Le Pacifique bat un record d’ouragans sous l’effet d’El Niño

Cette année, les tempêtes et les ouragans se suivent et se ressemblent, sur la côte du Pacifique, alors que l’Atlantique bénéficie d’une accalmie.


Le week-end dernier, l’océan Pacifique a une fois de plus été fort agité, depuis le début de l’automne. Le typhon Champi a ainsi atteint la catégorie 5, mais il s’est finalement éloigné des terres philippines, après être passé près de Guam et des îles Mariannes du Nord.

Pendant ce temps, l’ouragan Trudy, qui a pour un temps gravement menacé les côtes mexicaines, en a finalement balayé une faible partie avant d’emprunter un autre parcours et de s’affaiblir en mer.

 

Des ouragans records

Ces deux systèmes météo extrêmes s’inscrivent dans une succession d’énormes ouragans du Pacifique, qui ont entraîné un record de tempêtes violentes et de longue durée, à l’est de la ligne internationale de changement de date, alimentées par un épisode d’El Niño d’une ampleur exceptionnelle.

« Depuis le 20 septembre, lorsque l’ouragan Odalys s’est formé, c’est devenu complètement fou », a déclaré Phil Klotzbach, chercheur à l’Université d’État du Colorado, qui étudie l’activité cyclonique et établit des prévisions. « Cette année, pratiquement toutes les tempêtes qui se forment durent longtemps et deviennent extrêmement puissantes. »

L’un des principaux indicateurs utilisés par les météorologues pour évaluer les saisons cycloniques est l’énergie cyclonique accumulée, ou ACE, qui tient compte de la vitesse des vents et de la durée de vie des tempêtes. La semaine dernière, une partie du Pacifique située à l’est de la ligne internationale de changement de date, où se forment les tempêtes qui se dirigent vers Hawaï, le Mexique et la côte ouest des États-Unis, a dépassé le précédent record établi en 2018.

Cette région reste très active, avec l’ouragan Simon, et semble sur le point de donner naissance à un autre système qui pourrait rapidement gagner en intensité, selon Klotzbach.

Mardi, le Pacifique égalera un record du nombre de jours pendant lesquels un ouragan a été en activité, avant de vraisemblablement le battre peu après, a-t-il ajouté. « On a l’impression que presque tout ce qui peut se transformer en tempête finit effectivement par le faire », a déclaré Kim Wood, spécialiste des sciences atmosphériques à l’Université de l’Arizona.

 

Le catalyseur El Niño et les eaux chaudes

Plusieurs facteurs météorologiques se sont conjugués pour intensifier l’activité cyclonique dans le Pacifique, le principal étant El Niño, selon M. Klotzbach et d’autres spécialistes des ouragans.

Un épisode d’El Niño affaiblit et déplace les vents verticaux en altitude, qui peuvent autrement freiner les tempêtes, voire les désorganiser complètement. Dans le Pacifique, le cisaillement des vents s’oriente d’est en ouest, généralement dans la même direction que celle empruntée par les tempêtes. C’est un peu comme faire du vélo avec le vent dans le dos, explique M. Klotzbach.

 

Une accalmie atlantique

À l’inverse, ce régime météorologique a freiné l’activité cyclonique dans l’Atlantique, où l’énergie cyclonique accumulée représente moins de 18 % de la normale pour cette période de l’année. El Niño y provoque un cisaillement des vents comparable à une progression à vélo face à un vent contraire, précise-t-il.

La chaleur des océans constitue un autre facteur, puisque l’eau chaude alimente les ouragans. Par définition, El Niño correspond à un réchauffement des eaux de surface du Pacifique équatorial qui modifie les conditions météorologiques à l’échelle mondiale.

Dans la zone cyclonique du Pacifique, la température de l’eau dépasse de plusieurs degrés la normale, explique Kristen Corbosiero, professeure spécialisée en sciences atmosphériques et en phénomènes météorologiques violents à l’Université d’Albany, dans l’État de New York.

Habituellement, dans le Pacifique, la couche d’eau chaude favorable aux tempêtes est moins profonde que dans l’Atlantique. Lorsqu’une tempête traverse une zone océanique, elle fait remonter de l’eau froide, ce qui complique le maintien en activité d’une autre tempête qui passerait ensuite au même endroit, explique Kim Wood. Mais ce n’est pas ce qui se produit cette année.

L’ouragan Rachel, dont les restes ont récemment provoqué d’importantes inondations à Las Vegas, n’a pas perdu de sa vigueur en traversant une zone océanique brassée auparavant par l’ouragan Polo, de catégorie 5, indique Kim Wood. Selon elle, les eaux sont réchauffées à la fois par El Niño et par les changements climatiques provoqués par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz.

Un autre facteur a contribué à l’activité récente : une circulation atmosphérique tournant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre au-dessus de l’Amérique centrale, appelée gyre.

Ce système engendre des perturbations susceptibles de se transformer en ouragans. Il a contribué à la formation presque simultanée de l’ouragan Isaias dans l’Atlantique et de Simon dans le Pacifique, selon Mme Corbosiero et M. Klotzbach.

 

Cinq ouragans majeurs consécutifs

Les cinq derniers ouragans du Pacifique, soit Nolo, qui a persisté longtemps, Odalys, Polo, Rachel et Simon, ont tous atteint le statut d’ouragan majeur, avec des vents d’au moins 179 km/h.

Nolo, Odalys et Simon ont atteint la catégorie 4, tandis que Polo a établi un record de durée en catégorie 5, avec deux jours et demi à cette intensité.

Pour calculer les records d’activité dans le Pacifique oriental et central, M. Klotzbach a pris en compte toutes les tempêtes situées à l’est de la ligne internationale de changement de date.

Cette méthode diffère légèrement de celle de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), l’agence états-unienne chargée notamment de l’étude des océans et de l’atmosphère, qui divise cette vaste zone en deux régions.

Aucune de ces deux régions, considérée séparément, n’a encore atteint un niveau record d’énergie cyclonique accumulée. Ensemble, toutefois, elles établissent un nouveau record.

Cela s’explique notamment par le fait que, lorsque l’une des deux sous-régions connaît habituellement une activité plus intense, l’autre est souvent moins active. En 2026, les deux sont exceptionnellement actives, souligne Wood.

« C’est la première année où les deux parties de cette région connaissent simultanément une activité aussi intense, explique-t-elle. Habituellement, l’activité se concentre davantage dans l’une ou l’autre. Cela montre à quel point les conditions favorables sont étendues dans toute la région : un cisaillement des vents plus faible, des eaux plus chaudes et une humidité plus élevée. »

« On dirait que les tempêtes se succèdent sans arrêt au large des côtes mexicaines, conclut Mme Corbosiero. Je ne serais donc pas surprise qu’une autre se forme. Cette année, en raison d’El Niño, les conditions sont particulièrement favorables. Tant qu’il y aura des perturbations initiales, qu’elles proviennent de la circulation atmosphérique au-dessus de l’Amérique centrale ou des vestiges de fronts froids, cette activité devrait se poursuivre encore quelque temps. »

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