La baisse des commissions d’Air Canada suscite la grogne des conseillers

Le 17 juin 2026 – L’ACTA se dit notamment « profondément préoccupée », alors que la compagnie aérienne invoque la hausse de ses coûts.

Les partenaires conseillers en voyages d’Air Canada connaissent bien les défis qui secouent actuellement l’industrie du voyage : ils les vivent eux aussi au quotidien.

Alors que les fluctuations du prix du carburant pèsent lourdement sur les résultats des transporteurs aériens — jusqu’à un milliard de dollars américains supplémentaires selon l’Association internationale du transport aérien (IATA) — les derniers mois ont également été difficiles pour les conseillers en voyages. 

Ces derniers doivent composer avec des clients hésitants, parfois réticents à réserver, tout en étant en première ligne pour expliquer la hausse des tarifs aériens, les suppléments carburant, l’augmentation des frais de bagages et autres coûts additionnels.

La décision d’Air Canada de réduire les commissions versées aux agences provoque donc une vive réaction dans le réseau.

« C’est une réduction de 1 % partout, sans aucune incitation à vendre des cabines premium, contrairement à plusieurs autres transporteurs internationaux », déplore un propriétaire d’agence.

À l’instar de plusieurs collègues, Michelle Whalen, conseillère chez The Affluent Traveler Network (TTAND), se dit déçue et frustrée.

« Je suis déçue, a-t-elle déclaré à Travelweek. Je comprends qu’il y a toujours un autre côté à une décision et que des choix difficiles doivent parfois être faits. Mais les conseillers ont traversé beaucoup d’épreuves avec les compagnies aériennes au cours des cinq ou six dernières années : la COVID-19, les annulations, les grèves, les crises du carburant, les réductions de routes et les changements de dernière minute. Tous ces enjeux nécessitent notre intervention, et nous méritons d’être rémunérés équitablement pour ce travail. »

Selon elle, les commissions et les frais de service ne reflètent pas suffisamment l’ampleur du travail accompli. « Cela me rend encore plus hésitante à réserver directement auprès de la compagnie aérienne. Je préfère parfois travailler avec des consolidateurs qui me donnent davantage de contrôle sur les tarifs, la flexibilité et les relations avec les partenaires. »

Elle ajoute que la réduction des marges des consolidateurs aura également des répercussions sur l’ensemble de la chaîne. « Une réduction de commission n’est pas très différente d’une baisse de salaire. Les compressions ont toujours un effet domino. »

Air Canada justifie sa décision par la hausse des coûts

La nouvelle structure de commissions d’Air Canada entrera en vigueur le 1er juillet 2026. Le porte-parole d’Air Canada, Peter Fitzpatrick a affirmé que la compagnie était consciente des pressions auxquelles faisaient face ses partenaires du voyage.

« Nous ressentons ces mêmes pressions », a-t-il expliqué, tout en soutenant que les agences liées par une entente avec Air Canada bénéficiaient toujours d’un programme d’incitatifs compétitif.

Selon lui, la compagnie a toujours collaboré avec ses partenaires durant les périodes difficiles, notamment pendant la pandémie, et a lancé de nouvelles initiatives comme AC&Me afin de reconnaître leur contribution.

Air Canada a indiqué toutefois devoir revoir sa structure de coûts dans un contexte marqué par « des coûts plus élevés, une incertitude accrue du marché et l’impact des nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle ».

« Nous sommes soumis à d’importantes pressions sur les coûts. Pour nous adapter à ces changements, nous devons gérer nos dépenses en conséquence », a précisé Peter Fitzpatrick.

Il a ajouté que la révision du programme de commissions s’inscrit dans une stratégie à plus long terme, mais qu’Air Canada a choisi d’accélérer son implantation « en raison des conditions dans lesquelles nous évoluons en 2026 ».

L’ACTA se dit « profondément préoccupée »

La présidente de l’ACTA, Suzanne Acton-Gervais, affirme que l’association est « profondément préoccupée et déçue » par la décision d’Air Canada de réduire de façon importante la rémunération des agences et des conseillers en voyages.

« Même si l’ACTA n’a pas accès aux ententes commerciales entre Air Canada et les agences individuelles, les commentaires que nous recevons de nos membres partout au pays sont clairs : ces réductions sont importantes et auront un impact réel sur plusieurs entreprises du voyage », indique-t-elle.

Selon elle, l’annonce, faite peu après le Mois de reconnaissance des conseillers en voyages et accompagnée d’une courte période de transition, a surpris plusieurs agences qui avaient déjà pris des décisions d’affaires, d’embauche et d’investissement en fonction des ententes existantes.

L’ACTA affirme avoir rencontré Air Canada à deux reprises, transmis officiellement ses préoccupations à la direction de la compagnie et soulevé la question auprès du gouvernement fédéral.

 

Des questions demeurent sur l’avenir

Même si une résolution du conflit au Moyen-Orient et une éventuelle réouverture du détroit d’Ormuz pourraient contribuer à stabiliser la situation, rien ne garantit une baisse rapide des tarifs aériens.

Pour Michelle Whalen, plusieurs questions restent sans réponse.

« Les prix pour les consommateurs vont-ils demeurer élevés même lorsque les problèmes liés au carburant seront réglés? Et les commissions reviendront-elles un jour à leur niveau précédent? »

Elle souligne le rôle important joué actuellement par les regroupements comme l’ACTA et les agences hôtesses qui défendent les intérêts des conseillers en voyages.

« Nous en faisons déjà énormément pour le peu que nous recevons. Je sais que beaucoup de conseillers ne sont pas heureux de cette décision. »