Comment tirer profit de la tendance des voyages « atypiques »

L’engouement pour les destinations méconnues se confirme. Voici les conseils d’experts pour accompagner au mieux vos voyageurs en quête d’originalité.


Le surtourisme. Le sentiment de « déjà vu ». Le goût de l’aventure. Les économies. Et, bien sûr, le plaisir de publier des photos inédites sur les réseaux sociaux. Si vous vous demandez ce qui alimente l’engouement pour les destinations moins conventionnelles, la réponse est simple : un peu de tout cela.

La bonne nouvelle pour les conseillers en voyages? Une destination atypique n’est pas forcément une destination éloignée. Il suffit parfois d’offrir une nouvelle façon de découvrir un classique.

Ainsi, une conseillère a intégré la capitale slovaque, Bratislava, à un circuit européen de plusieurs villes. Une autre a délaissé le traditionnel séjour tout compris dans un seul complexe à Saint-Vincent-et-les Grenadines pour créer un itinéraire d’île en île, reliant Saint-Vincent, Mayreau et Bequia.

D’autres destinations sortent véritablement de l’ordinaire. Où se trouve le Svalbard? « À seulement 1 300 kilomètres du pôle Nord », explique une conseillère qui y a accompagné un groupe l’été dernier.

On a demandé à trois conseillers de raconter leurs réservations hors des sentiers battus : comment ils ont monté ces voyages et avec quels partenaires ils ont travaillé.

Parce qu’avoir un produit différent à vendre est aussi important que savoir le vendre, nous avons également recueilli les commentaires de deux voyagistes spécialisés dans les vacances atypiques.

 

L’Europe autrement

Jamie Milton, présidente de Uniglobe Carefree Travel, à Saskatoon, raconte que des clients souhaitaient visiter l’Italie et la Grèce ce printemps.

« Les prix dépassaient leur budget. Je leur ai donc proposé un itinéraire combinant Vienne, Bratislava et Budapest. Le coût était beaucoup plus abordable et ils ont adoré leur voyage. Ce n’est pas complètement hors des sentiers battus, mais cela démontre que les clients sont ouverts à découvrir des villes européennes moins fréquentées si cela leur permet d’économiser et d’éviter les foules. »

Elle constate également un intérêt croissant pour les Philippines comme alternative à des destinations très populaires d’Asie du Sud-Est, telles que la Thaïlande, Bali ou le Vietnam. « Le rapport qualité-prix est exceptionnel. Les liaisons aériennes depuis le Canada sont plus nombreuses et davantage de DMC proposent maintenant cette destination. »

Pour les voyages sur mesure, Jamie Milton fait régulièrement appel à Goway et à Exotik Journeys.

 

Miser sur des hôtels de charme

Certains voyages atypiques se construisent sans passer par un voyagiste. Jennifer Gaskell, propriétaire de Pink Palm Travel, à Oakville, se tourne souvent vers Canlink lorsqu’elle recherche « des hôtels-boutiques authentiques et des destinations peu commercialisées, mais offrant une expérience exceptionnelle. »

Elle apprécie particulièrement la liberté de concevoir des itinéraires originaux. « Les voyagistes apportent une réelle valeur ajoutée, mais je trouve souvent que je peux offrir une expérience encore plus personnalisée en travaillant directement avec des complexes hôteliers de confiance et des fournisseurs locaux. »

Elle cite l’exemple récent de clients qui souhaitaient réserver un tout-inclus à Saint-Vincent. « Après avoir discuté de leurs véritables attentes, nous avons complètement changé de direction. Plutôt que de passer tout leur séjour dans un seul complexe, ils feront maintenant un circuit entre l’île principale de Saint-Vincent, et les îles de Mayreau et Bequia dans l’archipel des Grenadines. »

Elle a réservé des séjours au Windward Mayreau et au Bequia Beach Hotel, deux établissements offrant des expériences très différentes, reliés par des traversiers. « Depuis Mayreau, ils pourront explorer les Tobago Cays, ce qui figurait parmi leurs priorités. »

Selon elle, peu de voyageurs organiseraient spontanément un tel itinéraire. « C’est précisément là que le recours à un conseiller en voyages apporte une réelle valeur. Je réserve beaucoup de séjours à Saint-Vincent ces temps-ci, car plusieurs voyageurs hésitent à choisir une destination plus récente. J’aime vendre Sandals et les complexes tout-inclus haut de gamme, mais ma priorité demeure de trouver la formule idéale pour chaque client. Si un itinéraire de saut d’île en île ou un hôtel-boutique répond mieux à leurs attentes, c’est ce que je recommanderai. »

 

Jusqu’au cercle polaire arctique

Le fait qu’un type de voyage gagne en popularité ne signifie pas qu’il convient à tout le monde.

Jennifer McPherson, de TurnKey Travel, observe que, malgré l’intérêt médiatique pour les destinations moins fréquentées, « la majorité des clients privilégient encore la sécurité d’un voyage qui demeure près des grands centres. »

Son agence est spécialisée dans les itinéraires personnalisés, principalement en Europe occidentale, notamment en Italie et au Portugal, mais aussi en Afrique, en Asie du Sud-Est et au Japon. Elle souligne toutefois que le Svalbard, et plus précisément Longyearbyen, a récemment séduit certains de ses clients.

« Cette localité située dans le cercle polaire arctique propose des activités de plein air toute l’année. L’hiver est particulièrement populaire grâce aux aurores boréales. »

Elle partage plusieurs conseils pour organiser ce type de voyage :

  • toutes les excursions ne sont pas offertes à l’année;
  • les balades en traîneau à chiens sont remplacées par des chariots à roues durant l’été;
  • la meilleure période pour observer les aurores boréales s’étend d’octobre à mars;
  • il faut prévoir soigneusement la logistique et demeurer flexible, les vols étant moins fréquents vers les destinations isolées;
  • les communications peuvent être plus difficiles en raison d’un accès Internet limité;
  • les petites collectivités disposent de moins de ressources et les prix sont souvent plus élevés, d’où l’importance de bien préparer son voyage.

Selon Jennifer McPherson, son agence utilise parfois Expedia TAAP et Viator pour réserver les hôtels et les excursions. Pour des voyages plus spécialisés, comme les safaris africains ou certains événements sportifs internationaux, elle collabore avec Goway, des DMC locaux ou des voyagistes régionaux.

 

Des destinations qui se suffisent à elles-mêmes

Christian Wolters, président d’Intrepid Travel Canada, souligne que le sondage Meaningful Travel Index, réalisé auprès de 2 000 Canadiens, révèle que :

  • 81 % souhaitent visiter des destinations peu présentes sur les réseaux sociaux;
  • 64 % préfèrent découvrir des trésors cachés plutôt que des lieux touristiques célèbres.

« Cette évolution est alimentée par de véritables expériences vécues. Plus de sept Canadiens sur dix (71 %) affirment que la sur-fréquentation des destinations populaires a déjà nui à leurs voyages. Mais il ne s’agit pas uniquement d’éviter les foules. Les voyageurs recherchent aussi le plaisir de la découverte. Ils veulent des endroits qui semblent authentiques, inattendus et réellement nouveaux, plutôt que de simplement cocher les destinations emblématiques de leur liste. »

Intrepid constate notamment une forte progression de l’intérêt pour l’Asie centrale, notamment l’Ouzbékistan, le Kazakhstan et le Kirghizistan, ainsi que pour l’Albanie, les Balkans et le nord du Vietnam.

 

Tirana, nouvelle porte d’entrée des Balkans

On a interrogé Transat sur son choix d’ajouter Tirana à son programme de l’été 2026. Les vols vers la capitale albanaise sont offerts au départ de Toronto jusqu’au 8 octobre.

« L’Albanie est devenue l’une des destinations touristiques européennes affichant la croissance la plus rapide », explique Sebastian Ponce, chef des revenus de Transat. « Le pays attire de plus en plus l’attention grâce à son littoral préservé, à son riche patrimoine culturel, à l’amélioration de ses infrastructures touristiques et à sa réputation d’alternative authentique à certaines destinations méditerranéennes plus établies. »

Entre 2019 et 2024, le trafic passagers à l’aéroport de Tirana a plus que triplé, ajoute-t-il. L’aéroport constitue également une excellente porte d’entrée vers les Balkans. Jusqu’au lancement des vols de Transat, Tirana était l’une des plus importantes destinations européennes qui n’était pas desservie sans escale depuis l’Amérique du Nord.

Pour Christian Wolters, il est toutefois important d’éviter de vendre ces destinations comme « la prochaine » version d’un autre pays. « L’Albanie n’est pas la nouvelle Croatie, pas plus que l’Ouzbékistan n’est la nouvelle Italie. Ces destinations possèdent leur propre identité. Les voyageurs recherchent de plus en plus des endroits qui racontent leur propre histoire. En aidant les clients à comprendre ce qui rend ces destinations uniques, on leur donne confiance pour réserver. »

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Légende de l’image d’en-tête : les Tobago Cays et l’île de Mayreau, à Saint-Vincent-et-les Grenadines.