Les coolcations gagnent en popularité alors que la planète se réchauffe

L’épisode de canicule qui traverse la France donne un avant-goût de ce qui nous attend peut-être cet été en Europe. Mais certains voyageurs s’adaptent déjà.


Sarah Marcucci était certaine qu’elle détesterait Yellowknife, surtout après que les températures étaient tombées à un incroyable –40 °C.

Mais un truc étrange s’est produit lors de la visite de la responsable des communications de G Adventures, il y a quelques années : elle a fini par vivre l’une des expériences les plus transformatrices de sa vie… grâce au froid.

« Ça n’a absolument rien enlevé à mon voyage; au contraire, ça a ajouté une toute nouvelle couche de découverte et une façon unique de me connecter au monde, dit-elle. Voir les aurores boréales dans cet environnement a été pour moi ce moment de révélation. »

 

Des voyages rafraîchissants

Ce n’est plus seulement un mot à la mode : ces coolcations gagnent en popularité à mesure que les voyageurs troquent les plages brûlantes pour de l’air frais, moins de foules et des expériences immersives.

Selon de nouvelles données de Trip.com Group, les recherches de destinations plus fraîches ont augmenté de 74 % d’une année sur l’autre, depuis le début de 2026, et ce chiffre devrait grimper encore davantage pendant les mois d’été, après une hausse de 237 % des recherches entre juin et août l’an dernier, comparé à 2024.

Ce changement survient alors que les préoccupations climatiques s’intensifient et que des épisodes de canicule commencent déjà à se manifester, à commencer par la France, cette semaine.

Le pire est peut-être à venir : des experts prévoient que 2026 sera l’une des années les plus chaudes jamais enregistrées. En conséquence, les voyageurs repensent quand et où ils voyagent — et pourquoi.

 

Demande en hausse pour la fraîcheur

Les données de Trip.com montrent une forte croissance de l’intérêt pour des destinations européennes plus tempérées comme l’Islande, la Norvège, la Slovénie, la Suisse et le pays de Galles. L’Islande à elle seule a enregistré une hausse de 85 % des recherches de vols estivaux à l’échelle mondiale.

La tendance dépasse l’Europe : des destinations asiatiques comme la Mongolie intérieure, Sapporo et le Yunnan gagnent aussi du terrain, offrant des températures estivales plus douces et des paysages superbes. Les voyagistes constatent des tendances similaires dans les réservations.

« L’intérêt est clairement en hausse, constate Renee Stanton-Defaria, directrice des ventes chez Goway. La chaleur extrême peut vraiment nuire à votre expérience de voyage, et souvent ces températures très élevées coïncident avec la haute saison et les foules. »

Elle note que les voyageurs canadiens sont de plus en plus ouverts à ajuster la destination et la période de voyage. « En Europe, ce sont les pays du Nord en été ou les pays du Sud hors saison, dit-elle. Et pour de vraies coolcations, l’Europe en hiver est fantastique. Nous voyons une demande accrue pour les festivals d’hiver et les événements spéciaux. »

Sarah Marcucci partage aussi cette observation, en soulignant que des destinations comme l’Islande et les îles écossaises gagnent en popularité pour leurs paysages « d’un autre monde ». Mais la vraie vedette du moment, c’est l’Arctique, qui connaît une forte demande depuis que G Adventures a annoncé l’été dernier son très attendu retour dans la région.

« La réponse a été incroyable, dit Mme Marcucci. Difficile de nier la puissance transformative d’une sortie en zodiac face à un glacier ou de l’observation d’un ours polaire dans la nature. C’est parfaitement aligné avec cette quête d’émerveillement. »

 

L’attrait des voyages hors saison et en demi-saison

Au-delà du choix de la destination, la période de voyage devient tout aussi importante.

« En Australie, nous voyons plus de gens voyager hors saison, explique Mme Stanton-Defaria. On obtient des températures plus fraîches dans des villes comme Sydney et Melbourne, moins de foules et encore beaucoup de soleil. En même temps, les voyageurs peuvent se diriger vers le nord, vers des endroits comme la Grande Barrière de corail où l’eau reste chaude. »

Elle ajoute que des destinations comme le Japon et la Corée du Sud deviennent des options véritables toute l’année, portées par une demande soutenue à travers les saisons.

Mme Marcucci observe une tendance similaire pour les destinations classiques durant des périodes non traditionnelles.

« Un bon exemple est notre voyage Local Living Amalfi Coast, pour lequel nous avons ajouté un départ hivernal. En misant sur des températures légèrement plus fraîches, nous pouvons offrir une version de la côte amalfitaine que la plupart des gens ne voient jamais, avec moins de foules et une ambiance locale bien plus authentique », dit-elle.

 

Un changement d’état d’esprit chez les voyageurs

Pour les voyageurs canadiens, le mouvement vers des destinations plus fraîches ne se résume pas seulement à échapper à la chaleur.

« On voit clairement un changement, mais il est motivé par quelque chose de beaucoup plus profond que la simple hausse du thermomètre, observe Mme Marcucci. Les voyageurs recherchent une révélation, pas seulement une pause. »

Cette distinction est essentielle. Bien que les vacances au soleil restent attrayantes, Sarah Marcucci affirme que de plus en plus de Canadiens recherchent des expériences qui contrastent fortement avec leur quotidien.

« Pour les Canadiens, cela peut vouloir dire troquer la chaleur accablante de 40 °C d’une plage méditerranéenne contre l’air vif et régénérant de l’Arctique ou des îles écossaises, dit-elle. Il s’agit moins d’échapper à la chaleur que de courir après un sentiment d’émerveillement dans des paysages qui paraissent sauvages et nouveaux. »

Elle ajoute que ces destinations offrent souvent l’avantage d’être moins fréquentées, permettant aux voyageurs de privilégier la découverte plutôt que la détente. « Nous voyons des gens choisir l’euphorie de la marche sur un glacier ou l’exploration d’un village côtier isolé plutôt que la relaxation passive d’un complexe balnéaire classique. »

 

Aventure douce et responsabilité

Un autre facteur qui alimente la tendance des coolcations est la montée de « l’aventure douce », un style de voyage qui allie activité physique légère et immersion culturelle.

« Partout, l’aventure douce est une tendance en croissance, et elle s’accorde particulièrement bien avec les coolcations, explique Mme Stanton-Defaria. Des niveaux d’activité modérés sont tout simplement plus agréables par temps plus frais. »

La sensibilité environnementale joue également un rôle. Les données de Trip.com montrent ainsi que près de la moitié des voyageurs accordent désormais la priorité à la protection de l’environnement, tandis que plus d’un tiers valorisent la préservation culturelle, signe d’une évolution vers un tourisme plus responsable.

 

Une tendance faite pour durer?

Même si les coolcations peuvent sembler une mode passagère, les experts du secteur estiment qu’elles sont là pour rester.

« À mesure que le tourisme continue de prospérer, les Canadiens élargissent et diversifient leurs styles de voyage, indique Renee Stanton-Defaria. Nous considérons les coolcations comme une tendance durable, alors que les voyageurs recherchent des expériences uniques et mémorables. »

Sarah Marcucci approuve, rappelant qu’elle n’a pas arrêté de recommander Yellowknife depuis son retour. « C’est exactement ainsi que cette tendance va perdurer, dit-elle. Elle repose sur le bouche-à-oreille de personnes qui ont réalisé qu’il n’est pas nécessaire d’avoir une plage tropicale pour trouver un véritable émerveillement. »

« À mesure que davantage de voyageurs échangeront la chaleur contre ces moments de découverte nets et vivifiants, les coolcations pourraient passer d’un mot à la mode saisonnier à une manière permanente d’explorer le monde », conclut-elle.