Les voyageurs canadiens fidèles à l’Europe, quoi qu’il arrive

Malgré les tribulations inhérentes à la mise en œuvre de l’EES et les questionnements liés à l’ETIAS, les Canadiens redemandent de l’Europe.


On peut parler d’une relation en dents de scie.

Le système Entrée/Sortie de l’Europe (EES), avec ses relevés d’empreintes digitales et ses scans faciaux obligatoires, a semé le chaos et suscité une avalanche de gros titres négatifs — en raison de files d’attente de plusieurs heures — pour les voyageurs dans les aéroports européens, plus tôt cet été.

Les aéroports ont obtenu le feu vert pour « suspendre » le traitement EES pendant les périodes particulièrement achalandées de la saison touristique estivale. Mais cette capacité de « pause » devrait prendre fin dès le mois prochain.

Pendant ce temps, le système partenaire de l’EES, le Système européen d’information et d’autorisation concernant les voyages (ETIAS), qui touche une longue liste de voyageurs à destination de l’Europe, y compris les Canadiens, devait être lancé à l’automne 2026 — mais ce n’est plus le cas.

Le site officiel indique en effet que l’ETIAS n’est pas en fonction et qu’aucune demande d’autorisation de voyage n’est présentement recueillie. Les problèmes liés à l’EES y sont sans doute pour beaucoup.

Avec les exigences de permis et de frais de l’ETIAS, personne dans l’industrie du voyage vers l’Europe ne pleure ce revirement de situation.

Mais quel est le conseil à donner aux clients dont le voyage en Europe est déjà réservé pour le reste de l’été et pour la populaire saison automnale, surtout maintenant qu’on sait que les aéroports ne pourront plus suspendre le traitement EES, et que les files d’attente et les retards referont surface? Et le chaos initial de l’EES a-t-il dissuadé les voyageurs canadiens de visiter l’une de leurs destinations favorites cet été?

Apparemment, pas vraiment. Rien n’arrête l’amour du Canada pour l’Europe — malgré les longues files d’attente de l’EES, les vagues de chaleur, et même les craintes concernant les faibles réserves de carburant aviation (qui heureusement ne se sont pas concrétisées).

 

Exaspération face à l’EES

« La demande canadienne pour l’Europe demeure forte, et l’automne est une période particulièrement occupée pour nous, indique ainsi Talia May, directrice, Marketing et Opérations chez Gateways International. De notre point de vue, l’EES influence la façon dont les clients prennent l’avion et font leurs correspondances, plutôt que leur décision de voyager ou non. Nous recommandons des correspondances plus longues et davantage de prudence, particulièrement avec les billets séparés. »

Le marché européen est tout aussi florissant pour Exoticca, indique Mike Quinto, vice-président, Amérique du Nord. Les voyageurs ont vu les manchettes. « Ils sont certainement au courant du déploiement de l’EES, dit-il. En raison de la guerre tarifaire avec les États-Unis et de la forte baisse des réservations de vacances états-uniennes par les touristes canadiens, l’Europe, l’Asie, l’Amérique latine et l’Afrique ont connu une forte hausse des ventes au cours des 12 derniers mois. »

Les arrivées canadiennes en Europe en 2026 sont estimées à un peu moins de 8 millions, selon Sandra Bailey Moffatt, présidente du chapitre canadien de l’ETC et directrice pour le Canada de Tourism Ireland. L’estimation officielle est de 7 986 639. « Presque toutes les destinations ont vu davantage de visites ou de nuitées de la part des Canadiens depuis le début de l’année, comparativement à la même période en 2025 », précise-t-elle. Quant au déploiement de l’EES, elle se montre diplomate.

« Nous espérons que le système est testé et utilisé de façon approfondie durant l’été, pendant que certaines dérogations sont encore en vigueur, et qu’il sera pleinement opérationnel à l’automne, dit-elle. Nous aimerions bien sûr que l’expérience des voyageurs soit la plus fluide possible. Mais la sécurité compte aussi, tant pour les destinations européennes que pour leurs visiteurs. »

Mme May affirme qu’il y a eu de l’exaspération face au déploiement de l’EES par l’UE, « et cette frustration est partagée dans l’ensemble de l’industrie. Le risque de retards était largement anticipé, particulièrement pendant la période achalandée de l’été et du début de l’automne. Nous aurions souhaité voir plus de flexibilité et une planification de contingence plus solide pour aider les aéroports à gérer la congestion sévère. »

Firdosh Bulsara, vice-président de MyEscapades, ajoute qu’il y a « énormément de bruit et un plus grand nombre de mises en garde de la part d’« experts », voulant que le système nécessite une refonte immédiate ou qu’il soit voué à l’échec. Je dois croire que la frustration est amplifiée par la difficulté à faire accepter au client qu’il doit s’y soumettre… qu’il le veuille ou non. »

 

Correspondances de 4 heures

En septembre, mois très populaire pour les voyages vers l’Europe, le conseil donné aux clients dans l’ensemble de l’industrie est le suivant : anticiper d’éventuels retards, et s’y préparer.

« Les voyageurs qui savent qu’ils pourraient faire face à des temps de traitement plus longs à l’arrivée sont beaucoup moins susceptibles d’être frustrés, dit M. Quinto. Vous allez passer, il faut simplement être patient. J’encouragerais aussi les conseillers à recommander des temps de correspondance plus longs. Il y a parfois une option de correspondance de 2 heures et une autre de 3,5 heures, et je sais que tout le monde veut simplement arriver à destination ou rentrer chez soi au plus vite, mais il faut toujours privilégier la valeur sûre et le temps de correspondance le plus long. »

Mme May recommande 3,5 heures, voire 4 heures. « L’ancienne règle des 2 heures pourrait ne plus suffire », ajoute-t-elle. Gérer les attentes est également important. Et les services VIP dans les aéroports peuvent être utiles pour certains voyageurs, « bien qu’ils puissent être coûteux et ne garantissent pas toujours un traitement plus rapide à l’immigration. Dans les aéroports participants, les voyageurs peuvent aussi soumettre certains renseignements à l’avance grâce à l’application officielle Travel to Europe. »

Cette application est un outil gratuit de préenregistrement créé par l’UE pour les voyageurs non européens assujettis à l’EES. Mme Moffatt souligne que l’application est déjà utilisée en Suède et au Portugal, et que d’autres pays prévoient l’adopter prochainement.

Une fois qu’un voyageur a été traité par le système EES, ses données biométriques restent dans le système pendant 3 ans. « Le fait d’avoir des données biométriques dans le système accélère naturellement le processus, mais l’EES fait partie du contrôle global du passeport », précise Mme Moffatt.

Les voyageurs ayant une double citoyenneté (par exemple un passeport canadien et un passeport de l’UE), avec la validité requise pour leur passeport européen, peuvent éviter le processus de l’EES, note M. Bulsara.

Le portail officiel de l’UE pour toute l’information pratique sur l’EES se trouve à l’adresse travel-europe.europa.eu/ees

 

Aéroports les plus touchés

Parmi les aéroports les plus touchés par les pires files d’attente et retards liés à l’EES cet été, on trouve des portes d’entrée au Portugal (Lisbonne), en Italie (Milan et Vérone) et en Espagne (Madrid, Alicante, Malaga, Palma de Majorque, Tenerife Sud et Lanzarote), ainsi qu’Amsterdam Schiphol.

« Lisbonne posait déjà des défis avant l’EES, et le traitement supplémentaire semble aggraver le problème, dit Mme May. Nous avons aussi entendu parler de difficultés dans de grandes plaques tournantes comme Paris et Francfort, particulièrement pour les passagers qui tentent d’attraper leurs correspondances. La principale préoccupation, c’est l’inconstance. Certains voyageurs passent rapidement, tandis que d’autres subissent des retards importants. »

Cette semaine, le gouvernement canadien est revenu à ses conseils ouverts concernant l’ETIAS pour plus de deux douzaines de ses fiches de pays européens sur voyage.gc.ca, soulignant que les demandes d’ETIAS ne sont pas encore ouvertes et que les voyageurs ne devraient présenter une demande que par l’entremise du site officiel de l’UE une fois le système lancé.

Compte tenu des leçons tirées de l’EES, Mme Moffatt a quelque conseil à offrir aux autorités responsables du déploiement de l’ETIAS — quel que soit le jour où il aura lieu. « Ce que nous pouvons dire du point de vue touristique, c’est qu’une communication claire, précoce et cohérente envers les voyageurs et l’industrie du voyage est ce qui aide le secteur à se préparer et à gérer les attentes », conclut-elle.