L’Ontario va désigner l’aéroport Billy Bishop zone économique spéciale

Le gouvernement Ford veut agrandir l’aéroport Billy Bishop de Toronto afin d’y inclure des avions à réaction.


L’Ontario va désigner l’aéroport de Billy Bishop, à Toronto, comme la première zone économique spéciale de la province alors qu’elle prend possession de terrains appartenant à la ville. L’annonce a été faite lundi par le premier ministre Doug Ford, dans une décision à laquelle s’oppose la mairesse de la ville.

Il s’agit du plus récent développement dans la démarche du gouvernement Ford visant à agrandir l’aéroport Billy Bishop de Toronto pour y accueillir des avions à réaction.

Ford a affirmé que les « gauchistes » à l’hôtel de ville empêchaient l’expansion de l’aéroport de l’île, qu’il a qualifié de « joyau de la couronne pour la croissance économique ».

« Cela aurait dû être fait depuis longtemps, et c’est exactement pour cette raison que nous procédons ainsi », a déclaré Ford. « Ils ne veulent pas créer plus d’emplois. Ils ne veulent pas favoriser le développement économique, ils ne veulent pas créer un environnement compétitif ni de la commodité pour les habitants de Toronto. »

Ford a indiqué que la province remplacera la Ville de Toronto dans l’accord tripartite qui régit les terrains. Cet accord est actuellement conclu entre la ville, le gouvernement fédéral et l’Administration portuaire de Toronto, un organisme fédéral.

 

Une décision controversée

« Les Torontois doivent pouvoir se prononcer sur l’avenir de leur front de mer », a déclaré la mairesse Olivia Chow dans un communiqué. « Une action unilatérale visant à s’emparer de terrains municipaux sans consulter les Torontois n’est pas acceptable pour la population. »

La mairesse Chow a demandé aux gouvernements fédéral et provincial d’être transparents quant à leurs projets pour l’aéroport et « l’impact que cela aura sur la façon dont nous profitons de notre front de mer, la congestion au centre-ville, les plans de construction de logements supplémentaires et notre secteur du cinéma ».

Ford a indiqué que la province offrira une « compensation équitable » à la ville pour la transaction et les coûts d’exploitation.

 

Une première en Ontario

C’est la première fois que le gouvernement Ford désigne ainsi une « zone économique spéciale » dans la province. Ford a également affirmé que le gouvernement fédéral appuie son plan.

Le ministre fédéral des Transports, Steven MacKinnon, a déclaré lundi qu’il travaillera avec la province afin « d’élaborer une voie à suivre » pour Billy Bishop, soulignant qu’il y a des questions de sécurité à considérer, mais aussi que l’aéroport Pearson de Toronto est « congestionné ».

Le gouvernement ontarien a adopté le projet de loi 5 l’année dernière, qui incluait une disposition controversée sur les zones économiques spéciales permettant à la province de suspendre des lois provinciales et municipales pour un projet donné.

 

Une autre tentative avortée

Ford avait mentionné l’an dernier son intention de désigner la région du Cercle de feu, un projet minier envisagé dans le nord de l’Ontario, comme zone économique spéciale.

Des documents obtenus grâce aux lois sur l’accès à l’information provenant du bureau du ministre de l’Énergie et des Mines, Stephen Lecce, montraient que la province avait initialement prévu de faire du Cercle de feu la première zone de ce type.

Mais d’importantes protestations de la grande majorité des Premières Nations, farouchement opposées à la nouvelle loi qu’elles percevaient comme une atteinte à leurs droits issus de traités, ont poussé le gouvernement Ford à faire une pause.

Il y a quelques semaines, Ford a déclaré qu’il n’avait plus besoin d’une zone économique spéciale dans cette région, après que la province eut conclu des ententes avec quelques Premières Nations et le gouvernement fédéral pour aller de l’avant avec la construction d’une route vers le Cercle de feu. La route proposée, dont la construction doit commencer cette année, reliera également plusieurs Premières Nations isolées, accessibles uniquement par avion, au réseau routier provincial.

 

Billy Bishop, un cas d’espèce

Mais la désignation de l’aéroport Billy Bishop est différente, selon Ford, à cause du conseil municipal.

« Ils ne veulent rien construire, rien du tout, laisser l’aéroport tel quel, être les derniers en tout », a dit Ford. « C’est ça, la mentalité de la gauche. »

La cheffe du NPD, Marit Stiles, a qualifié cette décision de simple coup de force et de technique de diversion. « Je pense que c’est exactement l’exemple de ce que nous craignions que le gouvernement fasse avec ces pouvoirs supplémentaires qu’il s’est octroyés, à savoir s’ingérer encore dans des domaines qui ne relèvent pas de sa compétence », a déclaré Stiles.

Ford ne se concentre pas sur les enjeux qui comptent pour les Ontariens, a indiqué le chef intérimaire du Parti libéral, John Fraser. La nouvelle loi vise uniquement à donner plus de pouvoir à Ford, selon lui.

« Ce n’était qu’un projet de loi pour permettre au premier ministre de faire ce qu’il veut, où il veut, quand il veut », a affirmé Fraser.

 

Un certain flou législatif

Doug Ford n’a pas précisé quelles lois il entend suspendre pour l’agrandissement de l’aéroport de l’île, mais il a dit que la province prenait les questions environnementales « au sérieux ».

« Nous allons prendre toutes les précautions, mais nous allons aller de l’avant », a dit Ford. « La dernière fois que j’ai regardé là-bas, c’est un sacré grand lac, et quelques milliers de pieds supplémentaires ne vont pas déranger grand-monde. »

Le chef du Parti vert, Mike Schreiner, n’était pas d’accord. « Nous ne voulons pas de pollution atmosphérique supplémentaire, ni de pollution sonore supplémentaire, a-t-il-dit. Mais le premier ministre n’a pas l’air de s’en soucier. »

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Légende de la photo principale (de gauche à droite) : Le président-directeur général de l’Administration portuaire de Toronto RJ Steenstra, le premier ministre de l’Ontario Doug Ford, le ministre des Transports de l’Ontario Prabmeet Singh Sarkaria et le ministre des Finances de l’Ontario Peter Bethlenfalvy arrivent à l’aéroport Billy Bishop de Toronto, le 23 mars 2026 — Crédit La Presse Canadienne/Frank Gunn