Le 1er janvier, le pays des Balkans est devenu le 21e État à rejoindre la vaste zone économique qui partage la puissante monnaie de l’Union européenne.
Le jour du Nouvel An, la Bulgarie a réalisé son objectif vieux de plusieurs décennies en rejoignant l’union monétaire et en renforçant ses liens avec les pays les plus prospères d’Europe de l’Ouest.
On s’attend à ce que cette adhésion favorise les échanges commerciaux et les investissements transfrontaliers, et le gouvernement bulgare a longtemps œuvré pour y parvenir.
Échanges, voyages et investissements facilités
L’adhésion signifie que la Bulgarie fait désormais partie d’une entité économique beaucoup plus vaste, la zone euro, avec une monnaie utilisée à l’international et une banque centrale qui fixe les taux d’intérêt pour toute l’union monétaire.
Une monnaie unique signifie, par exemple, que les Bulgares peuvent partir en vacances chez leur voisine, la Grèce, membre de l’UE et de la zone euro, sans devoir échanger de l’argent ni revenir avec des billets inutilisables chez eux. L’euro facilite aussi la comparaison des prix lors d’achats en ligne à l’étranger ou pour organiser un voyage.
Les entreprises commerçant avec le reste de la zone euro n’auront plus à supporter les coûts liés au change, soit des économies estimées à 1 milliard de levs par an, selon la Banque nationale bulgare.
Un siège, une voix
La Bulgarie obtient aussi un siège au conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, et donc une voix dans les décisions concernant les taux d’intérêt et la politique monétaire.
Les pays qui rejoignent l’euro renoncent à certains outils de politique économique, puisque les taux d’intérêt sont fixés par la BCE à Francfort, et qu’ils ne peuvent plus dévaluer leur monnaie pour gagner en compétitivité.
Cependant, la Bulgarie avait déjà renoncé depuis longtemps à cet aspect de souveraineté économique en arrimant le lev à l’euro.
Rejoindre l’UE c’est adopter l’euro — en théorie
La Bulgarie s’est officiellement engagée à adopter l’euro et à remplacer le lev lorsqu’elle a rejoint l’UE en 2007.
C’est généralement la règle, même si deux pays — le Royaume-Uni, désormais sorti de l’UE, et le Danemark — ont obtenu des dérogations. Un troisième, la Suède, a mis la question en suspens après un référendum négatif. La République tchèque, la Hongrie, la Pologne et la Roumanie n’ont pas pris les mesures nécessaires pour rejoindre la zone euro.
Pour adopter l’euro, les pays doivent d’abord maintenir une stabilité de change avec la monnaie unique et respecter des plafonds d’inflation, de dette et de déficit fixés par les règles européennes. Les dirigeants de l’UE prennent la décision finale après examen par la Commission européenne et la Banque centrale européenne.
Une longue crise de la dette entre 2010 et 2015 avait soulevé des spéculations sur une sortie de la Grèce de l’euro, et plusieurs pays — Grèce, Irlande, Portugal, Espagne et Chypre — avaient eu besoin de plans de sauvetage financés par les autres membres de la zone euro.
Depuis, l’UE et la BCE ont pris des mesures pour éviter une répétition de cette crise, notamment en transférant la supervision bancaire à la BCE et en créant un fonds de secours. La BCE a aussi renforcé sa capacité à soutenir les pays en difficulté en intervenant sur le marché obligataire si nécessaire.
Scepticisme et craintes de hausses de prix
Selon un sondage Eurobaromètre de mars, 53 % des 1 017 personnes interrogées étaient opposées à l’adoption de l’euro, tandis que 45 % y étaient favorables. Un autre sondage réalisé du 9 octobre au 3 novembre montre des résultats similaires, avec environ la moitié des Bulgares opposés à la monnaie unique et 42 % en faveur. La marge d’erreur pour le sondage de mars était d’environ plus ou moins 3,1 points.
Une grande partie de cette résistance semble liée aux craintes d’une hausse des prix due à l’arrondissement des tarifs par les commerçants lors du passage à l’euro. D’autres redoutent la perte d’un symbole de souveraineté nationale.
Ces peurs ne sont pas tant liées à l’euro lui-même qu’à des inquiétudes économiques générales et à une méfiance envers les institutions, explique Dimitar Keranov, coordinateur de programme au German Marshall Fund à Berlin.
Elles relèvent « davantage de l’anxiété économique et d’une faible confiance institutionnelle en général que d’une opposition idéologique à l’euro ou à l’intégration européenne de la Bulgarie », dit-il.
La Bulgarie est classée deuxième pays le plus corrompu de l’UE après la Hongrie, selon Transparency International. Elle se situe aussi parmi les derniers en termes de revenus, avec un salaire moyen de 1 300 euros (1 530 dollars) par mois.
La désinformation circulant sur les réseaux sociaux, attribuée à des efforts russes pour semer la discorde dans l’UE, a aussi contribué au phénomène, selon Keranov.
Et après?
L’expérience montre que l’adoption de l’euro entraîne une légère hausse temporaire de l’inflation.
La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a indiqué que lors des précédents passages à l’euro, l’impact était de 0,2 à 0,4 point de pourcentage et disparaissait rapidement.
« Avant l’adoption, l’incertitude est naturelle, dit-elle. Mais une fois que les ménages et les entreprises commencent à utiliser quotidiennement la nouvelle monnaie et constatent qu’une banque centrale crédible veille à la stabilité des prix, la confiance augmente. »
Après l’adoption, l’opinion publique bascule en faveur de l’euro d’environ 11 points en moyenne, écrivent les économistes de la BCE Ferdinand Dreher et Nils Hernborg dans un article de blogue.
Certaines hausses de prix peuvent être plus apparentes que réelles. Des économistes expliquent que les restaurants et les salons de coiffure peuvent retarder la mise à jour de leurs cartes et de leurs tarifs dans les mois précédant le changement, ce qui fait que des augmentations déjà prévues apparaissent seulement au moment du passage à l’euro.