Air Transat Airbus A330 ©The Canadian Press-Graham Hughes

Les transporteurs canadiens boudent de plus en plus les États-Unis

La Floride, la Californie et le Nevada ont connu certaines des plus fortes baisses de capacité de la part des transporteurs canadiens, qui se redéploient ailleurs.


Au cours de la dernière année, les compagnies aériennes canadiennes se sont largement retirées du marché états-unien et elles ont augmenté leurs volumes de vols ailleurs, surtout dans les Caraïbes, sans aucun signe de rebond transfrontalier à l’horizon.

Les données de la firme d’aviation Cirium montrent en effet que les volumes de vols entre le Canada et les États-Unis ont chuté de plus de 14 % d’une année à l’autre au quatrième trimestre, chez les cinq plus grands transporteurs canadiens.

La Floride, la Californie et le Nevada ont ainsi enregistré certaines des plus fortes baisses de capacité de la part des transporteurs canadiens, les vols vers Las Vegas ayant diminué d’un tiers par rapport à l’an dernier.

Cap sur les Caraïbes et l’Amérique latine

Alors que les passagers regardaient plus loin, les compagnies aériennes ont augmenté leurs vols vers les Caraïbes et l’Amérique du Sud — de 20 % pour Air Canada et de 81 % pour WestJet, selon Cirium.

Le nombre de vols intérieurs et de voyages vers l’Europe et l’Asie est également en hausse par rapport à 2024, alors que les transporteurs se sont empressés de réorganiser leurs réseaux.

L’ancien professeur de transport Jacques Roy affirme que l’aversion des Canadiens pour les visites aux États-Unis, déclenchée par la guerre tarifaire et les politiques sociales de Trump, demeure un problème pour les compagnies aériennes canadiennes, qui devront désormais affronter une concurrence plus féroce à l’international et au pays. « Il y a une réaction naturelle des voyageurs canadiens, qui cherchent à prendre leur bain de soleil ailleurs », dit-il.

Tendances à la baisse

Du reste, rien n’indique un retour à la normale. Les horaires des compagnies aériennes canadiennes montrent une baisse de 15 % des volumes de vols durant les trois premiers mois de cette année comparativement à 2025, alors que les gens commençaient déjà à éviter de se rendre dans un pays dont le dirigeant parlait du Canada comme d’un 51e État.

« Les compagnies aériennes espéraient que ce ne serait qu’un feu de paille… qu’on reviendrait finalement à la normale et aux destinations soleil d’ici le quatrième trimestre », dit John Gradek, qui enseigne la gestion de l’aviation à l’Université McGill.

Cela ne s’est pas produit. « Et le premier trimestre ne s’annonce pas beaucoup plus brillant », poursuit-il.

L’envie de voyager toujours là

La bonne nouvelle, c’est que l’appétit des Canadiens pour les voyages hivernaux persiste, malgré des déplacements plus lointains et parfois plus coûteux.

Air Canada a inauguré plus d’une douzaine de nouvelles routes et plusieurs nouvelles destinations dans les Caraïbes et en Amérique du Sud au cours des derniers mois.

Certains lieux de villégiature ont connu des hausses spectaculaires. Avec la montée de la demande, WestJet a augmenté sa fréquence vers Punta Cana, en République dominicaine, pour atteindre 1 018 vols au dernier trimestre, contre 320 vols un an plus tôt.

Les volumes de vols canadiens vers Cancún, au Mexique, ont pour leur part bondi de 35 %, et ceux vers l’Amérique centrale de près d’un tiers. « Les Canadiens bougent et essaient de nouvelles destinations », de conclure John Gradek.