Des tarifs aériens plus élevés et moins d’options de vols avec la guerre en Iran

Par les temps qui courent, l’incertitude prévaut tant chez les transporteurs que chez les voyageurs, en raison de la volatilité des cours du pétrole.


Une nouvelle réalité s’impose aux voyageurs du monde entier : des frais en hausse, moins d’options de vol et des décisions difficiles quant à savoir si un voyage vaut le coût.

Le coupable : la volatilité des prix du pétrole et du carburéacteur, qui ont fortement augmenté depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.

« La volatilité, c’est le vrai sujet ici », dit Shye Gilad, ancien commandant de bord devenu professeur à la business school de l’Université Georgetown. « En ce moment, les compagnies aériennes essaient de parier sur ce qu’elles pensent qu’il va se passer dans le futur. »

Celles-ci réagissent avec prudence, en réduisant leurs horaires et en ajustant leurs prix de telle sorte que les experts estiment que le tout se répercutera de façon inégale sur le marché, et qui fera en sorte que finalement, presque tous les types de voyageurs écoperont.

Les compagnies aériennes à bas coût et leurs clients soucieux de leur budget seront probablement les premiers à ressentir la pression, et ce de manière la plus aiguë, estiment les experts. Mais même les voyageurs en cabine première classe n’échapperont pas à la hausse des prix et aux horaires moins pratiques.

 

Des fluctuations marquantes

Les prix du pétrole ont fluctué de façon spectaculaire ces dernières semaines, dépassant brièvement 119 dollars le baril à un moment, avant de chuter mercredi sous les 95 dollars après que Trump ait annoncé un cessez-le-feu de deux semaines au Moyen-Orient, qui a brièvement rouvert le détroit d’Ormuz.

Mais l’incertitude qui sous-tend ces fluctuations demeure, surtout après que l’Iran a de nouveau fermé cette artère vitale pour les acheminements pétroliers mondiaux en réponse aux frappes israéliennes au Liban.

« Quand les prix évoluent rapidement dans les deux sens, il est très difficile pour les compagnies aériennes de faire des prévisions », indique Shye Gilad. « C’est pourquoi il y a un décalage entre les mouvements du marché pétrolier et ce que les passagers voient dans les prix des billets. »

Autrement dit, même quand les prix du pétrole baissent, les voyageurs ne voient pas nécessairement le soulagement tout de suite. Les compagnies aériennes peuvent mettre des mois, parfois jusqu’à un an à ajuster leurs tarifs et leurs frais, le temps que les marchés de l’énergie se stabilisent.

« À ce niveau, il est difficile de qualifier quoi que ce soit de temporaire », explique Ed Bastian, PDG de Delta Air Lines, après que la compagnie basée à Atlanta ait relevé ses frais de bagages enregistrés.

 

Une pression mondiale aux effets locaux

Ed Bastian explique que la hausse des prix du carburant devrait ajouter 2 milliards de dollars aux charges d’exploitation au cours du seul deuxième trimestre.

Scott Kirby, PDG d’United Airlines, indique que si les prix du carburéacteur restent élevés, cela représentera 11 milliards de dollars de coûts annuels supplémentaires — soit plus du double des bénéfices réalisés par United lors de son année la plus rentable.

« Pour donner une perspective, dit-il, dans la meilleure année d’United, nous avons gagné moins de 5 milliards de dollars. »

Selon l’Association du transport aérien international, le prix mondial moyen du carburéacteur a atteint 209 dollars le baril la semaine dernière, contre environ 99 dollars fin février, au début de la guerre. Des voyageurs des États-Unis à Hong Kong et New Delhi en paient le prix.

Les compagnies aériennes états-uniennes intègrent la hausse des coûts d’exploitation dans les prix des billets et les frais annexes. Delta, United, Southwest Airlines et JetBlue ont toutes augmenté leurs frais de bagages enregistrés.

United est allée au-delà des frais annexes en ajustant les tarifs de ses cabines avant. La compagnie a annoncé la semaine dernière qu’elle appliquait l’approche « payez ce que vous voulez », déjà un standard en classe économique, à ses cabines premium, faisant des avantages comme la sélection de sièges à l’avance et les billets intégralement remboursables des options supplémentaires payantes.

Cathay Pacific a récemment augmenté ses suppléments carburant d’environ 34 % sur toutes les routes, tandis qu’Air India a ajouté lundi jusqu’à 280 dollars de frais sur certains vols. Emirates, Lufthansa et KLM ont également ajusté leurs frais ou tarifs pour faire face à la volatilité des prix.

 

Des réductions de vols pour maîtriser les coûts

Pour certains voyageurs, ce n’est pas seulement le coût — c’est l’incertitude qui change la façon dont ils planifient leurs déplacements.

Bill Moorehouse, 50 ans, directeur de solutions chez un fournisseur mondial de services aux entreprises et de technologies, voyage régulièrement pour le travail toutes les quatre à six semaines.

« Quand vous avez des voyages d’affaires avec un calendrier soigneusement coordonné, vous ne voulez pas d’imprévus ni de perturbations, dit-il. Et en ce moment, on a l’impression qu’il est de plus en plus probable que les choses tournent mal et fassent dérailler votre voyage », a déclaré ce résident de Cupertino, en Californie.

Les compagnies aériennes, quant à elles, ajustent également leur volume de vols.

BNP Paribas estime que les programmes mondiaux d’avril ont été réduits d’environ 5 % par rapport aux plans initiaux. La plupart des réductions se situent au Moyen-Orient, selon la banque d’investissement mondiale, bien que des réductions plus modestes apparaissent également en Europe, en Asie et en Amérique du Nord.

United Airlines réduit d’environ 5 % ses vols prévus à court terme, en supprimant les dessertes moins rentables et en suspendant temporairement certains services internationaux plutôt que de « brûler de l’argent » sur des trajets qui ne peuvent pas absorber les coûts de carburant plus élevés. Le PDG de la compagnie a indiqué que les réductions cibleront les vols de nuit et les routes lors des jours de voyage historiquement plus calmes, comme le mardi, le mercredi et le samedi.

Delta renonce pour sa part à ses plans d’ajout de vols et de sièges cet été, laissant environ 3,5 % de sièges en moins par rapport aux prévisions initiales.

 

Des projets de voyage bouleversés

Ces décisions expliquent pourquoi les grands transporteurs sont mieux positionnés pour surmonter la flambée des prix du carburant que les compagnies à bas coût, dont le modèle « sans fioritures » leur laisse moins de flexibilité pour absorber des coûts imprévus.

Les grandes compagnies peuvent s’appuyer sur la tarification dynamique, vendre davantage de sièges à des tarifs plus élevés ou déployer de plus grands avions sur certaines routes, ce qui leur permet de réduire les vols sans perdre de capacité globale.

« Les voyageurs de loisirs et ceux qui sont soucieux de leur budget vont absolument le ressentir en premier, parce que cela peut faire la différence entre partir et ne pas partir », indique Shye Gilad.

C’est déjà le cas pour Anna Del Vecchio. À chaque printemps, cette résidente de Seattle, âgée de 36 ans, a pris l’habitude de rendre visite à sa famille à Philadelphie avant de s’envoler vers Paris pour retrouver des amis rencontrés lors d’un stage de bénévolat.

Ses points de carte de crédit couvraient habituellement le vol aller-retour, mais les prix des billets avoisinent désormais 1 400 dollars — soit presque le double de ce qu’elle a payé les années précédentes.

« Ça ne couvrait même pas le début du billet cette fois », a-t-elle dit, « alors j’ai décidé de reporter le voyage. »

Mais si le tarif aérien dépasse 1 500 dollars, elle risque de ne pas pouvoir effectuer un voyage qu’elle n’a pas manqué depuis des années.

« Ça pourrait bien être le genre de situation où je me retrouve simplement à voyager moins. »