Les Canadiens misent sur l’Europe pour 2026

En ces temps incertains, la stabilité de l’Europe, sa richesse culturelle et la diversité de ses expériences soutiennent une forte demande en sa faveur.


Carol Murray peine presque à suivre le rythme de ses réservations pour l’Europe.

Cette conseillère en voyages, propriétaire de Your Vacation Home, affirme que les ventes « explosent », particulièrement pour l’Espagne, le Portugal et le sud de la France ces derniers mois.

« J’ai tellement de clients retraités qui ont l’habitude de passer l’hiver aux États-Unis, mais en raison du climat politique actuel, ils choisissent plutôt l’Europe », confie-t-elle.

Son constat reflète une tendance plus large observée sur le marché canadien, où la stabilité perçue de l’Europe, sa richesse culturelle et la diversité de ses expériences soutiennent une solide demande à l’approche de la haute saison estivale, malgré les tensions géopolitiques et la hausse des coûts de voyage.

Selon Sandra Bailey Moffatt, directrice de Tourism Ireland au Canada et présidente de la section canadienne de la Commission européenne du tourisme (CET), les premiers indicateurs révèlent des perspectives nuancées, entre prudence et croissance à long terme.

« Même si nous ne suivons pas les réservations directement, les premières données sur les intentions de voyages pour 2026 montrent que les Canadiens sont un peu plus prudents cette année, indique-t-elle. Les données de l’ETC de début 2026 montrent aussi que l’intention de voyager en Europe a légèrement reculé. »

 

Le coût, toujours un obstacle

Le coût demeure le principal obstacle, aux côtés d’un intérêt un peu plus marqué pour les voyages domestiques. Mais ce ralentissement n’efface pas la tendance générale.

« Le plus récent rapport sur les tendances touristiques en Europe indique que les arrivées de Canadiens en Europe devraient augmenter en moyenne de 4,2 % par an jusqu’en 2029 », ajoute-t-elle.

La capacité aérienne témoigne elle aussi d’un certain optimisme. « On observe une hausse importante de la capacité pour l’été 2026, poursuit Mme Bailey Moffat. Air Canada prévoit 326 vols transatlantiques à sens unique, soit une augmentation de 30 % par rapport à l’année dernière. Cela annonce un été prometteur. »

 

Évolution de la demande

L’Europe continue de bénéficier de sa réputation bien établie de destination stable et fiable, un atout important pour des voyageurs confrontés à un contexte mondial mouvant.

« Historiquement, l’Europe est perçue comme une destination stable en période d’incertitude mondiale, et les signes préliminaires montrent que cette perception perdure », ajoute Mme Bailey Moffatt.

Elle précise que la sécurité reste un avantage compétitif clé. « Les études sur le sentiment des voyageurs réalisés début 2026 soulignent que la sécurité demeure l’un des plus grands atouts de l’Europe. »

Les conseillers en voyages voient ces tendances se refléter directement dans les demandes. Valerie Murphy, conseillère chez Vision Travel à Waterloo, observe un changement de comportement.

« Je pense que l’intérêt accru pour l’Europe est lié au fait que beaucoup choisissent de ne pas voyager aux États-Unis, dit-elle. C’est pareil pour le Canada. Et j’entends aussi mes clients dire qu’ils veulent toujours rayer des destinations de leur liste de rêves. »

 

Croissance continue pour les voyagistes

Du point de vue des voyagistes, la demande pour l’Europe reste stable, avec certains segments en progression notable.

Christian Leibl Cote, vice-président exécutif des ventes mondiales chez le voyagiste canadien Collette, indique que les réservations se maintiennent, avec une légère tendance à la hausse. « Les réservations suivent le même rythme que l’année précédente, avec une petite augmentation pour l’été 2026. »

La dynamique est particulièrement forte au-delà de la haute saison traditionnelle : l’entreprise enregistre une croissance à presque deux chiffres pour les réservations d’automne vers l’Europe, signe d’une confiance accrue et d’une demande durable.

Cette évolution pourrait être liée à des préférences changeantes. « On voit les voyageurs premium et luxe chercher davantage des itinéraires au rythme plus lent, qui laissent le temps de réellement vivre chaque destination », explique M. Leibl Cote.

Ces observations reflètent celles de l’ETC. « Les données récentes montrent une nette préférence des Canadiens pour voyager hors saison estivale, souligne M. Bailey Moffatt. Beaucoup (64 %) optent pour des départs en dehors des périodes de pointe. »

 

Où vont les Canadiens?

Les destinations européennes classiques restent majoritaires, bien qu’une diversification se dessine.

« D’après les données 2025, les Canadiens privilégient toujours les destinations les plus populaires : le Portugal, l’Espagne, l’Allemagne et la Turquie figurent parmi les choix principaux », précise Mme Bailey Moffatt.

Certaines préférences régionales influencent aussi les résultats. « Les données de nos partenaires montrent une forte affinité des Canadiens francophones pour la France, preuve que les liens culturels et linguistiques comptent toujours », ajoute sans surprise la présidente du chapitre canadien de la CET.

Les voyagistes anticipent d’ailleurs une expansion de ces intérêts. « Le Portugal a connu une demande exceptionnelle l’année dernière, et l’Italie et l’Irlande sont aussi très populaires, indique M. Leibl Cote. Pour la suite, on s’attend à un engouement pour la Suisse et la Norvège, puisque les voyageurs recherchent des expériences plus immersives et scéniques, loin des foules. »

 

L’émergences des destinations secondaires

 Une tendance claire émerge : l’intérêt croissant pour les destinations moins connues.« Les données de 2025 montrent une croissance particulièrement forte des arrivées en Finlande (+26 %) et en Estonie (+20 %), ainsi qu’une hausse des nuitées en Norvège (+29 %) et en Islande (+18 %) », explique Mme Bailey Moffatt.

Plusieurs facteurs alimentent ce virage, dont la volonté d’éviter la surfréquentation des grandes villes et les considérations climatiques, les destinations nordiques offrant des étés plus tempérés.

Chez Collette, on constate la même chose sur le terrain. « Les voyageurs veulent de plus en plus ralentir et découvrir des lieux hors des sentiers battus, surtout via des petits groupes », dit Christian Leibl Cote.

L’envie de créer des liens plus profonds s’impose aussi. « On constate une forte croissance, au Canada, pour des itinéraires centrés sur les échanges avec les communautés locales plutôt que sur une course d’un site à l’autre », ajoute le dirigeant.

 

Pression sur les prix

Malgré la forte demande, les prix restent un enjeu majeur. « En ce moment, c’est un exercice d’équilibre, note Mme Bailey Moffatt. L’augmentation de la capacité aérienne pourrait soulager un peu les prix, surtout sur les axes concurrentiels. Mais la hausse du prix du carburant pousse les coûts vers le haut, ce qui devrait se refléter dans les tarifs aériens. »

La conseillère Valérie Murphy le constate déjà. « Je trouve les prix beaucoup plus élevés cette année, surtout pour les hôtels et les billets d’avion, dit-elle. Les clients s’y attendent, je pense. Avec le coût de la vie, rien ne les surprend vraiment. Ils ne sont pas ravis, mais pas surpris non plus. »

Carole Murray abonde dans ce sens, ajoutant que si les tarifs aériens sont relativement stables, les prix hôteliers ont beaucoup augmenté. Et cela pourrait continuer.

« Je ne peux pas faire grand-chose contre les prix, mais j’essaie de leur trouver le meilleur rapport qualité-prix, dit-elle. La demande, elle, est là. »

De leur côté, les voyagistes tentent aussi d’apporter de la stabilité. « Malgré la pression mondiale sur les prix, nous offrons une protection tarifaire en sécurisant les composantes à l’avance, ce qui protège les voyageurs des fluctuations futures », explique M. Leibl Cote.

 

Des opportunités pour les conseillers

Dans un environnement plus complexe, les conseillers pourraient gagner en importance.

« Les données du début de 2026 montrent que 44 % des Canadiens planifient leurs voyages seuls, dit Mme Bailey Moffatt. Mais ils apprécient l’expertise, le gain de temps et le soutien en cas d’urgence. »

En période d’incertitude, ce besoin de réassurance pourrait profiter aux conseillers. La réorientation des priorités ouvre aussi de nouvelles possibilités, poursuit la dirigeante de la CET. Les Canadiens privilégient les expériences. La gastronomie (73 %) et les activités (52 %) représentent les principales catégories de dépenses. »

Un intérêt croissant pour le tourisme responsable se manifeste également, incluant les lieux moins fréquentés et les interactions locales plus significatives.

 

Perspectives 2026 et au-delà

Dans l’ensemble, les perspectives pour l’Europe restent positives, même si les conditions du marché évoluent. Le coût, l’incertitude mondiale et la pression sur les prix peuvent influencer les décisions à court terme, mais la réputation solide de l’Europe, la croissance de la capacité aérienne et l’évolution des styles de voyage continuent de soutenir la demande.

« Le vrai point d’interrogation, c’est le coût », estime Mme Bailey Moffatt. Avec la hausse du carburant, les tarifs aériens continueront de subir une pression. Et cela pourrait affecter la conversion réelle en réservations. »

Malgré cela, la tendance à long terme reste orientée vers la croissance, portée par l’intérêt soutenu des voyageurs et les visites répétées.

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Cet article a d’abord été publié en anglais dans le numéro du 9 avril de Travelweek. Pour lire l’édition originale, cliquez ici.