Si aucune entente n’intervient, une grève ou un lock-out pourrait être déclenché dès le 2 août prochain.
Environ 4 400 agents de bord représentés par la section locale 8125 du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) ont voté entre le 8 et le 15 juillet pour déterminer s’ils accordaient un mandat de grève au syndicat.
Résultat : 99,4 % d’entre eux approuvent un mandat de grève.
Le comité de négociation du syndicat dispose donc désormais du mandat de déclencher des moyens de pression si une nouvelle convention collective n’est pas conclue dans les délais impartis.
La date-butoir où une grève pourrait être déclenchée par les agents de bord de WestJet – à moins que le transporteur se mette en lock-out est donc le 2 août.
Pas de grève immédiate mais…
Selon Radio-Canada et le Calgary Herald, ce vote favorable ne déclenchera pas immédiatement une grève, mais donne au syndicat l’autorisation de déclencher un mouvement de travail si les négociations échouent.
À la suite de la fin de la période de réflexion imposée par le gouvernement fédéral, le syndicat ou WestJet devront fournir un préavis de 72 heures avant le début d’une grève ou d’un lock-out. Cela signifie qu’une éventuelle action syndicale pourrait commencer au plus tôt le 2 août, juste avant le long week-end d’août dans plusieurs provinces.
WestJet et le SCFP négocient une nouvelle convention collective depuis la fin de 2025, après l’expiration de l’entente précédente à la fin de l’année dernière.
La rémunération au sol, toujours un point de friction
À l’image du conflit de travail qui a opposé Air Canada à ses agents de bord l’an dernier, l’un des principaux enjeux des négociations actuelles concerne la rémunération du travail effectué avant le décollage et après l’atterrissage.
« Les enjeux semblent un peu familiers, si vous vous souvenez de l’été dernier avec Air Canada », explique John Gradek, chargé de cours en gestion de l’aviation à l’Université McGill, à CBC Calgary. « Ce n’est pas comme si WestJet ne savait pas que cela allait arriver », a ajouté M. Gradek, qui estime que la compagnie aérienne n’a pas reconnu que son principal concurrent avait modifié sa façon de rémunérer ses employés.
« Ils n’ont même pas atteint la position adoptée par Air Canada, ce qui n’est pas acceptable », a-t-il affirmé, soulignant que le gouvernement fédéral examine également cette question depuis le conflit de travail d’Air Canada en 2025.
Un système désuet?
D’après le Calgary Herald, les agents de bord de WestJet sont rémunérés selon un système d’« heures créditées », qui prévoit une rémunération plus élevée pour le temps passé en vol plutôt qu’un paiement distinct pour les tâches effectuées avant le décollage et après l’atterrissage.
Ce modèle, utilisé par bon nombre de compagnies aériennes nord-américaines, a été instauré il y a plusieurs décennies après que les agents de bord eurent revendiqué une structure de rémunération comparable à celle des pilotes.
Une nouvelle réalité
Le syndicat affirme toutefois que ce système ne correspond plus à la réalité actuelle de l’exploitation aérienne.
Comme le rapporte le Calgary Herald, les membres du personnel de cabine affirment que l’embarquement est devenu plus long, alors qu’un nombre croissant de passagers voyagent avec des bagages de cabine afin d’éviter les frais de bagages enregistrés.
Ils soulignent également que des procédures de sécurité renforcées et des retards plus fréquents sur les pistes ont augmenté la quantité de travail non rémunéré effectué avant le départ et après l’arrivée.
Selon WestJet, les agents de bord gagnent entre 28,45 $ et 53,61 $ par heure créditée, tandis que les chefs de cabine sur les appareils gros-porteurs gagnent entre 37,54 $ et 69,69 $ par heure créditée. Le syndicat soutient toutefois que ces montants ne reflètent pas le nombre total d’heures réellement travaillées.
Le Calgary Herald indique que, sur un vol typique Calgary–Vancouver, un agent de bord peut gagner environ 40 $ pour l’heure passée dans les airs, tout en travaillant environ trois heures supplémentaires pour préparer l’appareil, accueillir les passagers et effectuer les tâches après le vol. Le syndicat affirme qu’en tenant compte de ces heures, le salaire réel tombe à environ 10 $ de l’heure, soit environ 5 $ de moins que le salaire minimum en Alberta.
Un système défendu par WestJet
WestJet défend le système des heures créditées, affirmant qu’il s’agit de la norme dans l’industrie nord-américaine. La compagnie soutient que les agents de bord sont rémunérés pour toutes les heures travaillées puisque le taux horaire crédité plus élevé vise justement à tenir compte des tâches effectuées au sol.
Le chef de la direction de WestJet, Alexis von Hoensbroech, a néanmoins indiqué que la compagnie était prête à revoir la structure de rémunération.
« Nous voulons une convention qui fonctionne pour nos agents de bord, a-t-il dit à CTV. S’ils souhaitent une autre façon de comptabiliser les heures, aucun problème. Nous ferons ce qui est le plus logique pour eux. Nous voulons une entente qui fonctionne pour les agents de bord. »
WestJet affirme que des progrès importants ont déjà été réalisés à la table de négociation, avec des dizaines de points de la convention collective réglés. Les discussions se poursuivent toutefois sur plusieurs enjeux, notamment les salaires, la rémunération, les horaires, l’équilibre travail-vie personnelle et d’autres améliorations des conditions de travail.
Des échos du conflit avec Air Canada
Les négociations actuelles rappellent inévitablement le conflit de travail qui a opposé les agents de bord d’Air Canada l’été dernier, lequel portait également sur la rémunération des tâches effectuées au sol sans compensation distincte.
En août 2025, les agents de bord d’Air Canada avaient déposé un avis de grève, ce qui avait poussé la compagnie à suspendre des centaines de vols pendant plusieurs jours. Bien que les deux parties aient conclu une entente de principe par l’intermédiaire d’un processus de médiation et que les opérations aient repris, plus de 99 % des membres du syndicat avaient rejeté l’accord le mois suivant.
Le différend avait finalement été soumis à un arbitrage exécutoire, éliminant ainsi la possibilité d’une nouvelle grève.