Le coût du carburant bouleverse les projets de voyage des Canadiens

Les compagnies aériennes canadiennes consolident des vols et ajoutent des suppléments carburant, entraînant billets plus chers et incertitude quant à savoir si leur avion décollera ou pas.


Avec des billets d’avion de plus en plus coûteux et un risque accru d’annulations, les experts en assurance conseillent aux voyageurs qui ont des projets pour l’été de rester vigilants.

Les transporteurs continuent de composer avec des coûts de carburéacteur vertigineux, conséquence de la fermeture persistante du détroit d’Ormuz, ce qui a fait flamber les prix du pétrole à l’échelle mondiale depuis la fin février.

Comme les transporteurs internationaux, les compagnies aériennes canadiennes ont consolidé certains vols et ajouté des suppléments carburant, laissant les clients avec des billets plus chers et davantage d’incertitude quant au maintien des vols.

 

Un risque désormais connu

Mais cette situation est désormais considérée comme un « événement connu » par la plupart des assureurs voyage, ce qui complique la tâche des clients cherchant à se protéger contre des pertes financières — sans parler de la déception — si leurs plans sont bouleversés.

« Le prix du billet devrait être le moindre des soucis des voyageurs », estime Martin Firestone, président de la firme torontoise Travel Secure Inc., en précisant qu’une compagnie aérienne est tenue de rembourser ses passagers si leur vol est annulé.

« Mais ça ne sert à rien si vous devez attraper une croisière, ou si vous devez vous rendre à un tour privé que vous avez réservé et payé sans remboursement possible. »

Martin Firestone indique que plusieurs assureurs réputés ont choisi d’exclure de leur couverture les perturbations liées aux pénuries de carburant, dès la mi-avril ou la fin avril.

Toute personne n’ayant pas encore acheté une assurance annulation/interruption avant ces dates ne sera pas couverte si ses plans tombent à l’eau pour cette raison.

 

Des assureurs qui se protègent


La compagnie canadienne Tugo mentionne ainsi le 22 avril comme date limite sur son site web, précisant que si un client n’a pas acheté la couverture annulation/interruption avant cette date, ou s’il avait déjà une police mais réservé son voyage après le 22 avril, celle-ci ne s’appliquera pas pour les réclamations liées à la crise du carburéacteur.

Manuvie a publié une déclaration similaire le 5 mai, indiquant que les polices achetées à partir de cette date ne couvriront pas les réclamations « liées à la situation actuelle… puisqu’il s’agit désormais d’un événement connu ».

« Ils se sont protégés, et ils ont raison, car cela pourrait représenter une quantité énorme de réclamations », considère Martin Firestone.

 

Les hoquets du transport aérien

Avec les transporteurs qui continuent d’annoncer des changements à leurs routes prévues, il affirme recevoir quotidiennement une vague d’appels de clients inquiets pour leurs voyages estivaux. « Ça arrive, dit-il. La question, c’est à quel point ce sera grave et dans quelle mesure cela affectera les vacances des gens. »

« Il faut se laisser beaucoup plus de marge que jamais auparavant, parce qu’il est impossible de tout synchroniser parfaitement, ajoute-t-il. Il y a trop de facteurs en jeu et on ne sait pas ce qui s’en vient. »

Plus tôt ce mois-ci, Air Canada a annoncé qu’elle suspendrait plus tôt que prévu quatre liaisons saisonnières vers des destinations états-uniennes comme Sacramento, Raleigh, Charleston et Austin pour l’été. Cela faisait suite à l’annonce, en avril, de hausses des frais de bagages et de la suspension d’une demi-douzaine de routes, l’entreprise invoquant des coûts du carburant rendant ces liaisons non rentables.

Également en avril, la société mère d’Air Transat a annoncé une réduction de capacité de 6 % de mai à octobre, soit environ 1 000 vols supprimés, en raison des chocs énergétiques liés à la guerre au Moyen-Orient. WestJet, de son côté, a réduit sa capacité d’environ six pour cent en juin.

 

Suppléments et hausse des tarifs

La plupart des compagnies aériennes canadiennes ont ajouté des suppléments carburant aux forfaits vacances ou aux réservations effectuées via les points de fidélité.

Elles ont aussi augmenté les tarifs d’environ 5 % en moyenne en mars par rapport au mois précédent, selon Statistique Canada. L’agence fédérale indique que les tarifs aériens ont reculé de 3,6 pour cent en avril, un mois généralement plus faible pour la demande.

Cependant, les prix plus élevés associés aux hausses du carburant n’apparaissent pas encore dans les données d’inflation d’avril, car les transactions sont comptabilisées lorsque le vol est effectué, et non lors de l’achat du billet, explique Andrew Grantham, économiste principal à la CIBC. Il s’attend à ce que ces pressions se reflètent davantage dans les données d’inflation estivales.

Si un supplément carburant n’a pas encore été ajouté à une liaison donnée, il est probable que la compagnie aérienne envisage sérieusement de le faire prochainement, indique Will McAleer, porte-parole de l’Association canadienne de l’assurance voyage.

« Je dirais qu’il vaut mieux réserver plus tôt que plus tard », dit-il.

 

Une année difficile

Il décrit une année difficile pour le secteur du voyage, les récents événements mondiaux provoquant des turbulences dans des endroits comme Cuba, le Venezuela et le Mexique, ainsi qu’au Moyen-Orient.

Il indique aussi que les habitudes de voyage ont changé de manière significative dans ce « monde de perturbations », et que les Canadiens devraient être prudents lorsqu’ils réservent des voyages, sachant que d’autres bouleversements pourraient survenir.

Cela signifie magasiner les assurances, car certains fournisseurs n’ont peut-être pas encore classé la pénurie de carburant comme un « événement connu » pour les exclusions, et rester flexibles au cas où les plans changeraient au dernier moment.

Will McAleer affirme que la majorité des voyages des vacanciers devraient se dérouler sans interruption cet été, mais qu’il vaut mieux réduire les risques autant que possible à l’avance.

« Ce que nous avons observé jusqu’à présent, c’est que la majorité des annulations concerneront probablement les vols court-courriers, dans des endroits comme l’Europe et l’Asie, croit-il. Donc, si un passager a plusieurs correspondances, c’est certainement quelque chose que je surveillerais, et je prendrais une couverture pour un voyage cet été. »

 

Patience et longueur de temps…

Pour sa part, Martin Firestone indique que son conseil aux clients est de « s’armer de patience ». Il explique qu’il est difficile pour l’industrie de prédire quand ou si la situation avec l’Iran s’améliorera, et combien de temps il pourrait falloir pour que les prix du pétrole redescendent ensuite.

« Pour le monde du voyage, la route s’annonce très cahoteuse, dit-il. Qu’un vol soit complètement annulé, retardé ou reprogrammé, c’est ce qui demeure incertain pour l’instant. Ce sont des temps très turbulents pour l’industrie du voyage, et il n’y a aucune lumière immédiate au bout de ce tunnel. »

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Image à la une: Des voyageurs passent devant les portes d’embarquement d’Air Canada à l’aéroport international Pearson de Toronto, le 18 avril 2025 — CRÉDIT La Presse canadienne /Sammy Kogan