Vague démocrate aux États-Unis : bientôt un regain du tourisme depuis le Québec?

Les résultats des élections de mi-mandat sonnent-ils le glas du refus des Québécois de séjourner aux États-Unis?


Malmenée par un président aussi odieux et corrompu qu’incompétent, l’industrie du tourisme états-unienne pâtit de son attitude belliqueuse, de ses tarifs insensés et de ses décisions en général, depuis son accession au pouvoir il y a deux ans.

Mais la dégelée que viennent de subir les républicains, hier soir, pourrait-elle changer la donne? Possiblement.

Il faut cependant distinguer deux choses : l’effet politique à court terme et l’évolution réelle des comportements de voyage.

Pour l’industrie touristique états-unienne, on le sait, l’enjeu est important : les Canadiens constituent l’un des principaux marchés internationaux des États-Unis, et le Québec représente un marché particulièrement intéressant pour plusieurs États.

Si le résultat électoral d’hier n’entraînera pas automatiquement un retour en masse des touristes québécois et canadiens au sud de la frontière, il pourrait en faciliter le processus, surtout après l’assermentation des nouveaux élus, en janvier prochain.

 

Un nouveau rapport de force

En reprenant le contrôle du Sénat et du Congrès, les démocrates disposent désormais d’une majorité pour les deux dernières années du mandat de Trump. Trois conséquences peuvent en découler :

  • Un contrepoids politique à Trump : le Congrès pourra davantage freiner certaines initiatives présidentielles, exercer un contrôle accru et enquêter sur les décisions de l’administration, qui aura moins de latitude pour gouverner (et donc faire des dégâts). Un exemple parmi d’autres : le Congrès pourrait freiner l’ascendant dont jouit l’ICE, le Service de l’immigration et des douanes qui terrorise bien des voyageurs racisés.
  • Un climat commercial potentiellement moins tendu : les relations canado-états-uniennes pourraient bénéficier d’un changement de ton, même si les démocrates ne contrôlent pas directement la politique étrangère et commerciale de Trump.
  • Une amélioration possible de l’image des États-Unis : si les tensions politiques et commerciales diminuent, certains Québécois pourraient reconsidérer leurs projets de vacances au sud de la frontière.

Le résultat des élections ne signifie cependant pas que les politiques de l’administration Trump changeront automatiquement. Le président conserve ses pouvoirs exécutifs, notamment en matière de contrôle frontalier et d’application des règles d’immigration, en plus d’un puissant droit de veto sur tout projet de loi proposé par le Congrès.

En outre, les décisions de voyage dépendent aussi du taux de change (présentement favorables aux Québécois), du coût des vacances, du climat politique et du sentiment d’être bien accueilli aux États-Unis.

 

Des Québécois en attente

Selon Statistique Canada, les voyages de retour des États-Unis effectués par des résidents canadiens ont diminué de 25,4 % en 2025 par rapport à 2024. La baisse s’est poursuivie au début de 2026, malgré quelques signes d’amélioration mensuelle.

Parallèlement, une enquête de Longwoods International, publiée en octobre dernier, révèle que 31 % des Canadiens interrogés avaient visité les États-Unis au cours des six mois précédents et 51 % n’avaient pas l’intention de s’y rendre au cours des six mois suivants.

Parmi ceux qui ne prévoyaient pas voyager aux États-Unis dans les 12 prochains mois, 70 % affirmaient qu’une amélioration des relations politiques entre les deux pays les inciterait davantage à y retourner.

Cette dernière donnée est particulièrement intéressante pour les offices de tourisme états-uniens, car elle suggère qu’une partie de la clientèle canadienne n’est pas perdue définitivement.

Du reste, l’ascendance politique de certains États pourrait-elle créer de nouvelles envies d’y voyager, ou faire en sorte qu’ils continuent de les bouder? Possiblement, encore ici. Ainsi, si le Texas a maintenant un sénateur démocrate, la Floride est demeurée fortement républicaine.

 

Un apaisement espéré

Le possible apaisement politique et commercial qui découlera éventuellement des élections de mi-mandat pourrait donc signifier le retour progressif d’une partie des voyageurs québécois aux États-Unis.

Encore faut-il que Trump n’use pas à outrance de son droit de veto pour maintenir ses politiques rétrogrades et attiser les tensions, auquel cas on assistera à la prolongation du recul touristique.

Il faut également tenir compte de l’état de santé du dollar canadien : même si le climat politique s’améliore, un taux de change qui deviendrait défavorable et le coût des vacances états-uniennes pourraient continuer de freiner les réservations.

Bref, la victoire démocrate au Congrès et au Sénat pourrait contribuer à restaurer la confiance des voyageurs québécois et canadiens envers les États-Unis, mais le retour de cette clientèle dépendra surtout de l’évolution concrète des relations entre Washington et Ottawa.

Les résultats électoraux constituent un signal potentiellement favorable pour le tourisme aux États-Unis, mais ils ne constituent pas encore un facteur de relance touristique. Il faudra donc surveiller les réservations hivernales 2026-2027 et les intentions de voyage pour l’été 2027 avant de parler d’un véritable retour des Québécois chez leurs voisins du sud.

C’est un dossier qui est définitivement à suivre, et dont on n’a pas fini de parler…