Pour en finir avec les sargasses

Les conseillers en voyages estiment qu’il faut remettre les choses en perspective alors que le Mexique lance un plan de 115 M$ US contre les sargasses.


Comment venir à bout du problème des sargasses? Le Mexique investit 115 millions de dollars américains dans un vaste plan visant à débarrasser ses côtes caribéennes de ces immenses bancs d’algues brunes flottantes et pestilentielles.

Alors que certains conseillers en voyages constatent que des clients choisissent désormais d’autres destinations soleil, cette initiative arrive à point nommé.

La nouvelle stratégie mexicaine contre les sargasses comporte deux volets. La première phase prévoit un investissement immédiat de 44 millions de dollars afin de porter la capacité quotidienne de collecte à 1 870 tonnes.

Ce seul chiffre donne la mesure du problème. Pour y parvenir, le gouvernement déploiera deux grands remorqueurs, six navires spécialisés dans la collecte des sargasses (sargaceros) et quelque 50 kilomètres de barrières de confinement en mer.

La deuxième phase, prévue en 2027, consacrera le reste des fonds à l’expansion du réseau de capture en haute mer grâce à de grands navires spécialisés. L’objectif ultime du Mexique est de pouvoir retirer jusqu’à 4 000 tonnes de sargasses par jour.

 

Un problème répandu

Les sargasses ne constituent pas un phénomène nouveau au Mexique et le pays n’est pas le seul touché. La Barbade, la République dominicaine, la Guadeloupe, la Martinique, Anguilla ainsi que le sud-est de la Floride doivent également composer avec cette invasion.

Jadis principalement saisonnier, le phénomène atteignait son sommet durant l’été. Aujourd’hui, la saison peut s’étendre des premiers mois de l’année jusqu’à l’automne.

Il ne s’agit pas non plus du premier investissement du Mexique pour lutter contre ce fléau brun. Depuis des années, les voyageurs et l’industrie touristique voient les employés des complexes hôteliers ratisser et ramasser inlassablement les algues sur les plages. Or, l’été 2026 est l’un des pires jamais enregistrés.

 

Des milliards en coûts

Dans l’État du Quintana Roo, où se trouvent Cancún, Tulum et la Riviera Maya, la gouverneure Mara Lezama affirme que la lutte contre les sargasses coûte plus de 2 milliards de dollars par année, soit l’équivalent de 11 % du PIB de l’État. L’an dernier, elle avait également annoncé un projet d’usine destinée à transformer les énormes quantités de sargasses en biocarburant.

« Les efforts déployés jusqu’à présent ont été titanesques, mais nous devons en faire davantage pour empêcher les sargasses d’atteindre les plages », a déclaré la présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, lors de la présentation du Plan national d’atténuation des sargasses.

 

Un investissement qui en vaut la peine

Quelle que soit la somme investie, elle sera rentable. Le tourisme représente une industrie de plus de 30 milliards de dollars américains au Mexique. Or, la couverture médiatique consacrée aux sargasses et les images diffusées sur les réseaux sociaux peuvent nuire à l’ensemble du pays.

Comme le savent bien les professionnels du voyage, le vacancier moyen qui entend les mots « sargasses » et « Mexique » ne sortira pas une carte géographique pour distinguer la côte caraïbe de la côte Pacifique.

Sur les réseaux sociaux, des images de plages couvertes d’algues à perte de vue font rapidement le tour du monde.

 

La plage, cet élément déterminant

« Mes clients ont toujours exprimé des inquiétudes au sujet des sargasses dans la région de Cancún », explique Michelle Whalen, conseillère chez TTAND. Selon elle, les voyageurs connaissent désormais le problème et comptent sur leur conseiller pour obtenir une opinion éclairée. Que leur répond-elle?

« Je leur explique que les sargasses peuvent apparaître n’importe où, dit-elle. C’est la nature, et personne ne contrôle la nature. Certains préféreront réserver en République dominicaine. Je ne les détourne pas automatiquement de Cancún, mais je les invite à considérer certaines plages qui, traditionnellement, sont moins touchées par les sargasses. »

Pour les voyageurs qui privilégient davantage la piscine que la plage, le Mexique demeure souvent une excellente option, précise-t-elle. Toutefois, « même depuis la piscine, il est parfois possible de voir et de sentir les amas de sargasses, précis la conseillère. Et il est difficile de ne pas avoir une pensée pour les employés qui passent leurs journées à les pelleter, souvent à la main. »

« Pour beaucoup de clients, la plage est un élément déterminant, ajoute la conseillère. Ils choisiront donc plus souvent la République dominicaine ou la Jamaïque. Je suis heureuse de leur recommander ces destinations, mais je leur rappelle toujours qu’ils pourraient également y rencontrer des sargasses », ajoute Michelle Whalen.

Pour sa part, Angela Landry, conseillère chez Trevello, adopte également une approche axée sur le respect de la nature.

« La nature mérite d’être respectée et de suivre son cours, affirme-t-elle. Les clients me posent parfois des questions sur les algues, et je leur réponds toujours avec franchise. Je leur explique que l’océan est un écosystème vivant et que les variations, y compris les périodes où les algues sont plus abondantes, font naturellement partie de cet environnement. »

Selon elle, les sargasses ne constituent généralement pas le facteur décisif dans le choix d’une destination ou d’un hôtel.

« Beaucoup de mes clients passent de toute façon l’essentiel de leurs vacances autour de la piscine, explique-t-elle. Les gens connaissent le phénomène grâce à la couverture médiatique et me demandent parfois conseil. Dans ces cas-là, je leur fournis des informations factuelles et je les aide à établir des attentes réalistes. »

 

Faire la différence entre le signal et le bruit

Pour Stephen Pike, de TravRisk Institute Inc., la situation des sargasses et le traitement médiatique qui en est fait peuvent se résumer à une distinction entre le signal et le bruit.

« Le signal représente le véritable problème que les voyageurs doivent comprendre, dit-il. Le bruit correspond au flot de commentaires qui donne souvent l’impression que la situation est plus grave, plus étendue ou plus prévisible qu’elle ne l’est réellement. »

Selon lui, « les voyageurs d’aujourd’hui se noient dans l’information et meurent d’incertitude. Le problème n’est pas le manque d’information, mais la difficulté à l’interpréter correctement. Les sargasses constituent un véritable enjeu. Elles peuvent affecter la qualité des plages, provoquer des odeurs désagréables, perturber les écosystèmes marins et, dans certaines circonstances, poser des risques pour la santé. En revanche, les manchettes et les réseaux sociaux donnent parfois l’impression qu’une destination entière est devenue impraticable, alors que la réalité est souvent beaucoup plus localisée, saisonnière et évolutive. »

C’est précisément dans ce type de situation que les conseillers en voyages démontrent toute leur valeur, ajoute-t-il.

 

La valeur des conseillers

« Cela confirme l’évolution du rôle du conseiller, poursuit M. Pike. Les clients peuvent trouver une quantité illimitée d’informations en ligne en quelques secondes. En revanche, ils trouvent beaucoup plus difficilement le contexte, le jugement et la perspective. La valeur du conseiller ne réside plus seulement dans la transmission d’information, mais dans sa capacité à aider les voyageurs à distinguer ce qui est vraiment important, ce qui l’est moins et à prendre des décisions éclairées en toute confiance. »

Stephen Pike considère également encourageant l’investissement du Mexique dans cette lutte. « Il reste à voir si toutes les composantes de cette initiative porteront leurs fruits, mais il est positif de constater que le pays traite désormais les sargasses comme un problème qu’il faut gérer activement, plutôt que de simplement y réagir. »

En définitive, conclut-il, un bon conseiller en voyages ne cherche ni à minimiser les risques ni à les amplifier. « Son rôle consiste à faire la distinction entre le signal et le bruit, afin que les voyageurs puissent profiter de leurs vacances avec des attentes réalistes et en toute confiance. »