Tribulations à Cuba : qu’en pensent les agents de voyages?

La crainte de pannes de courant et de pénuries à Cuba ont suscité davantage de questions que d’annulations, selon des conseillers en voyages et voyagistes canadiens interrogés.


Les titres persistants sur de vastes pannes d’électricité et de possibles pénuries de carburant ont incité les responsables du tourisme cubain à s’exprimer à plusieurs reprises, ces dernières semaines, afin de rassurer les voyageurs planifiant leurs vacances d’hiver.

Leur message a été clair et constant: le pays fonctionne normalement, les activités touristiques se déroulent comme d’habitude et les arrivées touristiques – particulièrement en provenance du Canada – demeurent fortes et continuent de croître.

Mais comment ces manchettes sont-elles perçues par les conseillers en voyages et les voyagistes d’ici, et observe-t-on un impact sur les réservations?

Nous avons interrogé plusieurs conseillers qui confirment recevoir davantage de questions de la part de leurs clients et devoir réajuster les attentes. Et si les voyagistes joints assurent que les opérations à Cuba se déroulent normalement, l’effet médiatique se traduit davantage par un besoin de transparence et d’être rassuré que par des annulations.

 

Plus d’infos que d’annulations

Pour de nombreux conseillers, l’effet immédiat du cycle médiatique a été une hausse des demandes d’information plutôt qu’une vague d’annulations.

Julie Smigadis, propriétaire et conseillère principale en voyages chez Travel Our World – Envoyage Canada, dit que les inquiétudes s’expriment de façon informelle, à petite dose.
« Hier encore, une amie qui part à Cuba avec sa famille m’a écrit: “Soooooo… est-ce qu’on doit s’inquiéter pour Cuba?” Ça résume parfaitement la situation: de la curiosité mêlée d’un peu d’inquiétude, pas de la peur pure et simple », dit-elle.

La conseillère souligne que, même si les articles sur les pannes et l’approvisionnement en carburant attirent l’attention, la réalité rapportée par ses contacts sur place est plus nuancée.

« Les résidants locaux et les professionnels du tourisme à qui j’ai parlé affirment tous que les complexes et les infrastructures touristiques fonctionnent normalement pour l’instant, et que les pannes occasionnelles ou les aléas logistiques sont gérés, souvent avec un impact minimal pour les clients, dit-elle. Ce n’est pas idéal, mais ça ne provoque pas non plus une vague d’annulations ou des départs précipités. »

 

Des messages contradictoires

D’autres conseillers évoquent une confusion alimentée par des discours contradictoires provenant des gouvernements, des médias et des fournisseurs.

Mercredi, le Canada a mis à jour son avis aux voyageurs pour Cuba, incitant les Canadiens à « faire preuve d’une grande prudence à Cuba en raison de la détérioration des pénuries d’électricité, de carburant et de biens essentiels, dont la nourriture, l’eau et les médicaments, ce qui peut également affecter les centres de villégiature ».

L’avis précise aussi que la situation actuelle est imprévisible et pourrait se détériorer, affectant la disponibilité des vols à court préavis.

Cela contredit ce qu’a déclaré le Bureau du tourisme de Cuba la veille, à savoir que les zones touristiques du pays fonctionnent normalement, avec des services assurés comme d’habitude pour la saison hivernale 2025/2026.

À la mi-janvier, le ministère cubain du Tourisme avait déjà confirmé avoir mis en place des mesures de protection, notamment la sécurisation du carburant, de la nourriture et des produits essentiels grâce à des réserves stratégiques et l’approbation de nouveaux partenaires d’approvisionnement.

Malgré les manchettes et les avis, Lou Anne Fradsham, propriétaire et agente chez Uniglobe Bon Voyage Travel, assure que ses réservations pour Cuba demeurent globalement stables, même si les conversations avec les clients se sont complexifiées.

« Les réservations sont à peu près les mêmes, mais il y a plus de questions sur les avis aux voyageurs et sur les messages contradictoires que reçoivent les voyageurs, dit-elle. Le gouvernement canadien dit de se méfier, le gouvernement cubain dit que tout va bien, et les voyagistes n’ont pas émis de commentaires clairs d’un côté ou de l’autre. »

 

Risques et mises en garde

Pour certains conseillers, en particulier ceux qui considèrent déjà Cuba comme une destination moins rentable ou plus exigeante, les manchettes actuelles suffisent à suspendre complètement les ventes.

Joanne Saab, conseillère chez Curated Travel, explique qu’elle a choisi de ne pas vendre Cuba cet hiver, même lorsque ses clients le demandent.

« J’essaie d’éviter Cuba même en temps normal, sauf si les clients le demandent expressément, surtout parce que les marges sont faibles, dit-elle. Cet hiver, je n’en vends pas du tout à cause des rumeurs de pénuries de nourriture et d’électricité. Ce n’est tout simplement pas un casse-tête que j’ai envie de gérer. »

De la même manière, Carol Murray de Your Vacation Home explique qu’elle détourne activement ses clients de la destination, évoquant des inquiétudes plus profondes.

« Mes clients voyagent dans le luxe et ne s’intéressent pas beaucoup à Cuba, mais si jamais ça revient dans la conversation, je les en détourne, dit-elle. J’entends parler de pénuries depuis un moment et, avec le blocus pétrolier états-unien contre Cuba, la situation empire. C’est trop risqué d’y envoyer des clients pour le moment. »

 

Vendre de la confiance

Malgré leurs approches différentes, les conseillers s’entendent largement pour dire que la situation met en lumière l’importance croissante de rassurer les clients et du rôle des professionnels du voyage.

« Ce qu’on observe, ce sont des conversations, des questions, un besoin d’être rassuré et une gestion honnête des attentes, ajoute Julie Smigadis. Un moteur de réservation en ligne ne peut pas répondre à un message “On doit s’inquiéter?”. Des humains le peuvent, avec du contexte et de l’expérience. »

La conseillère considère par ailleurs que l’empathie est importante, surtout pour une destination chère au cœur des Canadiens depuis des années. « J’ai réellement beaucoup d’empathie pour le peuple cubain, qui traverse défi après défi, du retour difficile après la pandémie à la gestion de ressources limitées et de pressions géopolitiques complexes, dit-elle. Tout cela rend la reprise particulièrement difficile et c’est dur à voir. »

 

Les voyagistes répondent

Nous avons également contacté les principaux voyagistes qui desservent Cuba, qui affirment tous surveiller la situation de près tout en maintenant leurs opérations normales.

C’est le cas de Vacances Air Canada, qui souligne par ailleurs que la sécurité et la tranquillité d’esprit de ses clients demeurent des priorités, tout en s’engageant à soutenir les voyageurs au fil de l’évolution de la situation.

Transat adopte une position similaire, et Renée Boisvert, vice-présidente produits voyagistes et ventes et présidente de TDC, dit que les opérations se déroulent normalement dans les aéroports et les hôtels de son portefeuille à Cuba. « Nos équipes sur le terrain travaillent étroitement avec les autorités locales et nos partenaires pour surveiller la situation, car la sécurité et l’expérience de nos clients demeurent notre priorité », dit-elle.

Même son de cloche, enfin, du côté de ce gros joueur qu’est le Groupe de Vacances Sunwing, lequel continue également de suivre assidûment les directives du gouvernement canadien.