Au cours des quatre derniers mois, c’est la troisième grande panne du genre à frapper Cuba, alors que le pays lutte contre une crise énergétique qui s’aggrave.
Les autorités cubaines ont signalé une panne d’électricité totale, hier lundi, dans ce pays d’environ 11 millions d’habitants, alors que ses crises énergétique et économique s’intensifient et que son réseau électrique continue de s’effondrer.
Le ministère de l’Énergie et des Mines a indiqué sur le réseau X une « déconnexion complète » du système électrique national et a annoncé qu’il enquêtait, précisant qu’aucune des unités en fonctionnement au moment de l’effondrement du réseau n’avait connu de défaillance.
Lázaro Guerra, directeur de l’électricité au ministère, a déclaré aux médias d’État lundi soir que des équipes tentaient de redémarrer plusieurs centrales thermiques, essentielles pour rétablir l’alimentation.
« Cela doit se faire progressivement pour éviter des revers », a-t-il dit. « Lorsque les systèmes sont très affaiblis, ils sont plus susceptibles de tomber en panne. »
C’était la troisième grande panne d’électricité à Cuba au cours des quatre derniers mois.
Rétablissement en cours
Lundi soir, les médias d’État ont indiqué que l’alimentation avait été rétablie pour 5 % des habitants de La Havane, soit environ 42 000 clients, ainsi que pour plusieurs hôpitaux de l’île.
Les autorités ont annoncé qu’elles donneraient la priorité ensuite au secteur des communications, tout en avertissant que les petits circuits déjà rétablis pourraient à nouveau tomber en panne.
Le réseau vieillissant de Cuba s’est gravement dégradé ces dernières années, entraînant des coupures quotidiennes et une augmentation des pannes généralisées. Mais le gouvernement a également imputé ses difficultés au blocus énergétique imposé par les États-Unis, après que Trump ait averti en janvier qu’il imposerait des tarifs à tout pays vendant ou fournissant du pétrole à Cuba.
L’administration Trump exige que Cuba libère des prisonniers politiques et s’oriente vers une libéralisation politique et économique en échange d’une levée des sanctions.
« Avoir l’honneur » de prendre Cuba?
Trump a également évoqué la possibilité d’une « prise de contrôle amicale de Cuba ». Lundi, il a affirmé qu’il pense avoir « l’honneur de prendre Cuba ».
« Que je la libère ou que je la prenne. Je pense que je pourrais faire ce que je veux avec elle », a déclaré Trump à propos de Cuba, la qualifiant de « nation très affaiblie ».
L’administration Trump souhaite voir le président cubain Miguel Díaz-Canel quitter le pouvoir, tandis que les États-Unis poursuivent leurs négociations avec le gouvernement cubain concernant l’avenir de l’île, selon un responsable états-unien et une source au fait des discussions entre Washington et La Havane.
Tous deux se sont exprimés sous couvert d’anonymat pour décrire ces négociations sensibles, sans détailler qui l’administration souhaiterait voir accéder au pouvoir.
Ils ont confirmé le souhait de l’administration Trump de voir Díaz-Canel quitter ses fonctions, quelques jours après que le président cubain a confirmé publiquement pour la première fois que son gouvernement avait tenu des discussions avec Washington.
Le New York Times a révélé plus tôt lundi que cette volonté d’écarter Díaz-Canel était un objectif de l’administration.
Des pannes épuisantes
William LeoGrande, professeur à la American University et spécialiste de Cuba depuis des années, a indiqué que le réseau énergétique du pays n’a pas été correctement entretenu et que ses infrastructures ont largement dépassé leur durée de vie normale.
« Les techniciens qui travaillent sur le réseau sont des magiciens pour réussir à le maintenir en marche, vu l’état dans lequel il se trouve », dit-il. Il a ajouté que si l’île réduit drastiquement sa consommation et augmente les énergies renouvelables, elle pourrait tenir quelque temps sans livraisons de pétrole.
« Mais ce serait une misère constante pour la population générale, et à terme l’économie pourrait complètement s’effondrer, entraînant alors un chaos social et probablement une migration massive. »
Pour accélérer encore plus le déploiement solaire que Cuba n’a pu le faire l’an dernier, LeoGrande estime que d’autres pays, principalement la Chine, devraient accepter de doubler ou plus leur fourniture d’équipements.
Díaz-Canel a déclaré vendredi que l’île n’avait pas reçu de livraisons de pétrole depuis trois mois et fonctionnait à l’énergie solaire, au gaz naturel et aux centrales thermiques, ajoutant que le gouvernement avait dû reporter des chirurgies pour des dizaines de milliers de personnes.
Une tempête parfaite pour un effondrement
Une panne massive survenue il y a plus d’une semaine a touché l’ouest de l’île, laissant des millions de personnes sans électricité. Une autre grande panne avait affecté l’ouest de Cuba début décembre.
Les livraisons critiques de pétrole en provenance du Venezuela ont été interrompues après que les États-Unis ont attaqué le pays sud-américain début janvier et arrêté son président de l’époque, Nicolás Maduro.
Bien que Cuba produise 40 % de son pétrole et génère sa propre électricité, cela n’a pas suffi pour répondre à la demande alors que son réseau continue de s’effriter.
« Et en plus de tout cela, le gouvernement cubain n’a pas les devises nécessaires pour importer des pièces de rechange ou moderniser les centrales ou le réseau lui-même, d’ajouter William LeoGrande. C’est tout simplement une tempête parfaite menant à l’effondrement. »
Il a noté que les centrales thermiques utilisent également du pétrole lourd dont la teneur en soufre corrode les équipements.
Un vent de réforme?
Le vice-premier ministre du ministère du Commerce extérieur et de l’Investissement étranger, Óscar Pérez-Oliva Fraga, a déclaré lundi que Cuba était ouverte au commerce avec des entreprises états-uniennes, tout en soulignant les limites imposées par l’embargo.
Il a ajouté qu’il mettait en œuvre de nouvelles mesures visant à stimuler l’économie de l’île. Parmi celles-ci figure la possibilité pour les Cubains résidant à l’étranger de devenir partenaires ou propriétaires d’entreprises privées dans le pays et de participer à des projets d’envergure, notamment liés aux infrastructures, selon les médias d’État.
Il a déclaré que ces Cubains pourront s’associer à des entreprises privées cubaines et établir des liens avec des entités étatiques comme privées.
Pérez-Oliva a ajouté que le gouvernement accordera également des terrains en usufruit pour le développement de certains projets.
Il a précisé que les Cubains résidant à l’étranger pourront aussi ouvrir des comptes bancaires en devises dans des banques cubaines, ce qui facilitera les transactGions.
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Légende de l’image principale : Vendeurs de rue pendant une panne d’électricité à La Havane, Cuba, 16 mars 2026 — Crédit : AP Photo/Ramon Espinosa