Réservation hâtive, attente et hésitations : les voyageurs jonglent avec la hausse des coûts

Face aux fluctuations des prix du carburant, les Canadiens réagissent de plusieurs façons, mais certaines réalités sont partagées par tous.


Aidan D’Souza commence habituellement à planifier ses voyages internationaux au moins six mois à l’avance. Mais maintenant, dit-il, ce n’est plus suffisant pour s’assurer de sécuriser des prix plus bas.

Pour son prochain voyage, en janvier, il a commencé à surveiller les prix des vols vers le Japon le mois dernier.

« On a commencé un peu plus tôt parce qu’on n’est pas trop sûrs de ce qui pourrait se passer plus tard avec les prix des billets, dit-il. Ils pourraient augmenter, les choses peuvent changer. C’est pour ça qu’on s’y est pris plus tôt que six mois, pour se laisser plus de temps pour planifier. »

 

Délier son gousset, encore et toujours

On le sait, la flambée des prix de carburant liée au conflit au Moyen-Orient signifie que les compagnies aériennes paient davantage pour le carburant d’aviation, tandis que les automobilistes voient aussi grimper les prix à la pompe. Cela veut aussi dire que les voyageurs, qu’ils partent en road trip ou en avion vers une destination lointaine, doivent encore plus délier leur portefeuille.

Les experts en agences de voyages affirment que les voyageurs tentent de contourner la hausse des prix de différentes façons: certains réservent beaucoup plus tôt que d’habitude, tandis que d’autres prennent le risque d’attendre dans l’espoir que les prix baissent.

WestJet, Air Canada et Porter Airlines ont introduit des surtaxes carburant pour certaines réservations de vols ces dernières semaines. Cela s’ajoute à des tarifs aériens déjà élevés, qui ont commencé à grimper peu après que les États-Unis et Israël ont attaqué l’Iran fin février.

 

Réserver tôt, ou pas?

Certains Canadiens cherchent à réserver leurs voyages plus tôt pour sécuriser les prix et la disponibilité, plutôt que d’attendre et espérer une bonne affaire, explique Amra Durakovic, responsable des communications pour Flight Centre Travel Group.

« Les prix du carburant sont encore en train de s’ajuster, dit-elle, mais la hausse ne semble pas avoir freiné la demande jusqu’ici. »

D’Souza et ses amis ont déjà une longueur d’avance. « Je parlais avec mes amis et on s’est dit: “Il faut sécuriser ça avant que ça augmente encore.” » Il a réussi à réserver ses billets pour le Japon à un prix « raisonnable » cette semaine, même si le trajet inclut une escale d’une journée dans un autre pays.

« Les prix fluctuaient selon le moment où mes amis et moi vérifiions les options de vol et les itinéraires vers le Japon », dit-il. « Par moments c’était stable, et à d’autres moments c’était plus élevé. »

Jason Sarracini, chef de la direction de l’agence OST.travel, affirme que les vols qui n’empruntent pas des routes passant par le Moyen-Orient restent « assez stables », avec moins de perturbations que ceux qui y passent, comme les vols vers les Philippines, la Thaïlande ou d’autres pays d’Asie du Sud-Est.

 

De l’hésitation dans l’air

Jason Sarracini dit ne pas avoir remarqué un engouement chez ses clients pour réserver très à l’avance. Ils ne se ruent pas non plus pour annuler leurs plans, sauf pour certains voyages internationaux.

« Ce qu’on voit surtout, c’est de l’hésitation, dit-il. Cela crée du doute dans l’esprit des consommateurs. » Beaucoup adoptent une approche attentiste, dit-il.

« Dans le pire des cas, on reste à la maison et on ne voyage pas, ou on visite notre propre pays cette année », résume-t-il de l’état d’esprit des voyageurs.

Les coûts de voyage plus élevés s’ajoutent aussi au boycott en cours des voyages vers les États-Unis, ce qui pousse encore davantage de Canadiens à prendre des vacances près de chez eux ou là où ils se sentent en sécurité, dit-il.

« La sécurité et les coûts vont un peu de pair en ce moment, avec tout ce qui se passe dans le monde », dit-il.

 

La sécurité en tête

Amra Durakovic est du même avis. Elle explique que les voyageurs sont concentrés sur la valeur et la stratégie, comme des destinations moins chères et une flexibilité dans les dates de voyage, tout en gardant la sécurité en tête. Les destinations soleil, l’Europe et les voyages domestiques dominent les choix des Canadiens, dit-elle.

Pour un voyageur assidu comme D’Souza, l’incertitude pèse moins concernant un autre voyage prévu en Europe dans quelques mois. Bien que ses vols entre Londres et Toronto soient réservés, son déplacement vers Dublin n’est pas encore fixé, dit-il.

« Je vais attendre un peu plus longtemps pour réserver ça, parce que ça pourrait changer selon l’évolution de la situation au Moyen-Orient », dit-il.

 

Vers une stabilisation des prix?

Amra Sarracini dit que les compagnies aériennes ne peuvent augmenter leurs tarifs que jusqu’à un certain point avant que la demande ne chute. Il s’attend à ce que les prix se stabilisent dans les prochaines semaines, alors que la plupart des transporteurs verrouillent leurs contrats de carburant.

« La hausse des surtaxes ou des tarifs aériens va se stabiliser, compte tenu de ce qu’on sait aujourd’hui », dit-il.

Amra Sarracini ajoute que cela donnera aux consommateurs « une très bonne idée de ce qui existe et leur permettra de prendre une décision dans les prochains mois ».

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Légende de la photo à la une : Des voyageurs tirent et transportent leurs bagages à l’aéroport Trudeau de Montréal (LA PRESSE CANADIENNE/Graham Hughes)