L’expert en aviation John Gradek commente la vague de fausses menaces à la bombe qui visent les vols en Europe, depuis le début de la semaine.
Aujourd’hui vendredi, pour la troisième fois cette semaine, les autorités de plusieurs pays européens ont signalé une nouvelle série de menaces à la bombe visant des vols commerciaux.
Ces incidents s’inscrivent dans une succession de fausses alertes qui ont entraîné des déroutements et perturbé le transport aérien cette semaine.
Aucun explosif n’a été découvert et aucune blessure n’a été signalée. Ces menaces alimentent toutefois les inquiétudes, dans un contexte marqué par d’autres perturbations récentes en Europe, notamment des attaques contre des systèmes de réfrigération de supermarchés et des incursions de drones.
De la France à Chypre
Le bureau du premier ministre français, Sébastien Lecornu, a indiqué que quatre appareils survolant le territoire français avaient reçu des menaces à la bombe vendredi. Tous ont atterri sans incident et des équipes de déminage procédaient à des inspections.
Un vol de la compagnie Tarom reliant Prague à Bucarest a également fait l’objet d’une menace, mais il a atterri comme prévu. Les autorités aéroportuaires ont par la suite confirmé qu’il s’agissait d’une fausse alerte.
Au Portugal, la police a enquêté sur une menace visant un vol de Ryanair entre Lisbonne et Rome. L’appareil a été inspecté à Lisbonne et les passagers ainsi que les bagages ont fait l’objet de contrôles supplémentaires avant le départ.
Un vol de Wizz Air reliant Prague à Rome a été dérouté vers Venise à la suite d’une alerte à la bombe. Les passagers ont été évacués et les vérifications de sécurité n’ont révélé aucun élément suspect. Les activités aéroportuaires ont été brièvement interrompues avant de reprendre.
Les autorités du Danemark et de la République tchèque ont également enquêté sur des menaces vendredi. La police de Copenhague est intervenue pour des menaces visant le trafic aérien pour une deuxième journée consécutive, mais a précisé que les passagers n’avaient jamais été en danger et que les activités de l’aéroport s’étaient poursuivies normalement.
La police tchèque a fait état de menaces concernant neuf vols en provenance du Danemark, de l’Espagne et du Royaume-Uni, ou à destination des Pays-Bas, de Chypre, de la Roumanie, de l’Italie et du Royaume-Uni. Les autorités ont indiqué que les mesures de sécurité avaient eu peu de répercussions sur les activités aéroportuaires.
Qui se cache derrière ces menaces?
Plus de deux douzaines de vols avaient été ciblés plus tôt dans la semaine. Plusieurs appareils avaient été déroutés pendant que les autorités menaient leurs enquêtes.
Aucun groupe ni aucun acteur étatique n’a été identifié comme responsable, et rien ne permet d’établir un lien entre ces fausses alertes et un gouvernement.
Un courriel envoyé jeudi aux autorités aéroportuaires de Rome, dont l’Associated Press a obtenu copie, semblait provenir d’un groupe antiféministe qui affirmait vouloir s’en prendre à un « régime féministe ».
Un autre aéroport européen a reçu une menace formulée dans des termes similaires, mais on ignore toujours si les deux messages provenaient du même expéditeur.
Des équipages prêts à intervenir
Les menaces à la bombe préoccupent les pilotes et créent des tensions inutiles, mais les équipages sont préparés à intervenir avec professionnalisme, a déclaré Paul Reuter, vice-président de l’European Cockpit Association.
Les pilotes révisent les procédures avec les équipages de cabine, repèrent les aéroports où ils pourraient être contraints de se poser et peuvent prévoir une réserve de carburant supplémentaire, a-t-il expliqué.
Paul Reuter a qualifié de « totalement inacceptable » l’utilisation de l’aviation civile à des fins de perturbation géopolitique ou dans le cadre de canulars.
Dans une entrevue accordée au Globe and Mail, Rhys Jones, spécialiste du renseignement dans le secteur aéronautique, a expliqué que le faible degré de sophistication de ces opérations élargissait considérablement le nombre d’acteurs susceptibles de proférer des menaces à la bombe.
« Il n’est pas nécessaire de bénéficier du soutien d’un État, dit-il. Il n’est pas nécessaire de disposer de beaucoup d’argent. »
Des procédures bien établies
Martin Drake, un ancien pilote également interrogé par le Globe and Mail, a expliqué qu’en cas de menace à la bombe, les pilotes lancent un appel de détresse de type « Mayday » et se dirigent vers l’aéroport le plus proche. Après l’atterrissage, les responsables de la sécurité prennent le relais et fouillent l’appareil, les bagages et les passagers.
« La compagnie pour laquelle je travaillais a déjà dû dériver un Boeing 747 vers Montréal, dit-il. L’appareil est resté immobilisé au sol pendant près de 12 heures et demie, le temps que les agents de la GRC effectuent leurs fouilles. »
L’ancien pilote ne s’attend toutefois pas à ce que les contrôles de sécurité des passagers dans les aéroports soient renforcés de manière importante.
« Ce n’est que le début », croit John Gradek
En entrevue, l’expert de l’industrie aéronautique John Gradek nous indiqué qu’il venait de terminer une entrevue sur ces menaces avec la chaîne d’information européenne TRT World.
« Je pense qu’il est trop tôt pour déterminer quelle organisation ou quel pays en particulier est responsable, dit-il. Beaucoup de rumeurs circulent quant à une possible implication de la Russie, de la Corée du Nord, de l’Iran ou de la Chine. Les soupçons sont nombreux quant à l’origine de ces menaces. »
« Pour l’instant, la seule chose que nous puissions faire est de réagir, et le temps de réaction a été très bon, poursuit-il. L’industrie aérienne a déjà été confrontée à ce type de canular dans le cadre de ses activités régulières. Nous sommes préparés, nous savons quoi faire et nous savons comment gérer la situation. »
John Gradek s’attend à ce que ces incidents continuent de perturber les déplacements des passagers. « Ce qui me préoccupe, c’est la possibilité que le phénomène prenne de l’ampleur au-delà des 10 ou 15 vols par jour actuellement touchés et qu’il s’étende géographiquement à d’autres régions du monde », croit-il.
« Ce qui devrait particulièrement nous inquiéter, c’est que ce n’est pas la fin; ce n’est que le début de ces menaces, et elles vont se poursuivre : nous devons être prêts à y faire face », s’inquiète-t-il.
Un monde interconnecté et dépendant
Il ajoute que l’interconnexion croissante du monde s’accompagne de risques et de vulnérabilités toujours plus importants.
« Nous dépendons d’Internet, des communications électroniques et de nos téléphones cellulaires davantage que jamais, ajoute-t-il. Lorsque nos vies deviennent tributaires des communications électroniques et qu’il existe des moyens d’intercepter ou de détourner ces communications, nous sommes vulnérables. »
L’expert souligne toutefois que réduire notre dépendance aux communications électroniques comporte également ses propres risques.
« En 2026, nous sommes pris entre l’arbre et l’écorce lorsqu’il s’agit de gérer notre quotidien, alors que toutes ces menaces nous entourent. »
Avec la collaboration de l’Associated Press.
*****
Légende de la photo principale : Des passagers arrivent à l’aéroport international Henri-Coandă, à Otopeni, près de Bucarest, en Roumanie, le 31 mars 2024. (Photo AP/Andreea Alexandru)