Voyages aux États-Unis : que faire pour redémarrer la machine?

Robin Wiebe, de Signal49, s’entretient avec nous au sujet de l’avenir des voyages des Canadiens vers les États-Unis.


Avec toutes les récentes déclarations à l’emporte-pièce de Trump, mais aussi ses mensonges, son attitude arrogante et l’imposition de tarifs inacceptables malgré une Cour suprême qui en a invalidé de semblables, précédement, qui a encore envie d’aller voyager aux États-Unis – hormis ceux qui doivent s’y rendre par obligation?

De fait, le retour des Canadiens aux États-Unis pourrait être plus long que beaucoup ne l’avaient prévu.

Plus de deux ans après le début du recul des voyages canadiens vers les États-Unis, la tendance montre peu de signes d’un renversement complet. La guerre commerciale entre les deux pays s’est intensifiée cette semaine, le président Trump menaçant d’imposer de nouveaux droits de douane de 50 % sur les véhicules, les pièces automobiles et l’acier canadiens, après que le premier ministre Carney eut mis fin aux négociations commerciales vendredi dernier.

Mark Carney, qui a déclaré que les exigences de Trump visaient à « détruire nos principales industries », devrait annoncer aujourd’hui, 25 août, des tarifs de représailles contre les États-Unis.

 

Tensions, attention!

Ces tensions prolongées dans les relations canado-américaines continuent d’influencer les habitudes de voyage. De nombreux Canadiens privilégient l’Europe et d’autres destinations internationales plutôt que les États-Unis, notamment par solidarité.

Selon le plus récent rapport Industry Lens – Air Transportation de Signal49, le nombre de Canadiens revenant par avion des États-Unis a diminué d’une année sur l’autre pendant 32 mois consécutifs, jusqu’en avril 2026. Les États-Unis représentaient en moyenne 35,5 % des retours par avion de Canadiens provenant de l’étranger, bien en deçà de la moyenne de 42,5 % enregistrée au cours des dix dernières années.

Pour Robin Wiebe, économiste en chef chez Signal49 Research, cette évolution devrait se poursuivre pendant un certain temps.

« Les Canadiens semblent certainement mécontents des États-Unis actuellement, et beaucoup affirment apparemment qu’ils n’achèteront plus jamais leurs produits, y compris leurs offres touristiques, explique Robin Wiebe. Cette situation devrait vraisemblablement persister pendant au moins quelques années. »

 

Les sources de la réticence

Selon Robin Wiebe, le principal obstacle n’est ni le prix des billets d’avion ni le marketing, mais plutôt la relation générale entre les deux pays.

À la question de savoir ce qu’il faudrait pour que les Canadiens retournent massivement aux États-Unis, il pointe d’abord la politique.

« De nouveaux dirigeants et de nouvelles politiques seraient les facteurs les plus importants », affirme-t-il, ajoutant que les campagnes de marketing, les incitatifs et le rétablissement de la capacité aérienne pourraient aider, mais joueraient « un rôle de soutien ».

Ses perspectives laissent également entendre que le changement actuel est important, sans nécessairement être permanent.

« “Permanente” est une longue période », souligne Wiebe. « Des changements à la présidence pourraient éventuellement contribuer à améliorer l’attitude des Canadiens. »

 

Des promos pour inverser la tendance?

Face aux agissements en dents de scie de Trump, les destinations états-uniennes ne sont pas restées les bras croisés.

Au cours des deux dernières années, plusieurs États et villes ont ainsi lancé des promotions ciblant spécifiquement les Canadiens, en proposant des rabais, des forfaits spéciaux et des campagnes visant à les inciter à revenir. Mais Wiebe estime que les résultats demeurent modestes.

« Nous constatons un succès limité », dit-il, faisant référence à des reportages récents et aux données de Statistique Canada, qui illustrent l’ampleur du recul depuis 2024 ainsi qu’une reprise seulement graduelle.

Autrement dit, les rabais ne suffisent pas à eux seuls à surmonter les préoccupations plus larges qui influencent les décisions des voyageurs.

 

Une reprise qui se fera attendre

Si les Canadiens recommencent à se rendre aux États-Unis en plus grand nombre, le rythme de la reprise dépendra de bien plus que de la situation politique. Les conditions économiques demeurent aussi un élément important de l’équation.

Le rapport de Signal49 souligne que la demande globale en matière de voyages continue de subir les effets d’une économie canadienne au ralenti, d’un marché de l’emploi stagnant et d’une confiance des consommateurs plus faible, même si les voyageurs sont devenus quelque peu moins préoccupés par l’incertitude mondiale.

Quelque 70 % des répondants au sondage prévoyaient toujours effectuer un voyage d’agrément cet été, tandis que la proportion de ceux qui envisageaient un voyage international est passée à 29 %, comparativement à 25 % un an plus tôt.

Selon Robin Wiebe, ces facteurs économiques auront une forte influence sur la rapidité avec laquelle les voyages vers les États-Unis reprendront. « Une économie fragile et un marché de l’emploi peu vigoureux pourraient nuire aux voyages vers toutes les destinations, y compris les États-Unis », explique-t-il.

« Un nouveau président affichant une attitude similaire à celle du président actuel à l’égard du Canada constituerait également un obstacle aux voyages, poursuit l’expert. Dans ces circonstances, les voyages vers les États-Unis reprendraient lentement. »

À l’inverse, conclut-il, « une économie solide et un président favorable au Canada pourraient favoriser une reprise relativement rapide des voyages vers les États-Unis ».