Aucun chargement de pétrole n’est arrivé à Cuba au cours des trois derniers mois, en raison du blocus énergétique états-unien.
Tel qu’annoncé précédemment, Cuba a bel et bien mené des discussions avec le gouvernement états-unien, a déclaré vendredi le président cubain Miguel Díaz-Canel, confirmant pour la première fois les nombreuses spéculations sur des échanges avec l’administration Trump, alors que l’île fait face à une grave crise énergétique.
Díaz-Canel a indiqué que les discussions « visaient à trouver, par le dialogue, des solutions aux différends bilatéraux entre nos deux nations. Des facteurs internationaux ont facilité ces échanges. »
Le président n’a pas précisé lesquels, ni donné de détails sur les pourparlers, auxquels Trump avait déjà fait allusion.
Des tensions de longue date
Les relations entre Cuba et les États-Unis sont tendues depuis des décennies et son marquées par l’hostilité, hormis un bref rapprochement durant le second mandat de l’ancien président Barack Obama.
Interrogée vendredi, la Maison-Blanche a renvoyé aux déclarations publiques de Trump selon lesquelles les discussions avec Cuba sont dirigées par le secrétaire d’État américain Marco Rubio et visent à obtenir des changements majeurs dans les politiques et la gouvernance cubaines.
Trump a suggéré que les dirigeants cubains auraient intérêt à éviter le sort de l’ancien président vénézuélien Nicolás Maduro, déchu et arrêté lors d’une opération militaire en janvier.
Le petit-fils de Fidel impliqué
Peu après l’intervention de Miguel Díaz-Canel, deux responsables états-uniens ont indiqué que Rubio, fils d’immigrants cubains et fervent partisan d’une ligne dure envers La Havane, avait rencontré fin février, dans les Caraïbes, le petit-fils de l’ancien dirigeant Raúl Castro, qui jouerait un rôle influent dans le gouvernement même sans occuper de poste officiel.
Selon ces responsables, qui ont requis l’anonymat en raison de la sensibilité des échanges, Marco Rubio a rencontré Raúl Guillermo Rodríguez Castro en marge d’un sommet des dirigeants de la Communauté des Caraïbes, à Saint-Kitts-et-Nevis, le 25 février.
À l’époque, Rubio avait refusé de dire s’il parlait à quelqu’un au sein du gouvernement cubain ou proche de celui-ci.
Díaz-Canel a expliqué que les discussions avec les États-Unis avaient pour objectif d’identifier « les problèmes bilatéraux nécessitant des solutions en raison de leur gravité et de leur impact » et d’y trouver des réponses.
Il a ajouté que le but était « de déterminer la volonté des deux parties de prendre des mesures concrètes au bénéfice des deux peuples. Et, en outre, d’identifier des domaines de coopération pour faire face aux menaces et garantir la sécurité et la paix des deux nations et de la région. »
Un impact énorme
Díaz-Canel a déclaré qu’aucun chargement de pétrole n’était arrivé à Cuba au cours des trois derniers mois, pointant du doigt le blocus énergétique états-unien.
L’île fonctionne au gaz naturel, à l’énergie solaire et grâce à des centrales thermiques, et l’épuisement du fioul et du diesel a forcé l’arrêt de deux centrales électriques et réduit la production des parcs solaires.
La plus récente panne généralisée est attribuée à une chaudière défectueuse dans une centrale thermoélectrique, ce qui a provoqué l’arrêt du réseau électrique.
Le président a indiqué que Cuba, qui produit 40 % de son pétrole, génère sa propre électricité, mais insuffisamment pour répondre à la demande. Le manque d’énergie a affecté les communications, l’éducation et les transports, et le gouvernement a dû reporter des opérations chirurgicales pour des dizaines de milliers de personnes. « L’impact est énorme », a-t-il dit.
« Même avec tout ce que nous mettons en place, nous avons toujours besoin de pétrole », a-t-il ajouté, précisant que la production avait également diminué. « Sans énergie, aucun pays ne peut produire à un niveau normal. Tout cela a entraîné des ajustements dans l’emploi. »
Des mesures strictes appliquées
Le mois dernier, Cuba a appliqué des mesures strictes d’économie de carburant et a converti plus de 115 boulangeries pour fonctionner au bois ou au charbon.
« Les Cubains sont désespérés », a déclaré Elvis Hernández, 62 ans. « On ne peut pas vivre sans eau ni électricité. C’est pourquoi nous voulons qu’un consensus soit trouvé. S’il y a des discussions, qu’elles soient productives. Qu’elles aboutissent à quelque chose de bon. »
Miguel García, 65 ans, a salué l’annonce des pourparlers avec les États-Unis. « Si tout cela mène à des accords et des solutions qui améliorent nos vies, tant mieux, car la situation est très difficile en ce moment », a-t-il dit.
Moins d’effectifs à l’ambassade de La Havane
Le département d’État des États-Unis a envisagé de réduire les effectifs de l’ambassade des États-Unis à La Havane, car les pénuries de carburant causées par le blocus pourraient entraver les opérations quotidiennes, selon trois responsables états-uniens.
Ils ont souligné qu’il reste du temps pour résoudre le problème et que l’ambassade et le département d’État examinent des solutions possibles, incluant l’importation de carburant de sources privées si les Cubains l’autorisent.
Une réduction des effectifs à La Havane pousserait probablement Washington à exiger une réduction similaire à l’ambassade cubaine aux États-Unis.
Brian Fonseca, spécialiste des Amériques à la Florida International University, a estimé qu’une présence réduite serait loin d’être idéale au moment où Trump presse le gouvernement cubain d’opérer des changements radicaux.
« Le personnel diplomatique constitue vos yeux et vos oreilles sur le terrain », a-t-il dit. « Une diminution pourrait compliquer la compréhension américaine de ce qui se passe sur place. »
Les avertissements de Trump
Les livraisons cruciales de pétrole du Venezuela vers Cuba ont été interrompues après l’attaque états-unienne contre ce pays et l’arrestation de son président, Nicola Maduro. Depuis, l’administration Trump avertit Cuba d’un sort similaire.
La semaine dernière, Trump a affirmé devant un groupe de dirigeants latino-américains en Floride que Cuba était « très proche de la fin du parcours » et qu’il attendait « un grand changement » prochain sur l’île.
Díaz-Canel a également déclaré vendredi que des agents du FBI se rendraient à Cuba alors que les deux pays continuent de partager des informations concernant la récente fusillade d’un bateau battant pavillon floridien dans les eaux cubaines. Quatre des dix Cubains partis des États-Unis ont été tués après que le gouvernement les a accusés d’avoir ouvert le feu sur les troupes locales.
Un cinquième suspect est ensuite décédé de ses blessures, selon les autorités cubaines. Les cinq autres sont détenus et poursuivis pour terrorisme.
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Légende de la photo principale : Le navire mexicain ARM Huasteco, transportant de l’aide selon le gouvernement mexicain, arrive dans la baie de La Havane, Cuba, le 13 mars 2026. Crédit : AP Photo/Ramon Espinosa.