Flair et les transporteurs à bas prix mis à rude épreuve par le coût du carburant

Sale temps pour les transporteurs, surtout s’ils sont à bas tarifs, plus sensibles aux variations des cours du pétrole. Quel avenir pour Flair Airlines, dans les circonstances?


Le chef de la direction de Flair Airlines, Len Corrado, ressent de plein fouet les effets de la hausse du prix du carburant aviation alors qu’il tente de réorienter le transporteur à bas prix, qui s’était récemment concentré sur les voyageurs d’affaires et les destinations américaines.

M. Corrado, qui a pris les commandes de l’entreprise en février, a déclaré dans une entrevue téléphonique que le carburant d’aviation représente généralement près du tiers des coûts de Flair. Or, selon l’Association du transport aérien international (IATA), le prix de ce carburant en Amérique du Nord a bondi de 111 % par rapport à l’an dernier, pour dépasser 193 $ US le baril.

« C’est difficile à gérer », dit ce vétéran de l’industrie. La hausse des tarifs n’a pas entièrement compensé l’augmentation vertigineuse des coûts.

« Les tarifs ont augmenté dans l’ensemble, dans une certaine mesure, mais pas suffisamment pour absorber complètement la hausse des prix, poursuit-il. C’est donc une lutte quotidienne. »

 

Le fédéral à la rescousse

Plus tôt ce mois-ci, le gouvernement fédéral a approuvé une aide d’urgence de 76 millions $ pour Flair.

Le transporteur n’est pas le seul à avoir eu besoin d’aide pour faire face au coût élevé du kérosène : Porter Airlines et Transat A.T. Inc., société mère d’Air Transat, ont également obtenu des mesures de soutien d’Ottawa au cours des deux derniers mois.

Transat a ainsi reçu 430 millions $ en prêts à faible taux d’intérêt depuis le début de la guerre Israël/États-Unis avec l’Iran, à la fin février, ce qui a entraîné une flambée des prix de l’énergie en raison du blocage continu du détroit d’Ormuz, par lequel transite habituellement environ 20 % du pétrole mondial.

Porter a également obtenu un prêt de 125 millions $, selon la Canada Enterprise Emergency Funding Corp. Les prêts doivent être remboursés dans un délai de quatre ans.

 

Un canot de sauvetage

« Le gouvernement n’a pas lancé une bouée de sauvetage; il a lancé un canot de sauvetage! », estime John Gradek, qui enseigne la gestion de l’aviation à l’Université McGill.

Les transporteurs de loisirs et à bas prix demeurent plus vulnérables aux fluctuations du prix du carburant que leurs concurrents de plus grande taille. Le carburant représente souvent une proportion plus importante de leurs coûts, et ils disposent de moins de marges de manœuvre grâce à une clientèle d’affaires plus rentable et à un éventail plus vaste de liaisons.

Pour répondre à l’évolution de la demande, Flair a accru sa présence au pays durant la saison estivale et dans les Caraïbes pour l’hiver, tout en réduisant de plus de 50 % depuis l’an dernier le nombre de ses vols annuels entre le Canada et les États-Unis, les Canadiens continuant de bouder les voyages aux États-Unis.

« Il y a une forte demande pour le tourisme d’un bout à l’autre du Canada », constate M. Corrado, soulignant que Flair a commencé à investir davantage le marché québécois.

En août 2025, Flair n’offrait aucun vol au départ de l’aéroport Montréal-Trudeau; le mois dernier, le transporteur en exploitait 62, selon les données du spécialiste du suivi de l’aviation Cirium.

« Pendant très longtemps, nous n’avons pratiquement pas touché à Montréal, ni au Québec : 9 millions de clients que nous avons choisi d’ignorer, dit-il. Les Canadiens ont vraiment envoyé un message très clair, à mon avis, en indiquant qu’ils ne voulaient pas aller aux États-Unis. »

 

Cap sur les voyages de loisirs

Len Corrado affirme vouloir accroître la flotte en 2027 au-delà des 20 appareils Boeing 737 que Flair exploite depuis plusieurs années, sans toutefois préciser l’ampleur de cette expansion.

Le chef de la direction entend utiliser ces appareils pour miser davantage sur les voyages personnels et abandonner les plans annoncés plus tôt cette année visant à cibler principalement les voyageurs des petites entreprises.

« Quatre-vingt-quinze pour cent, sinon davantage, de nos passagers utilisent leur propre carte de crédit pour réserver leur voyage, plutôt qu’un compte d’entreprise, explique-t-il. Nous ne sommes pas un transporteur axé sur les voyages d’affaires. »

Cette clientèle est bien connue de M. Corrado, qui est sorti de sa retraite pour se joindre à Flair cette année, après avoir quitté son poste de président du transporteur de loisirs Sunwing Airlines en avril 2025.

 

Des voyageurs émotionnels

La plupart des clients de Flair sont motivés par une « demande émotionnelle » lorsqu’ils partent en vacances ou rendent visite à des amis ou à des membres de leur famille, affirme-t-il.

« Ils vont aux funérailles de tante Marie, ils vont au mariage de cousin Bobby, dit-il Ce sont ces liens qui comptent. C’est là-dessus que nous nous concentrons. »

Environ 85 % des vols de Flair, dont le siège est à Edmonton, seront intérieurs le mois prochain, selon les données de Cirium. Cette proportion tombera toutefois à un peu plus de 50 % durant l’hiver, lorsque les passagers afflueront vers les destinations soleil.

 

Bonjour les conseillers!

Pour les attirer, Flair a intégré l’un des quelques systèmes mondiaux de distribution qui constituent l’infrastructure numérique du transport aérien commercial.

Des plateformes comme Amadeus et Sabre relient les agents de voyages et les agences en ligne aux compagnies aériennes, aux hôtels et aux entreprises de location de voitures. Elles constituent une place de marché centrale permettant de regrouper les réservations provenant de différents fournisseurs en un seul achat.

Ce mois-ci, Flair a ainsi annoncé un partenariat avec Softvoyage afin d’attirer des voyageurs qui réservent leurs voyages par l’intermédiaire d’agences de voyages ou de voyagistes.

 

Mutation en cours

Selon M. Gradek, la transformation en cours de Flair, qui cherche à passer d’un transporteur strictement à très bas prix à une entreprise plus traditionnelle, représente un « long et difficile parcours ». « Cela demande de l’argent, des efforts et du temps, dit-il. Flair est toujours en pleine évolution. »

Reste à savoir si le partenariat avec Softvoyage permettra à Flair de devenir rentable sur une base annuelle. Le chef de la direction a refusé de préciser si l’entreprise avait déjà atteint la rentabilité, rappelant que le transporteur est une société privée.

« Je suis sorti de ma retraite parce qu’il y avait quelque chose d’unique dans cette occasion, dit-il. Je vois cela comme un petit moteur qui pourrait y arriver. »

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 Légende de la photo principale : Le commandant de bord de Flair Airlines Ken Symonds inspecte l’un des Boeing 737 MAX 8 de la compagnie à l’aéroport international de Vancouver, le 17 avril 2024. — Crédit : La Presse canadienne/Darryl Dyck