L’assurance voyage n’a sans doute jamais été aussi importante qu’aujourd’hui. Entre les tensions géopolitiques persistantes, la hausse des coûts de voyage et des prix du carburant aérien qui contribuent aux perturbations des vols et à la réduction de la capacité des compagnies aériennes, l’environnement du voyage est plus imprévisible que jamais.
Ajoutez à cela les phénomènes météorologiques extrêmes et l’évolution des exigences frontalières, et les risques de voyager sans protection sont de plus en plus difficiles à ignorer.
Pourtant, les voyageurs de la génération Z et les milléniaux, deux des segments les plus actifs et les plus axés sur les expériences, demeurent les moins enclins à souscrire une assurance voyage.
Selon Skyscanner, 52 % des voyageurs de la génération Z dans le monde effectuent au moins trois voyages d’agrément par année. Toutefois, des données d’Emergency Assistance Plus révèlent que près des deux tiers des millénariaux voyagent actuellement sans aucune couverture.
Pourquoi ces jeunes voyageurs choisissent-ils de ne pas protéger leur personne ni leur investissement voyage? Et comment les conseillers en voyages peuvent-ils mieux communiquer la valeur de l’assurance à une génération qui privilégie les expériences, la flexibilité et les voyages à petit budget?
Will McAleer, porte-parole de la Travel Health Insurance Association (THIA), a répondu à nos questions.
Une question de coût
Selon M. McAleer, le problème ne découle pas d’un manque d’intérêt pour la protection, mais plutôt d’un mélange de contraintes budgétaires, de biais d’optimisme et d’une mauvaise compréhension de ce que couvre réellement une assurance.
« Les jeunes Canadiens ne refusent généralement pas l’assurance voyage parce qu’ils sont téméraires, dit-il. Le plus souvent, cela s’explique par le coût, la confiance en soi et la confusion. » Plusieurs excellent ainsi dans l’art de respecter un budget et de dénicher des aubaines.
« De nombreux voyageurs de la génération Z et des milléniaux sont très habiles pour trouver des vols à bas prix, des hébergements alternatifs et des itinéraires flexibles, poursuit-il. Mais l’assurance est parfois perçue comme un supplément facultatif plutôt que comme une composante essentielle du coût du voyage. »
Des idées fausses qui persistent
L’une des principales idées reçues est que la jeunesse et la bonne santé réduisent le besoin d’assurance.
« L’un des mythes les plus répandus est que l’assurance voyage est surtout destinée aux voyageurs plus âgés ou aux personnes ayant des problèmes de santé connus, explique M. McAleer. Chez les jeunes voyageurs, il existe souvent un sentiment du genre : “Je suis en bonne santé, je pars seulement quelques jours et rien de grave ne m’arrivera.” »
Or, souligne-t-il, les réclamations impliquant de jeunes voyageurs n’ont souvent aucun lien avec des maladies chroniques.
« Bon nombre des réclamations présentées par de jeunes voyageurs concernent plutôt des accidents, des intoxications alimentaires, des blessures en scooter ou en randonnée, des bagages perdus, des vols retardés, des correspondances manquées ou encore une urgence familiale qui oblige à annuler le voyage ou à rentrer plus tôt. »
Une autre erreur fréquente consiste à croire que la couverture provinciale de santé suffit. Celle-ci ne rembourse généralement qu’une faible partie des frais liés à une urgence médicale à l’extérieur de la province et n’offre aucune protection en cas de perturbation du voyage. De plus, plusieurs Canadiens présument qu’une assurance n’est pas nécessaire lorsqu’ils voyagent au Canada.
« Pourtant, les régimes provinciaux ne couvrent pas nécessairement tous les frais, précise Will McAleer. Ils ne prennent généralement pas en charge les risques plus larges liés au voyage, comme le transport de retour à domicile, les ambulances aériennes ou terrestres d’urgence, l’interruption de voyage ou la perte de bagages. »
Une exposition accrue aux risques
Paradoxalement, alors que les membres de la génération Z et les millénariaux sont parmi les moins susceptibles d’acheter une assurance voyage, ils voyagent souvent de manière à accroître la complexité de leurs déplacements et leur exposition aux risques.
« Les jeunes voyageurs recherchent avant tout des expériences, observe M. McAleer. Ils sont plus enclins à organiser leurs voyages autour d’aventures, de festivals, d’événements sportifs, de mariages à destination, d’itinéraires multi-villes, du télétravail, du sac à dos ou de destinations moins familières et plus imprévisibles. »
Ces styles de voyage, aussi attrayants soient-ils, comportent davantage de variables.
« Un itinéraire comportant plusieurs destinations, par exemple, multiplie les occasions de manquer une correspondance, de subir des retards de bagages, des changements d’horaire ou de faire face à un problème médical dans un endroit où le voyageur ne connaît pas le système de santé local. »
Même les activités les plus courantes comportent des risques.
« La randonnée, le vélo, le ski, le surf, la location de scooters ou les excursions en bateau peuvent entraîner des blessures nécessitant une évaluation médicale, un traitement ou un transport. »
Pour Will McAleer, l’un des aspects les plus importants, mais souvent négligés, de l’assurance voyage est l’assistance. « C’est là que les services d’assistance d’urgence et d’évacuation prennent toute leur importance, explique-t-il. L’assurance voyage n’est pas seulement un produit de remboursement. »
Recadrer le message
Pour les conseillers en voyages, Will McAleer estime qu’il faut passer d’un discours centré sur la vente d’un produit à un discours axé sur la protection de l’expérience.
« Vous investissez dans votre voyage, dit-il. L’assurance aide à protéger l’expérience, pas seulement la dépense. »
Il recommande également de recourir à des exemples concrets plutôt qu’à des messages abstraits sur les risques.
« Que se passe-t-il si vous vous cassez une cheville lors d’une randonnée au Costa Rica? Que faire si l’annulation d’un vol vous fait manquer la première nuit d’un itinéraire multi-villes? Ou si vous tombez malade avant un festival coûtant 3 000 $ ou un mariage à destination? »
L’important, selon lui, est de rendre le message pertinent. Après tout, l’objectif n’est pas simplement de vendre une assurance, mais d’aider le voyageur à prendre une décision éclairée.
« Pour les jeunes voyageurs, les conseillers devraient également mettre en avant des avantages concrets et immédiats : assistance d’urgence 24 heures sur 24, aide pour trouver des soins, interruption de voyage, retard de bagages, soutien en cas de correspondance manquée, couverture médicale d’urgence ainsi que l’évacuation ou le transport lorsque cela est médicalement nécessaire. »
Pourquoi s’assurer est-il plus important que jamais?
Le contexte du voyage n’est plus ce qu’il était, affirme Will McAleer. Il y a cinq ou dix ans, de nombreux voyageurs associaient principalement l’assurance voyage aux urgences médicales. Aujourd’hui, les tensions géopolitiques, les préoccupations sanitaires mondiales, les phénomènes météorologiques extrêmes et l’évolution des politiques frontalières rendent cette protection plus essentielle que jamais.
« Même lorsqu’un voyageur ne se rend pas dans une région à haut risque, les événements mondiaux peuvent quand même avoir des répercussions sur son voyage, dit-il. Une perturbation de l’approvisionnement en carburant ou un conflit régional peut entraîner le déroutement d’appareils, des annulations de vols, des temps de déplacement plus longs, des frais d’hôtel supplémentaires ou une disponibilité réduite. Des conditions météorologiques extrêmes peuvent fermer des aéroports ou retarder des croisières, tandis qu’un changement aux systèmes d’entrée ou aux exigences frontalières peut provoquer des correspondances manquées. »
Il convient également de noter que le coût du voyage, y compris les soins médicaux à l’étranger, les hôtels, les billets d’avion et les transports de dernière minute, a considérablement augmenté au cours des dernières années.
« Un voyageur qui se retrouve bloqué et doit modifier ses vols ou recevoir des soins médicaux peut faire face à des dépenses largement supérieures au coût initial de son voyage », ajoute Will McAleer.
Protéger sa capacité de voyager
Bien que l’assurance ne puisse pas empêcher les perturbations et qu’elle ne couvre pas toutes les situations, une police complète combinée à des services d’assistance d’urgence peut offrir aux voyageurs un accès à l’expertise, à la coordination des soins et à une protection financière au moment où ils en ont le plus besoin.
« Le message aux jeunes Canadiens est simple, conclut Will McAleer. L’assurance voyage ne consiste pas à s’attendre au pire. Elle consiste à protéger sa capacité de continuer à voyager, à se remettre des imprévus et à obtenir de l’aide lorsqu’on est loin de chez soi. »