« Personne ne devrait travailler gratuitement dans ce pays; les allégations de travail non rémunéré dans l’industrie aérienne sont profondément inquiétantes. »
Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), principal syndicat des agents de bord au pays, exhorte le gouvernement à rejeter les affirmations des compagnies aériennes concernant le travail non rémunéré.
Le SCFP, qui représente 20 000 agents de bord, dénonce les mémoires soumis par les compagnies aériennes au gouvernement fédéral dans le cadre de son enquête sur le travail non rémunéré dans le secteur, alors que des questions persistent sur ce qui constitue exactement du « travail » en aviation.
Une définition étroite et trompeuse?
Dans une lettre, le responsable de la division aérienne du SCFP, Wesley Lesosky, affirme que les auto-évaluations salariales transmises par les transporteurs ce mois-ci reposent sur une définition « étroite et trompeuse » du travail afin de démontrer que les membres d’équipage sont correctement rémunérés.
Wesley Lesosky a ainsi appelé la ministre de l’Emploi Patty Hajdu à rejeter ces mémoires, soutenant qu’ils ne révèlent pas que de nombreux agents de bord débutants travaillent en réalité pour moins que le salaire minimum lorsque l’on tient compte d’activités comme l’embarquement des passagers, le passage aux contrôles de sécurité ou les vérifications prévol.
L’attente lors de retards ainsi que les déplacements entre les hôtels et l’aéroport constituent aussi du temps passé à la disposition de l’employeur, selon le Syndicat canadien de la fonction publique, qui représente 20 000 agents de bord dans les plus grandes compagnies aériennes du pays ainsi que dans certaines régionales.
« Dans le calcul du taux horaire normal, toutes ces heures devraient être considérées comme du temps de travail », insiste Wesley Lesosky.
Surestimations et sous-estimations
Comme ce n’est pas le cas, les audits des compagnies aériennes « surestiment les gains, sous-estiment les heures travaillées et produisent des conclusions trompeuses » quant au respect du Code canadien du travail, affirme la lettre datée du 22 mai.
Dans son mémoire, obtenu par La Presse Canadienne, Air Canada indique ainsi n’avoir trouvé aucun cas où le taux horaire des agents de bord est passé sous le salaire minimum.
« Les structures de rémunération produisaient systématiquement des taux horaires effectifs égaux ou supérieurs aux exigences du salaire minimum », rapporte le résumé.
La compagnie aérienne affirme que le taux horaire effectif variait entre 19,88 $ et 28,07 $ sur ses vols principaux et ceux de Rouge. Air Canada n’a pas répondu aux questions mercredi.
Un système à revoir?
Dans le cadre du système de rémunération basé sur des crédits utilisé par les transporteurs, courant partout en Amérique du Nord, les agents de bord reçoivent un revenu censé compenser le temps passé à la fois en vol et au sol.
« Plutôt que de payer un taux horaire inférieur pour chaque heure de service, le système d’heures de crédit combine le temps de vol, les tâches au sol, les retards et d’autres travaux requis en un seul taux horaire plus élevé », indique le site de WestJet.
Néanmoins, une copie du mémoire de WestJet obtenu par La Presse Canadienne montre quatre cas sur quarante où des agents de bord ont gagné moins que le salaire minimum, des situations attribuées en partie à des échanges de quarts.
« Ces résultats soulèvent une inquiétude quant au respect du salaire minimum, que WestJet s’engage à régler, quelle qu’en soit la cause », peut-on lire dans le document.
Bientôt un an d’enquête
Ottawa a lancé son enquête sur le secteur aérien en août 2025, lorsque les négociations entre Air Canada et le syndicat représentant son personnel de cabine ont dégénéré en grève, clouant des avions au sol alors que les employés piquetaient.
Au cœur de ce conflit figuraient les allégations syndicales selon lesquelles les agents de bord seraient régulièrement soumis à du travail non rémunéré lorsque les appareils sont immobilisés.
En guise de réponse, Patty Hajdu a alors demandé à son ministère de vérifier si les travailleurs du secteur étaient payés en deçà de la norme fixée par le salaire minimum fédéral.
Les conclusions de la première phase de l’enquête, publiées en février, n’avaient trouvé que peu d’indices suggérant que le travail non rémunéré était répandu, même si les enquêteurs avaient relevé certains problèmes touchant les agents de bord à temps partiel ou débutants et jugeaient qu’un examen plus poussé s’imposait.
La ministre Hajdu avait alors expliqué que le gouvernement avait besoin de données supplémentaires pour régler définitivement la question.
« Personne ne devrait travailler gratuitement dans ce pays, a indiqué le cabinet de la ministre dans un courriel. Les allégations de travail non rémunéré dans l’industrie aérienne sont profondément inquiétantes, et le gouvernement l’a dit clairement: nous ferons toute la lumière là-dessus. »
Autre son de cloche
Le PDG du Conseil national des lignes aériennes du Canada, Jeff Morrison, affirme pour sa part que les pratiques actuelles respectent déjà les lois du travail et rémunèrent équitablement les agents de bord.
« Nous avons accueilli favorablement les conclusions publiées par le gouvernement fédéral en février 2026, qui confirmaient qu’il n’y avait aucune violation du Code canadien du travail concernant la rémunération des agents de bord, dit-il dans un courriel. Nous continuons de croire que les modèles de rémunération doivent être négociés de bonne foi à la table des discussions. »
Le syndicat a toutefois souligné un écart frappant entre la soumission d’Air Canada et son propre contrat avec la compagnie.
Des désavantages observés
Selon la convention collective, l’employeur et les employés ont convenu d’une formule de conversion qui traduit les heures de crédit payées, incluant le temps au sol, le travail pré et post-vol et les escales, ainsi que le vol lui-même, en heures travaillées aux fins de la déclaration à l’assurance-emploi.
Le syndicat soutient qu’Air Canada devrait utiliser la même formule pour déterminer si elle respecte les règles sur le salaire minimum.
« En utilisant cette méthode, tous les agents de bord débutants vérifiés ont été rémunérés, en moyenne, en dessous du salaire minimum durant l’audit », explique Wesley Lesosky.
Dans une entrevue, celui-ci dit espérer qu’une compréhension commune de ce qui constitue du travail émergera de l’enquête fédérale et il a appelé Emploi et Développement social Canada à le clarifier.
« Ils n’ont pas dit aux compagnies aériennes quelle est la définition du travail, ou alors ils ne l’ont pas rendue publique », dit-il au sujet du gouvernement.
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Légende de l’image à la une: Des employés syndiqués et leurs partisans participent à un rassemblement pour les agents de bord d’Air Canada sur la Colline du Parlement, à Ottawa, le 16 septembre 2025 — Crédit : La Presse Canadienne/Sean Kilpatrick.