Guerre au Moyen-Orient : à quoi s’attendre maintenant?

À court, à moyen et à long terme, des conséquences désagréables sont à prévoir, dans l’industrie du voyage. Petit tour d’horizon.


La guerre conjointe menée par les États-Unis et Israël en Iran a déjà chamboulé les déplacements dans tout le Moyen-Orient, laissant des dizaines de milliers de personnes coincées. Et l’avenir est tout sauf certain.

Les experts soulignent que les vols prévus dans les jours et semaines à venir pourraient continuer d’être perturbés, avec des effets en cascade à l’échelle mondiale, surtout alors que la guerre s’étend avec des frappes de représailles dans les États du Golfe.

Au-delà du Moyen-Orient, les aéroports de la région du Golfe servent de plaques tournantes essentielles reliant les voyageurs se rendant en Europe, en Afrique et en Asie.

En raison des fermetures d’espace aérien dans la région, de nombreuses compagnies ont dû soit annuler des vols, soit opter pour des itinéraires plus longs. Cela alourdit les coûts d’exploitation et les prix des billets, deux facteurs susceptibles d’augmenter si les compagnies doivent payer davantage de carburant à mesure que la guerre se prolonge.

À court terme, les experts recommandent de reporter tout voyage non essentiel lorsque c’est possible, de vérifier les politiques de remboursement ou d’assurance et, surtout, de suivre de près les avis de sécurité.

« Ce n’est pas une histoire de retard ordinaire, c’est une histoire d’espace aérien en zone de conflit », dit Hassan Shahidi, président-directeur général de la Flight Safety Foundation, en soulignant que le trafic interrompu et les directives des transporteurs, aéroports et gouvernements peuvent changer chaque jour, voire chaque heure. « Les voyageurs doivent absolument s’attendre à de l’incertitude. »

Voici ce que les voyageurs doivent savoir pour leurs prochains déplacements.

 

Suivre les avis et autres informations de sécurité

Depuis que les États-Unis et Israël ont lancé des attaques au cours du week-end, les frappes de représailles et autres évolutions se succèdent rapidement. Pour les voyageurs de la région, les experts insistent sur l’importance de suivre les directives de sécurité et les mises à jour des autorités gouvernementales.

Plusieurs gouvernements ont aussi émis des avis de voyage et des ordres d’évacuation d’urgence. Chez nous, Affaires mondiales Canada recommande ainsi d’éviter tout voyage non essentiel ou carrément de voyager dans une qinzaine de pays du Moyen-Orient, dans sa dernière mise à jour du 3 mars.

Aux États-Unis, le département d’État a exhorté tous les citoyens américains à quitter immédiatement l’Iran et Israël, ainsi que le Qatar, Bahreïn, l’Égypte, l’Irak, la Jordanie, le Koweït, le Liban, Oman, les territoires palestiniens, l’Arabie saoudite, la Syrie, les Émirats arabes unis et le Yémen, en utilisant tout moyen de transport commercial disponible. Pendant ce temps, des pays comme la Chine, l’Italie, la France et l’Allemagne ont commencé à organiser l’évacuation de leurs ressortissants.

Les experts comme Hassan Shahidi recommandent aux voyageurs de suivre ces avis émis par les gouvernements et les ambassades afin de disposer des informations les plus récentes. Et, puisqu’un grand nombre de personnes restent coincées en raison des vagues d’annulations et des fermetures d’espaces aériens, il ajoute qu’il est prudent de reconsidérer ou de reporter tout voyage à venir, si possible. « Mais s’il est nécessaire, assurez-vous d’avoir un billet remboursable ou modifiable », précise-t-il.

Il va sans dire que les voyageurs devraient aussi suivre les mises à jour des aéroports et des compagnies aériennes. Les transporteurs long-courriers Etihad Airways, Emirates et Qatar Airways, basés respectivement à Abou Dhabi, Dubaï et Doha, ont tous temporairement suspendu certaines routes, invoquant les fermetures d’espace aérien et les exigences de sécurité.

 

Lire attentivement les conditions de remboursement et d’assurance

De nombreuses compagnies aériennes acceptent les demandes de remboursement ou offrent un changement gratuit, mais ces options sont souvent limitées à des dates ou itinéraires spécifiques. Il est donc important que les voyageurs consultent les sites individuels des transporteurs. Pour les voyages futurs, acheter maintenant des billets remboursables peut offrir davantage de flexibilité.

Au-delà de ce que les compagnies peuvent offrir, certains voyageurs peuvent aussi chercher une assurance voyage. Mais il est essentiel de lire les petits caractères, notamment les exclusions inscrites dans chaque police.

« Les actes de guerre et les troubles civils sont généralement exclus, car ils sont imprévisibles », explique Suzanne Morrow, PDG de l’agence d’assurance voyage InsureMyTrip. Les voyageurs peuvent encore acheter une couverture pour les retards, ajoute-t-elle, mais l’assurance voyage sert à vous remettre dans la situation initiale et, si une compagnie fait tout pour vous rebooker ou offre un remboursement, il se peut qu’aucune réclamation supplémentaire ne soit valable.

Christina Tunnah, de World Nomads Travel Insurance, rappelle que la majorité de leurs polices excluent les pertes résultant d’actes de guerre, bien qu’un voyageur puisse obtenir une compensation dans certains cas, par exemple en possédant une assurance « annulation pour n’importe quelle raison ». Le voyageur devrait toutefois annuler dans un délai précis.

L’experte ajoute qu’une fois qu’un événement est connu, il est peu probable qu’il soit couvert. Ainsi, si un consommateur n’a pas déjà acheté d’assurance voyage, beaucoup d’assureurs auront sans doute ajouté des restrictions pour les destinations touchées.

 

Prévoir des vols plus longs et des billets plus chers

Au-delà des annulations, de nombreuses compagnies empruntent désormais des routes plus longues pour éviter les espaces aériens fermés. Hassan Shahidi note que cela inclut non seulement les fermetures liées au conflit actuel, mais aussi celles découlant de précédents conflits dans le monde.

Naviguer entre ces diverses zones de conflit est devenu de plus en plus difficile pour les compagnies aériennes, car les itinéraires plus longs coûtent davantage. Les transporteurs doivent payer des « frais de survol » lorsqu’ils passent par l’espace aérien d’autres pays et pourraient en payer davantage maintenant. Et bien sûr, les vols plus longs nécessitent plus de carburant.

« Ces coûts seront répercutés sur les passagers », explique Bryan Terry, directeur général d’Alton Aviation Consultancy. Si le conflit se poursuit, dit-il, les voyageurs devraient « s’attendre à ce que certaines compagnies imposent des surtaxes carburant » ou augmentent celles déjà en place.

Les passagers ont déjà signalé des prix de billets extrêmement élevés. Les experts estiment que ces hausses immédiates reflètent plutôt l’offre et la demande après des milliers d’annulations ces derniers jours. Mais le coût de ces itinéraires rallongés, combiné à la hausse des prix du pétrole depuis les attaques états-uniennes et israéliennes, pourrait se répercuter sur les consommateurs dans les prochains mois.

Le prix du pétrole brut est un élément clé du carburéacteur, qui représentait environ 30 % des coûts d’exploitation des compagnies aériennes en 2024, selon des données de l’Association internationale du transport aérien.

De nombreux vols pour la semaine à venir sont complètement complets ou proposés à des tarifs exorbitants pour les dernières places restantes. Le marché indique que les coûts, bien qu’élevés, sont plus bas pour les voyages réservés plus tard, note Terry. Mais encore une fois, si la guerre se prolonge ou s’aggrave, « ces conditions peuvent changer à tout moment ».