proclament des actes de brutalité extrême du cartel, il est difficile de douter.
Entre naïveté et crédulité
« Au début, on croyait tout », raconte Nicolás Martín, 28 ans, qui vit à Mexico mais séjournait dans un complexe près de Puerto Vallarta lorsque la violence a éclaté. Il dit que les images publiées en ligne ressemblaient à « ce que l’on voit dans les films ».
Nicolás Martín a été surpris par la qualité des publications diffusées tôt dimanche, dont ce qui semblait être des images de drones montrant prétendument des explosions et des incendies à Puerto Vallarta. Il note qu’en plein chaos initial, on s’attendrait à des images plus floues et désordonnées.
Vanda Felbab-Brown, spécialiste du crime organisé du groupe de réflexion Brookings Institution, basé à Washington, estime qu’il est possible que des personnes liées au cartel de Jalisco soient derrière au moins une partie de la désinformation.
Les techno-cartels?
Parmi les groupes criminels du Mexique, le cartel de Jalisco a particulièrement investi dans sa présence en ligne.
« Les criminels deviennent très calés en technologie, note Felbab-Brown. C’était impressionnant de voir le niveau de désinformation. » À l’appui de ses dires, elle cite notamment les images prétendant que le cartel avait pris le contrôle de l’aéroport de Guadalajara.
Selon elle, ces publications « impressionnantes et sophistiquées » sont probablement générées par l’IA à partir de chatbots contrôlés par Jalisco Nueva Generación. Elles « ont certainement contribué à donner l’impression d’un chaos total au Mexique », ajoute Mme Felbab-Brown.
Des démentis ignorés
Même si les autorités mexicaines et l’ambassade états-unienne ont tenté de démentir certaines des fausses informations circulant dimanche, Sarai Olguín, une étudiante de 22 ans de Guadalajara, affirme qu’il était difficile de départager le vrai du faux.
Des amis lui ont envoyé des vidéos et des photos trouvées en ligne alors qu’elle et d’autres habitants se cachaient chez eux. Elle attribue en partie à ces publications le fait que les gens soient restés à l’intérieur.
Un message mettait en garde qu’« après une certaine heure, ils allaient tuer tout le monde, dit-elle. D’une certaine façon, c’est bien, parce que toutes ces fausses nouvelles ont aidé à protéger les gens, même si elles ont semé une peur immense. »
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Légende de l’image principale: Des gens flânent sur la place de la cathédrale de l’Assomption-de-Notre-Dame, au centre de Guadalajara, Mexique, le 25 février 2026 (AP Photo/Marco Ugarte).