Jamaïque : net regain d’intérêt sur le marché canadien

Lorsque l’ouragan Melissa a frappé la Jamaïque, en octobre 2025, Andrea Lindsay ne faisait pas que suivre l’actualité en tant que conseillère en voyages. Elle pensait à ses amis, à ses partenaires hôteliers et aux communautés avec lesquelles elle travaille depuis des années.

Spécialiste de la Jamaïque et « Top Seller » dans le cadre du programme Jamaica One Love Rewards, cette conseillère canadienne a bâti une grande partie de son entreprise autour de l’île, en particulier les mariages, les voyages romantiques et les groupes. Pour Lindsay, la Jamaïque n’est pas seulement un produit, c’est personnel.

Quatre mois après le début du redressement du pays, elle observe quelque chose de fort : de l’élan. « Je ne crois pas que la Jamaïque soit revenue complètement à ses niveaux pré-Melissa, mais à mon avis, les ventes remontent régulièrement, dit-elle. De plus, je constate une augmentation constante des demandes, tant de la part d’anciens clients que de nouveaux voyageurs intéressés par la Jamaïque. »

Cet élan se reflète aussi à l’échelle nationale. Le ministre jamaïcain du Tourisme, Edmund Bartlett, a récemment attribué au réseau de distribution touristique la sécurisation de plus de 23 000 nuitées, d’une valeur d’environ 8 millions de dollars, après l’ouragan Melissa.

Cette injection de revenus a apporté un soutien essentiel à l’économie touristique du pays, renforçant le rôle crucial de l’industrie dans la reprise de la destination.

Les conseils d’une spécialiste

Dès le départ, explique Lindsay, la clé pour gérer les suites immédiates de la catastrophe a été une communication claire. Pour ce faire, l’Office de tourisme de la Jamaïque (JTB) et les fournisseurs ont été « extrêmement utiles » pour faciliter les annulations et modifications, dit-elle, en soulignant que les voyagistes ont levé les pénalités et fourni des mises à jour régulières pour aider les clients à prendre des décisions éclairées.

Aujourd’hui, la plupart des clients déclinent l’essentiel des assurances. « D’après les demandes que je reçois, il y a très peu de réassurance à offrir, dit-elle. La plupart des clients sont déjà allés en Jamaïque ou ont reçu de fortes recommandations. Ils ont fait leurs recherches et cherchent maintenant un expert pour les guider dans le processus de réservation. »

Pour ceux qui hésitent encore, Lindsay mise sur ce qui fait l’essence même de la destination. « Je rappelle à mes clients, surtout les habitués, que l’hospitalité chaleureuse, la culture trépidante, la cuisine incroyable et les plages superbes que l’on associe à la Jamaïque restent inchangées, dit-elle. Chaque visiteur contribue au processus de reconstruction et soutient les familles, les entreprises et les communautés locales. »

Des commentaires encourageants

Les commentaires positifs reçus au retour des voyageurs ont renforcé sa confiance. « Les attentes ont été établies avant le voyage, donc les clients savaient à quoi s’attendre. Beaucoup sont maintenant impatients de revenir pour soutenir les efforts continus de restauration. »

Mme Lindsay reste en contact étroit avec l’Office du tourisme de la Jamaïque via des infolettres et les sessions hebdomadaires Irie Hour, et elle prépare à la fois une visite de repérage et un voyage de groupe pour soutenir les communautés locales.

« La Jamaïque est ouverte aux affaires et le nombre de visiteurs augmente chaque semaine. Le pays est résilient, accueillant et prêt, et il n’y a pas de meilleur moment pour montrer son soutien alors que nous reconstruisons », dit-elle.

Tendance nationale : une reprise graduelle

Au niveau des réseaux, la reprise est visible, même si elle n’est pas complète. Christine James, vice-présidente Canada chez Travel Leaders Network, indique que les membres constatent des progrès mesurables.

« De façon générale, nos membres voient une hausse des réservations depuis quelques semaines, donc les signes d’une reprise graduelle sont là, dit-elle. Cependant, nous ne sommes pas encore revenus aux niveaux pré-ouragan et nos membres savent qu’ils doivent continuer à promouvoir la Jamaïque pour soutenir une reprise complète. »

La confiance des voyageurs, toutefois, reste inégale. « Elle n’est pas très élevée présentement, dit-elle. Malheureusement, les médias grand public et les avis gouvernementaux ont fait peur aux clients qui voyagent ou planifient un voyage en Jamaïque. »

Contrer les avis négatifs

Pour contrer cela, les conseillers s’appuient davantage sur les témoignages authentiques de leurs clients. Christine James mentionne notamment un membre qui encourage les conseillers à contacter les clients au retour pour ensuite partager leurs commentaires positifs en ligne et ainsi influencer la perception générale.

Les partenaires fournisseurs, ajoute-t-elle, jouent un rôle essentiel en fournissant des mises à jour fiables, en animant des webinaires et en lançant des promotions ciblées pour stimuler la demande. Bien que certains complexes soient encore fermés, plusieurs doivent rouvrir d’ici la fin du deuxième trimestre.

Les avis après séjour sont, eux, très encourageants. « Nos membres reçoivent d’excellents retours de clients qui reviennent tout juste de Jamaïque et qui ont passé de très bonnes vacances, dit Mme James. Leur expérience a dépassé leurs attentes, ce qui envoie un message très positif. »

Ce que disent les voyagistes

Du point de vue du produit et de la capacité, la reprise progresse régulièrement.

Renée Boisvert, vice-présidente Produits voyagistes & Ventes et présidente de Transat Distribution Canada, constate que 53 % du portefeuille hôtelier jamaïcain de l’entreprise est de nouveau en service, avec 18 propriétés sur 34 opérationnelles et une autre devant rouvrir le 1er avril.

« Sur place, nos partenaires nous indiquent que les hôtels ouverts sont pleinement opérationnels, dit-elle. Les clients ne se douteraient presque pas que la destination a été touchée, car la qualité du service, les installations et l’expérience générale répondent aux attentes. »

Les ventes, ajoute-t-elle, sont même en progression. « Elles ont significativement augmenté, même si elles n’ont pas encore atteint les niveaux de l’année dernière pour la même période de voyage, précise-t-elle Cela dit, la reprise est clairement en cours, et l’intérêt des consommateurs pour la Jamaïque continue de se renforcer. »

La vice-présidente souligne aussi l’importance des voyages de familiarisation pour restaurer la confiance des conseillers. Un récent séjour coorganisé avec l’Office du tourisme de la Jamaïque a permis à des conseillers de visiter sept hôtels opérationnels et de rentrer « rassurés et inspirés ».

VAC abonde dans le même sens

Des sentiments similaires proviennent d’Erminia Gallina, directrice des ventes chez Vacances Air Canada qui note que l’inventaire revient graduellement en ligne. « La Jamaïque est ouverte aux voyageurs, avec une portion importante de notre produit déjà opérationnelle et d’autres établissements rouvrant progressivement, dit-elle. Les efforts de reprise avancent en coordination étroite avec nos partenaires et autorités locales. Bien que la reprise ne soit pas encore totale, la demande suivra naturellement à mesure que davantage de produits redeviendront disponibles. »

« Nous observons déjà une augmentation globale de la demande pour la Jamaïque, et le réseau de distribution a été incroyablement solidaire », ajoute-t-elle, en mentionnant une hausse de capacité depuis Toronto vers Montego Bay depuis le 24 février. La directrice des ventes insiste sur le rôle de la collaboration sectorielle dans la restauration de la confiance.

« Je crois sincèrement que le soutien de l’industrie a fait une réelle différence », dit-elle, en citant des visites de terrain et des voyages de familiarisaton organisés par l’Office du tourisme de la Jamaïque, Sandals et Beaches Resorts. « C’est inspirant de voir la communauté des conseillers se mobiliser pour aider la Jamaïque à rebondir, constate-t-elle. Et grâce à la communication continue de nos partenaires hôteliers et de l’Office du tourisme jamaïcain, nous avons pu garder tout le monde informé. C’est vraiment motivant de voir comment chacun s’est serré les coudes dans un moment aussi difficile. »