• lundi le 21 juin, 2021

ENTREVUE : Jerry Dias d’Unifor s’exprime sur les priorités post-budgétaires

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20 avril 2021 – Selon Jerry Dias, président national d’Unifor, la révision du CUGE, des tests de dépistage rapide et de l’aide pour les pilotes canadiens sont des questions urgentes que le gouvernement fédéral doit régler à la suite de la présentation du budget hier.

S’adressant exclusivement à notre rédaction ce matin, Jerry Dias, le président national d’Unifor, qui représente environ 12 900 membres dans le secteur du transport aérien, a partagé ses réflexions sur le budget fédéral 2021, le premier du Canada en deux ans et présenté hier par la vice-première ministre et ministre des Finances Chrystia Freeland. Un total de 101,4 milliards de dollars de nouvelles dépenses sera utilisé pour soutenir le pays tout au long de la pandémie. Cependant, Chrystia Freeland n’a que très peu fait allusion à un soutien sectoriel spécifique pour l’industrie du transport aérien du Canada.

Selon Jerry Dias, cela ne devrait pas être une source d’inquiétude, car de nombreuses conversations ont lieu actuellement en arrière-plan.

« Si la question est de savoir si le gouvernement laisse l’industrie aérienne s’enliser, la réponse est non », dit-il. « La semaine dernière, bien sûr, a eu lieu l’annonce de 5,8 milliards de dollars à Air Canada et je sais que des conversations ont lieu en ce moment même avec WestJet ». Sunwing a également accédé au programme CUGE (Crédit d’urgence pour les grands employeurs) et un accord avec NavCanada, (représentant le contrôle du trafic aérien, l’information de vol et les services aéronautiques) a été conclu la semaine dernière, qui comprend une solution partielle pour annuler les mises à pied et rouvrir les bureaux dans les communautés éloignées.

« Je sais que tout cela se passe en arrière-plan, mais il y a encore des choses dont nous devons nous assurer qu’elles se produisent », déclare Jerry Dias. « Je suis optimiste quant à l’avenir – le transport de marchandise, bien sûr, est solide et le restera. Mais le transport de passagers va connaître des difficultés pendant des années, et c’est la réalité d’aujourd’hui. »

Voici l’intégralité de notre entretien avec Jerry Dias :

Que peut-on faire de plus pour les compagnies aériennes du Canada ?

La question d’Air Canada est résolue, mais nous devons encore travailler avec Sunwing, qui, je le sais, a accédé au programme CUGE du gouvernement. Mais je persiste à dire que le programme CUGE est un désastre. Vous pouvez obtenir de meilleurs taux d’intérêt auprès d’un usurier qu’auprès du gouvernement fédéral par le biais de ce programme, qui, je crois, commence à 5 % puis passe à 8 % puis 10 % puis 12 % et 14 %. C’est scandaleux.

D’après l’annonce d’Air Canada avec le gouvernement fédéral, les taux d’intérêt étaient de 1,2 % au minimum. Je dirais que la majorité de l’argent sera probablement prêtée entre 2,2 % et 2,9 %. Nous savons donc déjà que le gouvernement a abaissé les taux d’intérêt pour l’industrie par rapport à ceux offerts précédemment dans le cadre du CUGE. J’imagine que s’ils peuvent offrir ces taux d’intérêt à Air Canada, il n’y a aucune raison pour qu’ils ne puissent pas le faire pour WestJet, Sunwing, Flair et d’autres.

L’annonce d’Air Canada a été faite avant le budget, ce qui, pour moi, indique que le gouvernement va trouver des solutions spécifiques à chaque compagnie dans l’industrie du transport aérien.

De nombreux membres d’Unifor sont des pilotes. Que fait le gouvernement fédéral pour eux en particulier ?

Une chose que le budget ne prévoit pas est ce qu’il faut faire pour les pilotes qui sont en train de perdre leur certification. Les pilotes doivent effectuer trois atterrissages et décollages tous les 90 jours pour conserver leur certification. Nous devons nous assurer qu’il y a de l’argent pour la formation afin que les travailleurs soient prêts à décoller.

Qu’en est-il des femmes ? Une grande partie de l’industrie canadienne du voyage est composée de femmes – comment le nouveau budget les aide-t-il ?

La majorité des membres que je représente dans le secteur du transport aérien sont des femmes. Alors que les pilotes et la maintenance sont majoritairement des hommes, les agents de vente et de service à la clientèle sont majoritairement composés de femmes. Les agents de bord aussi – 70 % de mes membres qui travaillent à Air Canada sont des femmes.

Je soutiendrai que le nouveau plan national de garde d’enfants de 30 milliards de dollars du gouvernement fédéral sera la plus grande chose qu’il puisse faire pour les femmes qui travaillent et mes membres dans l’industrie. L’industrie du transport aérien est une entreprise qui fonctionne 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et qui est principalement composée de femmes.

Quels sont les changements positifs du budget fédéral qui aideront l’industrie du transport aérien ?

L’un des éléments clés du nouveau budget est la prolongation du programme Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC), ce qui est énorme pour l’industrie.

L’autre élément clé est l’engagement à l’égard de la conversion des contrats, car les travailleurs des aéroports sont ceux qui se font le plus berner par cette pratique. Par exemple, l’Autorité aéroportuaire du Grand Toronto (GTAA) attribue un contrat d’une entreprise à une autre parce que cette dernière fait une offre inférieure à celle du prestataire qui avait le travail auparavant. Le prestataire qui obtient maintenant le travail engage les employés de l’ancien prestataire parce qu’ils sont formés, mais il les paie moins. Ce phénomène est endémique dans les aéroports du pays. Ce que le gouvernement fédéral dit maintenant, c’est que si le contrat change, vous ne pouvez pas réduire les salaires des travailleurs. Je soutiens que cela aura un impact sur des dizaines de milliers de travailleurs à travers le pays, des bagagistes à ceux qui travaillent dans les parkings. Nous faisons pression en ce sens depuis des années.

Quelles sont les prochaines étapes nécessaires pour aider les compagnies aériennes dans leur redressement ?

La situation des compagnies aériennes est désastreuse. En fin de compte, si l’on en croit les analystes, les difficultés du secteur aérien vont se prolonger pendant encore quatre à cinq ans. Le seul moyen de retrouver un semblant de normalité sera la vaccination.

Par ailleurs, nous n’avons toujours pas de véritable stratégie globale en ce qui concerne les voyages aériens. S’agira-t-il d’une preuve de vaccination avant de monter dans un avion, ou d’un test rapide avant l’embarquement, ou encore d’un nouveau test à la sortie de l’avion ? Je pense que nous avons besoin de toutes ces choses. Il devrait y avoir une preuve de vaccination et nous avons besoin de tests rapides. En ce qui concerne les avancées technologiques, nous sommes mieux lotis aujourd’hui qu’il y a un an. Nous disposons désormais de tests qui vous permettent de savoir en dix minutes si vous êtes positif ou négatif. Nous devons vraiment mettre de l’ordre dans les aéroports en ce qui concerne les tests rapides.

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