Les prix des billets pour les voyages vers l’Europe pourraient augmenter de 100 à 200 $, et jusqu’à 400 $ pour l’Asie.
Les compagnies aériennes du monde entier ont commencé à augmenter leurs tarifs et leurs surcharges carburant en réponse à la flambée des prix du pétrole déclenchée par la guerre en Iran, et le Canada n’y échappe pas.
Plusieurs transporteurs ont indiqué cette semaine que des prix de billets plus élevés sont probables – ou déjà une réalité – en raison des pressions financières engendrées par les répercussions du conflit, qui entrait dans sa douzième journée mercredi.
Un porte-parole d’Air Canada, Peter Fitzpatrick, a rappelé que « toutes les compagnies aériennes sont soumises à la volatilité actuelle » et que le prix des réservations change constamment, en partie en réaction à ces variations.
Une dépense majeure
Le carburant représente souvent la plus grande dépense des transporteurs. Air Canada a ainsi dépensé plus de 5,1 milliards de dollars en carburant en 2024, soit 24 % de ses coûts d’exploitation, sa plus importante dépense.
« La forte hausse récente due à la situation en Iran a déjà rendu l’exploitation des vols plus coûteuse, indique une porte-parole de WestJet, Julia Kaiser. Pour cette raison, il est probable que d’autres ajustements tarifaires soient nécessaires. »
Air Transat a déjà commencé à ajouter des surcharges carburant plus élevées pour les vols vers l’Europe, à mesure que les prix du carburant d’aviation grimpent.
« Ce que nous faisons également, c’est augmenter les tarifs sur les dates de pointe et sur les liaisons où nous voyons moins de concurrence », a expliqué mardi la présidente-directrice générale de Transat A.T. inc., Annick Guérard, lors d’une téléconférence avec les analystes.
Air New Zealand, Qantas et SAS figurent également parmi les grands transporteurs qui ont annoncé des hausses de prix à l’étranger.
Un bond de 81 %
Le prix du carburant d’aviation a bondi de 81 % la semaine dernière et il se situait à un niveau 52 % supérieur à celui du 27 février, mardi, la veille des attaques lancées par les États-Unis et Israël, selon l’indice de Platts sur le carburant aviation.
Le prix mondial, qui a grimpé à près de 4,37 $US le gallon la semaine dernière, dépassait 3,67 $US mardi, en hausse par rapport à environ 2,41 $US le 27 février.
Cette envolée reflète grosso modo celle des prix du pétrole brut, qui ont largement dépassé les niveaux récents au cours de la dernière semaine et demie, et qui se situent présentement plus de 40 % au-dessus de leur niveau d’avant le début des frappes en Iran.
Pénurie de kérosène en vue?
Le carburant d’aviation, le diesel et l’essence sont tous dérivés du pétrole brut, ce qui les rend sensibles à toute variation de son prix. Mais le carburant d’aviation est particulièrement sous pression, selon June Goh, analyste chez Sparta Commodities.
Le kérosène tend en effet à afficher les stocks les plus bas parce qu’il doit être entreposé dans des réservoirs spécialisés, a-t-elle expliqué. Les observateurs s’attendent donc à une importante pénurie dans les prochaines semaines.
En conséquence, les prix des billets pour les voyages vers l’Europe depuis le Canada pourraient augmenter de 100 à 200 dollars, et jusqu’à 400 dollars pour les vols vers l’Asie, selon John Gradek, qui enseigne la gestion de l’aviation à l’Université McGill.
Un vol Air Canada de Toronto à Francfort le mois prochain affiche un tarif de 741 dollars, auquel s’ajoutent des « surcharges transporteur » de 380 dollars. Malgré la raison évidente derrière ce montant spectaculaire, il est difficile de déterminer précisément quelle part est attribuable au carburant.
Ce supplément découle des fluctuations de coûts liées au « carburant, aux frais de navigation, aux frais d’assurance ou à certaines dates de voyage de pointe… entre autres », selon le site de réservation d’Air Canada. « Ils ont tendance à enfouir cela dans des frais généraux », estime John Gradek, qui qualifie cette pratique généralisée dans l’industrie de « comptabilité nébuleuse ».
Si la hausse des prix du carburant persiste, de plus en plus de compagnies aériennes ainsi que des entreprises de camionnage et de transport maritime, ainsi qu’une multitude d’autres secteurs, devront probablement refiler une partie de ces coûts à leurs clients, créant une douleur économique plus large.
Le détroit d’Ormuz en cause
La guerre États-Unis–Israël contre l’Iran, lancée le 28 février, a pratiquement paralysé le trafic dans le détroit d’Ormuz, un passage qui transporte habituellement un cinquième des expéditions mondiales de pétrole.
« L’ampleur de la perturbation est sans précédent », estime la firme de recherche énergétique Wood Mackenzie dans une analyse. « L’industrie n’a jamais été confrontée à une perte de volumes d’approvisionnement d’une telle magnitude. »
Les pays du Golfe produisent habituellement 20 millions de barils de pétrole et de produits raffinés par jour. À présent, les trois quarts de cette production ont été retirés du marché.
Peu importe la date de fin des combats, un retour à des niveaux d’approvisionnement normaux ne sera pas rapide.
« Les barils en stock dans les raffineries ou dans les ports pourraient être déplacés sur des navires assez vite, expliqu Simon Flowers, président et analyste en chef chez Wood Mackenzie. Mais si les puits sont fermés pendant une période prolongée, redémarrer la production à pleine capacité pourrait prendre des semaines, voire plus longtemps. »
Des transporteurs plus affectés que d’autres
Les compagnies à rabais comme Flair Airlines, basée à Edmonton, affichent des marges bénéficiaires plus étroites et tirent une proportion beaucoup plus faible de leurs revenus des sièges premium et des voyageurs d’affaires. Si les billets deviennent trop chers, une partie importante de leur clientèle cessera simplement d’acheter.
De nombreuses compagnies aériennes ont des politiques de couverture pour se protéger contre les chocs de prix. En agissant comme une forme d’assurance, elles atténuent le risque lié aux fluctuations des tarifs du carburant en créant des coûts fixes ou plafonnés sur une partie des achats.
Air Canada dit ainsi avoir des contrats pour verrouiller le coût d’une « petite portion » de ses achats de carburant à court terme. La compagnie aérienne s’approvisionne auprès de plusieurs fournisseurs dans différentes régions du monde, a souligné son porte-parole.
Puisque les prix du carburant d’aviation ont particulièrement grimpé dans certaines régions, notamment en Asie et en Europe – les raffineries du Golfe, maintenant coupées du marché, fournissaient 60 % du carburant aviation du continent l’an dernier – cette diversification pourrait atténuer la hausse des coûts pour Air Canada.
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Légende de l’image principale : Des passagers arrivent à l’aéroport international Pearson de Toronto le 11 février 2026 (LA PRESSE CANADIENNE/Jon Blacker)