7 questions à Michael Deluce, de Porter Airlines

Dans le cadre de l’annonce de l’inauguration de l’Aéroport métropolitain de Montréal, hier à Longueuil, nous nous sommes entretenus avec Michael Deluce, chef de la direction de Porter Airlines.


Hier matin, la presse de Montréal et d’un peu partout au Canada était conviée à l’annonce de l’inauguration, en juin, de la nouvelle aérogare de l’Aéroport métropolitain de Montréal – le MET.

Vu l’ampleur des travaux et la taille qu’occupe le vaste bâtiment, lumineux et convivial, au design épuré et moderne, autant dire que c’est carrément un tout nouvel aéroport qui accueillera les vols de Porter Airlines, à compter du 15 juin prochain.

Annoncé en grande pompe, notamment en compagnie de Yanic Roy, PDG du MET et de Charles Roberge, président et chef de la direction, Partenaires d’infrastructure YHU (copropriétaire de l’aérogare avec Porter Airlines), la version améliorée du MET vise à redéfinir la façon de voyager à Montréal par son modèle d’exploitation intégrée, où toutes les opérations sont regroupées sous une même gestion.

Charles Roberge, Michael Deluce et Yanic Roy.

 

Au surplus, le MET deviendra le fer de lance du développement de Porter Airlines dans l’est du pays, en permettant au transporteur une augmentation rapide de 91 % de sa capacité estivale de pointe dans la région, grâce à six nouvelles destinations sans escale, parmi les 12 qui y seront offertes par Porter.

Pour en savoir plus sur les raisons d’être de ce nouveau chapitre dans la vie de Porter et sur les ambitions de ce transporteur qui n’en finit plus de grandir, nous avons posé sept questions à Michael Deluce, chef de la direction du transporteur.

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Profession Voyages : Pourquoi était-ce si important pour Porter de s’investir dans cet aéroport dans le Grand Montréal?

Michael Deluce : Au cours des trois dernières années, Porter a pris de l’expansion partout au pays et a ajouté à sa flotte 52 appareils Embraer E195-E2. Montréal a été l’un des noyaux centraux de cette expansion, et notre arrivée au MET s’inscrit dans un plan qui vise à être encore plus présent partout au Canada.

Avec l’inauguration du MET en juin, nous allons transformer la façon dont les Montréalais voyagent, mais aussi celle des voyageurs qui arrivent ici. Cet aéroport est situé près de là où vit la moitié de la population du Grand Montréal, et lorsque les gens découvriront son incroyable environnement – ni plus ni moins qu’un salon d’affaires ouvert à tous –, et qu’ils réaliseront à quel point ils sauvent du temps en l’utilisant, ils vont tout de suite l’adopter.

 

PV : Selon vous, combien de temps faudra-t-il aux Montréalais pour s’habituer au MET pour les vols intérieurs au pays?

MD : Ça se fera très rapidement. Dès cette semaine, nous allons lancer une impressionnante campagne, notamment en sollicitant notre imposante base de clients – nous transportons pas moins de 7 millions de passagers par année dans notre réseau.

En outre, une grande ville comme Montréal n’est pas différente d’une ville comme New York, Toronto ou Londres : s’il s’y trouve au moins deux aéroports, les gens utilisent celui qui est situé le plus près de chez eux. Alors si vous avez le choix entre traverser toute la ville pour vous rendre à un aéroport et utiliser celui qui est à dix minutes de chez vous, vous apprenez assez rapidement ce qui est le plus avantageux pour vous.

À mesure que les gens vont utiliser le MET, ils vont réaliser à quel point l’expérience y sera supérieure et ils vont rapidement en parler dans leur entourage. C’est ce qui nous est arrivé à l’aéroport Billy Bishop, il y a vingt ans, quand nous avons commencé à y offrir des vols.

 

PV : Comme vous l’avez fait à Billy Bishop justement, vous avez beaucoup investi dans cette aérogare du MET, et vous en êtes même propriétaire à 50 %. Allez-vous laisser d’autres transporteurs l’utiliser?

MD : Bien sûr! À la fin de chaque journée, nous sommes en concurrence avec tous les transporteurs d’Amérique du Nord, et même si nous formerons le gros de l’achalandage du MET, avec 132 vols par semaine vers 12 destinations, nous aspirons à aller rapidement au-delà du million de passagers attendus la première année d’exploitation.

Déjà, notre partenaire Pascan Aviation, également basé au MET, l’utilisera conjointement avec nous et nous approvisionnera en passagers depuis les régions du Québec et les Maritimes. Les passagers peuvent acheter un billet unique qui comprend des vols sur les deux compagnies aériennes et les transferts de bagages.

D’ici quelques années, nous espérons atteindre 4 millions de passagers annuellement, et je suis sûr que le MET deviendra bientôt l’un des 10 principaux aéroports au Canada.

 

PV : Pour commencer, les 12 destinations que vous offrez sont uniquement situées au Canada. Mais envisagez-vous de desservir aussi les États-Unis, éventuellement?

MD : Pour l’instant, nous allons nous concentrer sur nos 12 destinations canadiennes, mais au fur et à mesure que le temps passera et que l’aéroport aura du succès, je ne ferme pas la porte au lancement de vols vers les États-Unis ou même les Caraïbes, si la communauté, les politiciens et d’autres manifestent leur intérêt.

Ces dernières années, nous avons connu une croissance rapide partout en Amérique du Nord, notamment grâce à une offre de vols transcontinentaux au Canada et aux États-Unis, ainsi qu’à un service vers le Mexique, l’Amérique centrale et les Caraïbes. Nous continuons d’élargir notre réseau, qui comprend présentement 112 itinéraires répartis sur 49 destinations saisonnières et annuelles.

 

PV : En quoi la situation au Moyen-Orient risque-t-elle de modifier votre agenda, au cours des prochains mois, y compris pour les vols qui seront lancés au MET?

MD : Depuis quelques années, de plus en plus de Canadiens préfèrent demeurer au pays pour leurs vacances, et le trafic aérien intérieur y est toujours en hausse. Maintenant que les États-Unis sont sous pression, que la situation est instable au Moyen-Orient et que certains remettent en question leurs voyages en Europe, cette année s’annonce prometteuse pour le tourisme au Canada.

Avec l’ouverture du MET, ce sera une excellente occasion de venir à Montréal ou d’en partir pour aller ailleurs au pays, et pour encourager les gens à le faire, nous allons proposer des tarifs spéciaux dans le cadre de l’inauguration du 15 juin.

 

PV : L’ouverture du MET et le lancement de plusieurs vols depuis cet aéroport changera-t-il quelque chose dans votre co-entreprise avec Air Transat?

MD : Avec le MET, non seulement nous ne retirerons aucun de nos vols de Montréal-Trudeau, qui demeure un aéroport très important pour nous, mais nous allons doubler notre présence à Montréal.

Notre partenariat avec Air Transat est formidable et il est très important pour eux comme pour nous : il sert autant à nous alimenter en passagers que l’inverse. Pour le moment, nous serons le seul transporteur à desservir simultanément les deux aéroports.

 

PV : Y a-t-il d’autres projets de Porter dont vous pouvez parler aujourd’hui, dans un avenir plus ou moins rapproché?

MD : Nous avons toujours plusieurs projets en cours, mais aujourd’hui est l’une des journées les plus réjouissantes que nous ayons jamais eues. L’inauguration du MET sera l’un des événements les plus perturbateurs que le marché montréalais du transport aérien aura connues depuis longtemps.

Le MET va fragmenter le transport aérien domestique montréalais en deux : certains passagers vont tout de suite adopter le nouvel aéroport alors que d’autres vont sans doute considérer Montréal-Trudeau comme leur aéroport principal. Mais le plus important, c’est que le MET va rapidement devenir l’aéroport le plus prisé de Montréal pour y accéder depuis les villes canadiennes, et inversement.

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Photo de une : Michael Deluce pose devant une photo du dirigeable R-100, qui s’est amarré à l’aéroport de Saint-Hubert, premier aéroport au Canada et ancêtre du MET, en 1930.