Des voyageurs à l'aéroport Trudeau de Montréal, le vendredi 3 janvier 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Graham Hughes.

Des Canadiens frileux envers les Caraïbes après l’intervention au Venezuela

« Le conflit et l’incertitude sont un peu trop proches à mon goût », disent certains à propos de quelques destinations caribéennes.


Des Canadiens revoient leurs projets de visiter certaines régions des Caraïbes à la suite d’une action militaire et de menaces des États-Unis, alors que les inquiétudes concernant une possible instabilité assombrissent les perspectives des vacanciers.

Des agences de voyages affirment que certains clients évitent ainsi Aruba et Curaçao, deux îles situées au large du Venezuela, où les États-Unis ont lancé une frappe et capturé son président il y a environ deux semaines.

« Il y a clairement une certaine inquiétude, dit Chris Lynes, directeur général de Flight Centre Travel Group Canada. Nous voyons des gens changer de destination et se tourner vers le Mexique, la Jamaïque et les destinations dominicaines. »

 

Reports et annulations

Certains voyageurs ont mis leurs voyages dans les Caraïbes sur pause ou les ont carrément annulés, la méfiance s’étendant désormais à Cuba, que Trump a également menacée.

Sal Lato, propriétaire d’une franchise Marlin Travel, a indiqué que plusieurs clients ont ainsi suspendu leurs projets de visiter la Isla Grande, la semaine dernière, après que Trump ait dit que « il n’y aura plus de pétrole ni d’argent pour Cuba. Je leur suggère fortement de conclure un accord, avant qu’il ne soit trop tard. »

Les groupes de voyageurs sur les réseaux sociaux redoublent de questions sur la sécurité ou la facilité de voyager près du Venezuela ou dans une Cuba frappée par des pannes d’électricité et des pénuries de nourriture, de carburant et de médicaments.

Plusieurs craignent que la situation ne se détériore, étant donné la dépendance du pays au pétrole vénézuélien, une bouée de sauvetage coupée le mois dernier par un blocus ordonné par Trump.

« Je viens d’annuler mes billets et je cherche une destination de remplacement, pouvait-on lire dans une publication sur la page Facebook Curaçao Travel Tips. Le conflit et l’incertitude sont un peu trop proches à mon goût, c’est tellement décevant. »

Janet Radley, qui travaille à l’agence St. Clair Travel à Toronto, a indiqué qu’elle met en garde les vacanciers en quête de soleil sur les risques d’un séjour à Cuba et recommande d’éviter Aruba, Curaçao et la voisine Bonaire.

« Les gens pouvaient voir certains des hélicoptères depuis la plage à Curaçao, ce serait un peu perturbant! », a-t-elle dit à propos de la frappe états-unienne contre le Venezuela, plus tôt ce mois-ci.

 

Plusieurs mois de tensions

L’attaque du 3 janvier a marqué l’aboutissement de plusieurs mois de pression croissante de la Maison-Blanche, qui avait notamment intercepté des pétroliers au large de ses côtes et mené des frappes contre des bateaux présumés liés au trafic de drogue.

Jeudi, les forces états-uniennes dans la mer des Caraïbes ont saisi un autre pétrolier sanctionné que l’administration Trump affirme être lié au Venezuela, faisant partie d’un effort plus large visant à prendre le contrôle du pétrole du pays sud-américain.

 

Les vols continuent

Néanmoins, WestJet, Air Transat et Porter Airlines indiquent que les opérations se poursuivent normalement. Air Canada a publié un avis de voyage temporaire pour le Venezuela et la région environnante, permettant des changements pour des vols à destination de 17 aéroports.

Les agents de voyages affirment que l’intérêt pour le Mexique et la Colombie — tous deux menacés d’intervention militaire par Trump ces dernières semaines — demeure fort.

La demande des Canadiens pour les vacances dans les Caraïbes a plus largement bondi, les touristes se détournant des destinations soleil américaines, particulièrement en Floride, en Arizona et en Californie, dans un contexte de guerre tarifaire en cours.

Selon la firme de données aéronautiques Cirium, les horaires des compagnies aériennes canadiennes indiquent une baisse de 15 % du volume de vols vers les États-Unis durant les trois premiers mois de cette année comparativement à 2025, alors que les voyageurs commençaient déjà à éviter un pays dont le dirigeant tenait des propos évoquant le « 51e  État » à propos de son voisin du nord.

Les vols vers l’Arizona au premier trimestre devraient chuter de plus de 20 % sur un an. Pour la Floride, la baisse approche les 19 %.