Spirit Airlines s’effondre

La compagnie aérienne dit ne pas pouvoir suivre la hausse des prix du pétrole et dépose son bilan, laissant en plan des milliers de passagers.


Le transporteur états-unien Spirit Airlines, qui a secoué l’industrie avec ses publicités irrévérencieuses et ses tarifs ultraréduits, a annoncé samedi qu’il cessait ses activités après 34 ans.

La compagnie aérienne à très bas tarifs (ultra low-cost), qui exploitait autrefois des centaines de vols quotidiens avec ses avions jaune vif et qui employait environ 17 000 personnes, a indiqué avoir « commencé une liquidation ordonnée de ses opérations, avec effet immédiat ».

Bien que Spirit ait déjà fait faillite à deux reprises, la compagnie aérienne a indiqué que la flambée des prix du pétrole, alimentée par la guerre en Iran, rendait impossible la poursuite de ses activités.

L’entreprise a annoncé sur son site web que tous les vols étaient annulés et que le service à la clientèle n’était plus assuré. Certains passagers arrivés samedi ont été stupéfaits de découvrir l’annulation de leur vol, tandis que les employés ont appris durant la nuit qu’ils perdaient leur emploi.

« Nous sommes fiers de l’impact de notre modèle ultra-économique sur l’industrie au cours des 34 dernières années et nous espérions continuer à servir nos passagers pendant de nombreuses années », a indiqué Spirit dans son communiqué.

 

Un fonds de réserve disponible

Le secrétaire américain aux Transports, Sean Duffy, a déclaré samedi que Spirit disposait d’un fonds de réserve destiné à rembourser les clients ayant acheté leurs billets directement auprès de la compagnie. Ceux qui sont passés par des vendeurs tiers, comme des agences de voyages, devront s’adresser à ces intermédiaires pour obtenir un remboursement.

Sean Duffy a ajouté que United, Delta, JetBlue et Southwest offraient des vols à 200 dollars l’aller simple aux voyageurs pouvant présenter un numéro de réservation Spirit et une preuve d’achat, pour une durée limitée. D’autres compagnies aideraient également les employés de Spirit potentiellement bloqués et leur accorderaient une procédure de candidature prioritaire pour de futurs emplois.

Spirit a déclaré dans un communiqué qu’elle s’efforçait de rapatrier plus de 1 300 membres d’équipage vers leurs bases et que son dernier vol avait atterri à l’aéroport international de Dallas Fort Worth en provenance de l’aéroport métropolitain de Detroit.

La compagnie a informé ses clients qu’ils recevraient un remboursement, mais qu’il n’y aurait aucune aide pour réserver un voyage sur d’autres transporteurs.

 

Trump à la rescousse?

L’administration Trump avait envisagé un sauvetage public pour éviter la faillite de l’entreprise à court de liquidités, mais aucun accord n’a été conclu. À propos de cette éventualité, Sean Duffy a déclaré samedi que « on n’a pas souvent 500 millions de dollars qui traînent. »

Encore vendredi après-midi, Trump affirmait que son administration avait remis au transporteur une « proposition finale » pour une prise de contrôle financée par les contribuables.

Spirit se vantait de bousculer le secteur aérien grâce à ses vols sans fioritures, ses tarifs imbattables et ses campagnes publicitaires provocatrices, comme son slogan « Check Out the Oil on Our Beaches » après la marée noire de Deepwater Horizon en 2010, un clin d’œil à l’huile bronzante qui faisait allusion au pétrole brut échoué sur les côtes du golfe du Mexique.

Cependant, Spirit a éprouvé de graves difficultés financières depuis la pandémie, alourdie par la hausse des coûts d’exploitation et une dette croissante. Lorsqu’elle s’est placée sous la protection du chapitre 11 en novembre 2024, la compagnie avait perdu plus de 2,5 milliards de dollars depuis 2020.

Le transporteur s’est de nouveau placé sous la protection de la loi sur les faillites en août 2025, déclarant 8,1 milliards de dollars de dettes pour 8,6 milliards d’actifs, selon les documents judiciaires.

 

Biden et Trump pointés du doigt

La Maison-Blanche a imputé à l’administration du président Joe Biden la situation financière fragile de Spirit. Biden, démocrate, s’était opposé à une fusion proposée entre Spirit et JetBlue en 2023. Samedi, des responsables de l’administration Trump ont utilisé les réseaux sociaux pour relayer les critiques conservatrices accusant Biden d’être responsable de la chute de Spirit.

Samedi, Sean Duffy a également blâmé Biden et son prédécesseur Pete Buttigieg. « Beaucoup disaient à l’époque que ce serait un désastre. Cette fusion aurait dû être autorisée, » a-t-il déclaré.

Tad DeHaven, analyste de politiques publiques au Cato Institute, un groupe de réflexion libertarien, estime que l’administration Trump porte aussi une part de responsabilité, jugeant que la crise actuelle est le résultat d’une série de mauvaises décisions plutôt qu’une seule. Il a particulièrement pointé la décision de Trump de frapper l’Iran, qualifiée de « mauvaise politique étrangère », affirmant que le conflit avait fait grimper les prix du carburéacteur et les coûts d’exploitation de Spirit.

« Ils étaient déjà en difficulté, » a-t-il ajouté, décrivant la situation comme « un effet cumulatif des politiques publiques. »

 

Vegas et la Floride touchés

Les partisans d’un sauvetage, notamment les syndicats représentant les pilotes, agents de bord et employés de piste de Spirit, ont souligné qu’un effondrement mettrait des milliers d’États-Uniens au chômage et nuirait aux consommateurs en réduisant la concurrence et en augmentant les tarifs. Environ 17 000 emplois pourraient être affectés, selon l’avocat de Spirit, Marshall Huebner.

Les voyageurs soucieux de leur budget et les adeptes de vacances de loisir seraient les plus touchés, surtout dans les régions où Spirit était très présente, comme Las Vegas et les villes floridiennes de Fort Lauderdale et Orlando.

Spirit Airlines a transporté environ 1,7 million de passagers intérieurs en février, soit environ un demi-million de moins qu’un an plus tôt, selon la société d’analyse Cirium. Spirit a également fortement réduit sa capacité, avec environ deux fois moins de sièges disponibles ce mois-ci qu’en mai 2024.

Avec les informations de Aamer Madhani, Rio Yamat, Jeff Amy et Mike Catalini, AP.

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Légende de la photo principale : Des passagers font la queue au Terminal 3 pour embarquer sur des vols JetBlue à l’aéroport international de Fort Lauderdale-Hollywood, le 2 mai 2026 — CRÉDIT Mike Stocker/South Florida Sun- Sentinel via AP