Le Louvre augmente son prix d’entrée de 45 %

La hausse vise les visiteurs de la plupart des pays hors UE, y compris les États-Unis, qui représentent généralement la majorité des touristes étrangers du Louvre.


Les longues files d’attente sous la pyramide de verre de I. M. Pei, au musée du Louvre, font désormais presque autant partie de l’expérience que La Joconde elle-même.

Depuis hier, le Louvre exige un prix plus élevé sur ce pèlerinage, après avoir augmenté de près de la moitié le prix d’entrée pour la plupart des visiteurs non européens, alors qu’il tente de redresser ses finances après des grèves à répétition, une surfréquentation chronique et l’audacieux vol des Joyaux de la Couronne française, qui a ébranlé l’institution l’automne dernier.

Le musée indique que la hausse de 45 %, qui fait passer le billet de 22 euros à 32 euros, s’inscrit dans une politique nationale de « tarification différenciée » annoncée au début de l’année dernière et mise en place dans plusieurs sites culturels majeurs, dont le château de Versailles, l’Opéra de Paris et la Sainte-Chapelle.

 

Une décision controversée

Mais les syndicats de travailleurs français ont dénoncé ce changement de billetterie au Louvre, affirmant qu’il mine la mission universelle du musée le plus visité au monde, qui abrite notamment la Vénus de Milo et la Victoire de Samothrace.

Certains visiteurs ont fait écho à ces préoccupations à l’extérieur du Louvre, mercredi.

« La culture devrait être ouverte à tous, au même prix », dit Laurent Vallet, en visite à Paris depuis la Bourgogne.

Malgré la hausse, les employés ont de nouveau débrayé lundi lors de la dernière grève en date concernant les salaires et les conditions de travail, remettant au premier plan les tensions internes du musée.

 

« On va quand même y aller »

Le changement concerne les visiteurs de la plupart des pays hors UE, y compris les États-Unis, qui représentent généralement la majorité des touristes étrangers du Louvre.

Selon la nouvelle structure tarifaire, les visiteurs qui ne sont ni citoyens ni résidents de l’Union européenne — ou de l’Islande, du Liechtenstein et de la Norvège — paieront le tarif le plus élevé.

Le nouveau prix s’applique aux visiteurs individuels hors d’Europe; les groupes guidés paieront 28 euros, avec des visites limitées à 20 personnes « afin de maintenir la qualité de la visite », précise le musée.

Certains touristes ont toutefois remis en question la logique consistant à faire payer davantage les visiteurs. « En général, pour les touristes, les choses devraient être un peu moins chères que pour les locaux, parce qu’on doit voyager pour venir jusqu’ici », a déclaré Darla Daniela Quiroz, venue de Vancouver.

D’autres visiteurs ont dit qu’ils paieraient quand même. « C’est l’une des principales attractions de Paris… On va quand même y aller », a affirmé Allison Moore, une touriste canadienne originaire de Terre-Neuve, en visite avec sa mère. « On espère juste que ça en vaudra la peine. »

Certaines catégories restent toutefois admissibles à la gratuité, notamment les visiteurs de moins de 18 ans. La dernière hausse de prix remonte à janvier 2024, lorsque le billet d’entrée standard était passé de 17 euros à 22 euros.

 

Pas seulement la Joconde

Le Louvre souligne qu’il n’est pas seul à prendre ces mesures. Versailles et d’autres attractions touristiques emblématiques adoptent une tarification similaire à deux niveaux ce mois-ci.

À Versailles, le billet Passeport coûtera 35 euros en haute saison pour les visiteurs de l’extérieur de l’Union européenne, de l’Islande, du Liechtenstein et de la Norvège, contre 32 euros pour les visiteurs citoyens ou résidents de ces pays.

À la Sainte-Chapelle, le billet passe à 22 euros pour les visiteurs de l’extérieur de ces zones, contre 16 euros pour ceux qui en viennent, selon les responsables du patrimoine.

Le Louvre précise que le nouveau tarif aidera à financer les investissements de son projet de modernisation « Louvre — Nouvelle Renaissance » et pourrait rapporter jusqu’à 20 millions d’euros supplémentaires par an.

 

Un braquage et une institution sous surveillance

Les musées français envisageaient déjà des tarifs plus élevés pour les visiteurs hors Europe avant le vol, le 19 octobre, de Joyaux de la Couronne française au Louvre, évalués par les enquêteurs à environ 88 millions d’euros.

Cependant, ce cambriolage mené en plein jour, en quelques minutes, avec une rapidité et une audace remarquées, a intensifié les interrogations sur la manière dont la France protège ses trésors culturels les plus précieux.

Il a également alimenté le débat sur la manière dont les grands sites devraient financer leurs rénovations et si les visiteurs doivent en assumer une plus grande part du coût.

Ailleurs en Europe, l’entrée standard au Colisée de Rome, incluant le Forum et le mont Palatin, est de 18 euros (20 dollars), et un billet adulte pour l’Acropole d’Athènes coûte 30 euros (33 dollars).

 

Une grève, une grève et encore une grève

Le Louvre a dû à plusieurs reprises affronter ses tensions internes au grand jour.

En juin, une grève sauvage de surveillants de salles, agents de billetterie et personnels de sécurité avait retardé l’ouverture quotidienne du musée, laissant des milliers de visiteurs coincés sous la pyramide.

Les employés affirmaient que le Louvre avait cédé sous le poids du tourisme de masse, évoquant des foules ingérables, un sous-effectif chronique et des conditions de travail en dégradation.

En décembre, les syndicats ont déclaré que le vol et l’état du bâtiment avaient transformé leurs griefs de longue date en un débat national. Les employés du Louvre ont voté pour poursuivre la grève jusqu’à ce que, selon eux, de véritables changements soient apportés à l’ancien palais royal.

Avec les informations de Jeffrey Schaeffer à Paris.