Le CNLA publie une étude sur un transport aérien plus abordable

Le rapport indique que le Canada pourrait augmenter son PIB jusqu’à 15 milliards $ de dollars et créer jusqu’à 150 000 emplois, mais certains soulèvent des bémols sur ces projections.


Le Conseil national des lignes aériennes du Canada (CNLA), qui représente les plus grands transporteurs aériens de passagers du Canada (Air Canada, Air Transat, Jazz Aviation LP et WestJet), a publié hier une importante étude évaluée par les pairs, menée par Oxera Consulting.

L’étude conclut que le Canada pourrait augmenter son PIB d’un montant pouvant aller jusqu’à 15 milliards de dollars, créer jusqu’à 150 000 emplois et libérer des avantages en matière de commerce et de productivité. Tout en rendant les voyages en avion plus abordables, en réduisant les taxes, redevances, charges et règlementations actuellement imposées par des tiers au transport aérien.

L’étude Prêts au décollage : l’analyse économique en faveur d’une réduction des coûts de l’aviation au Canada présente des actions concrètes que le gouvernement du Canada peut entreprendre pour stimuler le secteur du transport aérien au Canada.

 

Un écosystème à revoir?

L’écosystème est actuellement soumis à une large gamme de redevances, charges et taxes imposées par des tiers, et l’étude révèle que la réduction de ces redevances peut libérer un potentiel économique considérable et contribuer à atteindre des objectifs nationaux, notamment diversifier le commerce.

 « Dans un pays aussi vaste que le Canada, le transport aérien n’est pas un luxe, dit Jeff Morrison, président et directeur général du CNLA. C’est un moyen de transport crucial pour les personnes et les marchandises, et les Canadiennes et Canadiens s’attendent à ce que le système de transport aérien soit abordable et soutienne la croissance économique. »

 « Ce rapport illustre qu’améliorer l’accessibilité des voyages aériens en réduisant les taxes, charges et redevances stimulera le marché, ce qui entrainera des bénéfices dans l’ensemble de l’économie », poursuit M. Morrison.

 

Exemples venus d’ailleurs

D’autres pays ayant des similitudes avec le Canada, comme la Suède, ont récemment pris des mesures pour éliminer certaines de ces taxes et redevances, afin d’améliorer la compétitivité et de stimuler leurs marchés du transport aérien.

L’étude a permis d’examiner quatre scénarios de réduction des taxes, charges et redevances, notamment l’annulation des récentes augmentations de redevances et le réinvestissement des loyers aéroportuaires, l’alignement des niveaux de redevances avec la Suède ou les États-Unis, et la suppression complète de toutes les taxes, charges et redevances.

 

Les résultats clés

  • Aligner les taxes, charges et redevances avec les niveaux existants en Suède signifie qu’une famille de quatre personnes voyageant aller-retour de Toronto à Vancouver paierait environ 251 $ de moins pour ses billets d’avion. Une famille de quatre personnes voyageant d’Edmonton à Montréal aller-retour économiserait 282 $.
  • Cela entrainerait jusqu’à 9 milliards de dollars de PIB supplémentaire et créerait 86 000 emplois grâce à l’augmentation des voyages aériens. Réduire les redevances à ce niveau pourrait également augmenter la valeur du commerce de 106 milliards de dollars et augmenter le PIB de 17 milliards de dollars grâce à une productivité accrue.
  • Faire correspondre le niveau des taxes, charges et redevances avec ceux des États-Unis générerait une augmentation du PIB de 11 milliards de dollars et la création de 112 000 emplois.
  • La suppression de l’ensemble des taxes, charges et redevances générerait 15 milliards de dollars de PIB supplémentaire tout en créant 151 000 emplois. Cela augmenterait également le commerce de plus de 160 milliards de dollars et générerait 30 milliards de dollars de PIB grâce à l’accroissement de la productivité.

Si certaines personnes affirment que la suppression des redevances réduit les recettes fiscales sur lesquelles le gouvernement fédéral compte, le rapport conclut que libérer le potentiel du transport aérien en le rendant plus abordable dans notre pays pourrait entraîner une augmentation totale des recettes fiscales de deux à dix milliards de dollars, en stimulant davantage d’activité économique. L’avantage est évident, tant pour les consommatrices et consommateurs que pour le gouvernement.

 

Des précédents

Le CNLA n’est pas le premier à souligner qu’il faut vraiment du changement au pays. En juin 2025, le Bureau de la concurrence Canada a reconnu l’impact du modèle « utilisateur-payeur » actuel et a proposé des amendements au Règlement sur la protection des passagers aériens (RPPA).

En novembre 2025, le Comité permanent des transports, des infrastructures et des communautés de la Chambre des communes a déposé un rapport concluant que les coûts élevés, les frais fédéraux excessifs et les obstacles règlementaires figurent parmi les principaux défis qui nuisent au caractère abordable de l’aviation canadienne et à la concurrence dans ce secteur et demandant qu’un examen gouvernemental ait lieu.

Le rapport expose les avantages dont les Canadiennes et les Canadiens pourraient bénéficier si le gouvernement fédéral modernisait le cadre actuel de redevances, charges et règlementations, comme le RPPA. Les responsables de politiques peuvent promouvoir un changement positif en utilisant les données contenues dans cette étude exhaustive.

« Il est évident qu’un meilleur système est à portée de main. Alors que le Canada cherche à renforcer sa propre économie et à renforcer ses liens avec ses partenaires commerciaux à travers le monde, le moment d’agir sur les redevances du transport aérien est venu », a conclu Morrison.

 

Réactions mitigées de l’industrie

Dans une déclaration publiée hier, Jacqui McGillivary, vice-présidente directrice et chef des affaires publiques et du personnel du Groupe WestJet, indique que la compagnie aérienne est « heureuse de constater que nos partenaires du CNLA investissent dans des recherches que WestJet défend et appuie depuis longtemps. Rendre les voyages plus abordables en réduisant les taxes et frais tiers est l’un des leviers les plus importants pour renforcer l’économie canadienne. Un Canada mieux connecté grâce à des voyages aériens accessibles est un Canada meilleur pour tous. »

De son côté, le Conseil des Aéroports Canadiens (CAC) a également publié une déclaration en réaction au rapport du CNLA. « Les aéroports du Canada partagent l’objectif d’améliorer l’accessibilité et de renforcer la connectivité pour les Canadiens. Cependant, attribuer les niveaux tarifaires principalement aux frais tiers est trop simpliste. Les prix des billets reflètent un ensemble de facteurs, dont les stratégies tarifaires des compagnies aériennes, la concurrence, la géographie, les charges fédérales, les coûts de sécurité et de navigation, ainsi que l’infrastructure nécessaire pour exploiter des aéroports sûrs dans un pays aussi vaste. Une analyse équilibrée doit examiner l’ensemble du système. »

Le CAC rappelle que les aéroports canadiens fonctionnent selon un modèle entièrement autofinancé depuis les années 1990 et dit être d’accord avec le CNLA sur le fait qu’il y a « place à l’amélioration » pour faire du transport aérien un véritable modèle utilisateur-payeur.

Contrairement aux chemins de fer, aux traversiers et aux ports, les aéroports canadiens versent actuellement 525 millions de dollars par an en loyers fonciers au gouvernement fédéral. « Ces loyers devraient être réinvestis dans les infrastructures aériennes pour soutenir le système », conclut le CAC.

Le rapport est disponible ici.