Coup de théâtre, lors de l’assermentation du nouveau Conseil des ministres du gouvernement Plamondon : le tourisme ne dispose plus de son propre ministère. Enfin presque…
Au Québec, le tourisme est la seule industrie présente dans les 17 régions administratives, et il constitue un important levier de développement.
Avec ses 24 000 entreprises et ses 420 000 emplois, il forme également un secteur dynamique de l’économie québécoise. En 2025, il a généré 18,9 G$ en recettes touristiques, dont 4,7 G$ provenant des visiteurs internationaux, un apport important d’argent neuf qui profite à l’économie locale, soutient les emplois et contribue à la vitalité des collectivités partout au Québec.
Malgré tout cela, le cabinet du gouvernement Plamondon, formé hier, ne comprend aucun ministre du Tourisme parmi les 22 députés en charge de fonctions ministérielles. Et c’est la première fois qu’il en est ainsi depuis… 1963. En fait, ce ministère a tout simplement été intégré au ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Énergie.
Des inquiétudes
L’Alliance de l’industrie touristique du Québec se questionne face à cette décision, qui soulève de sérieuses préoccupations quant à la place qui sera accordée à l’industrie dans les décisions gouvernementales.
« Chaque région possède une réalité touristique et des défis qui lui sont propres, et la présence d’un ministre du Tourisme assurait à ce jour une vision cohérente, une coordination de l’action gouvernementale et une défense des priorités du secteur autour de la table du Conseil des ministres », souligne l’Alliance.
Du côté de l’Association Hôtellerie du Québec (AHQ) et de l’Association québécoise des spas (AQS), on ressent un mélange de profonde déception et de stupéfaction à la suite du dévoilement du nouveau Conseil des ministres.
« L’hôtellerie génère à elle seule plus de 3 milliards de dollars en retombées économiques et soutient 38 000 emplois au Québec, déplore Véronyque Tremblay, présidente-directrice générale de l’AHQ et de l’AQS. De son côté, l’industrie des spas génère près de 700 millions de dollars de contribution au PIB et soutient 8 000 emplois. Ce sont des secteurs qui investissent, créent des emplois et contribuent directement à la vitalité de nos régions. Comment expliquer qu’ils ne puissent plus compter sur un ministre spécifiquement responsable du Tourisme? »
Un flou ministériel
Bien que le tourisme puisse relever du portefeuille de l’Économie, aucune responsabilité liée au tourisme n’a été explicitement annoncée lors du dévoilement du Conseil des ministres. Cette absence de clarification laisse les deux associations dans l’incertitude quant à leur interlocuteur gouvernemental et au suivi de leurs dossiers.
« Au-delà de la structure gouvernementale retenue, nous demandons un leadership identifiable, une capacité de décision et un accès direct aux instances gouvernementales, d’ajouter Véronyque Tremblay. Les enjeux touristiques touchent plusieurs portefeuilles, mais ils doivent être portés de façon cohérente et concertée. Nos entreprises ont besoin d’un gouvernement qui comprend leurs réalités et qui leur donne les moyens de contribuer pleinement à l’économie québécoise. »
Un secteur transversal mais crucial
Même si le transfert du Tourisme au ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Énergie pourrait être l’occasion de reconnaître pleinement l’industrie touristique comme un moteur du développement du Québec, au même titre que l’aérospatiale et l’aluminium, les inquiétudes persistent.
« Le tourisme est une industrie transversale dont la croissance dépend de décisions prises dans plusieurs domaines, notamment l’économie, les finances, l’immigration, les services sociaux, l’emploi, les transports, le travail, l’agriculture, l’environnement, la forêt, les parcs et loisirs, l’éducation et les affaires municipales », rappelle l’Alliance.
« Notre industrie a besoin d’une voix forte au sein du Conseil des ministres pour assurer la cohérence des décisions qui touchent nos entreprises, nos travailleurs et nos régions, estime Geneviève Cantin, présidente-directrice générale de l’Alliance. Le tourisme apporte de l’argent neuf au Québec, soutient des centaines de milliers d’emplois et contribue à la vitalité des communautés, notamment en favorisant l’accessibilité universelle à la santé et à l’éducation. Le gouvernement doit maintenant nous indiquer clairement qui portera nos priorités et comment il entend faire avancer notre industrie. L’Alliance est prête à travailler de façon constructive avec lui pour obtenir des résultats concrets. »
L’Alliance exhorte donc le gouvernement de clarifier rapidement sa position sur la gouvernance du portefeuille touristique pour permettre à l’industrie de poursuivre sa croissance.
Pour ce faire, une rencontre imminente est demandée avec le premier ministre pour rassurer l’industrie sur les intentions du gouvernement concernant le tourisme.