Les dépenses d’Air Canada en carburant pour les neuf premiers mois de 2026 ont dépassé les 5 milliards de dollars, comparativement à 3,5 milliards de dollars pour la même période en 2025.
La flambée des prix du carburant a contraint Air Canada à réduire de plusieurs centaines de millions de dollars ses prévisions de bénéfices pour l’année, au terme d’un trimestre mouvementé durant lequel son bénéfice net a presque été réduit de moitié.
La plus importante compagnie aérienne du pays n’a réussi à récupérer que moins de la moitié de la hausse de ses coûts de carburant au trimestre dernier. Elle vise toutefois à en récupérer environ 70 % au trimestre en cours, a indiqué son chef des finances, John Di Bert, lors de la conférence téléphonique portant sur les résultats du troisième trimestre, hier.
Les dépenses en carburant ont dépassé les 2,1 milliards de dollars au troisième trimestre de 2026. La facture a augmenté de 75 % sur un an, soit 906 millions de dollars, au cours des trois mois terminés le 30 septembre.
Pour les neuf premiers mois de 2026, Air Canada a consacré plus de 5 milliards de dollars au carburant, contre 3,5 milliards de dollars pour les neuf premiers mois de 2025.

De nouvelles hausses à venir
Dans le contexte du conflit qui se poursuit au Moyen-Orient et qui a fortement perturbé les exportations mondiales de pétrole, M. Di Bert s’attend à ce que le prix du carburant se maintienne autour de 1,72 $ le litre, soit « considérablement plus élevé que prévu initialement ».
« Cette situation devrait nous accompagner dans un avenir prévisible, à tout le moins », a-t-il déclaré.
Les passagers doivent donc s’attendre à de nouvelles hausses du prix des billets.
« Les augmentations tarifaires demeurent le principal moyen de compenser un environnement marqué par des coûts de carburant plus élevés », a-t-il expliqué.
Au Canada, les tarifs aériens ont augmenté de 19,4 % sur un an en septembre, selon Statistique Canada.
Jeudi, Air Canada a revu à la baisse ses perspectives financières pour 2026. Le transporteur prévoit désormais un bénéfice avant intérêts, impôts et amortissements (BAIIA) de 2,4 à 2,7 milliards de dollars, alors qu’il anticipait encore, il y a moins de trois mois, des résultats de 2,9 à 3,2 milliards de dollars.
Les produits d’exploitation ont toutefois bondi de 21 % pour atteindre un sommet trimestriel de 6,98 milliards de dollars, la compagnie ayant relevé ses tarifs aériens.
Long et court-courrier
Les difficultés financières qui se profilent à court terme s’expliquent notamment par le décalage entre le moment où les réservations sont effectuées et celui où les prix du carburant évoluent, a indiqué le chef des affaires commerciales, Mark Galardo.
Air Canada compte une proportion beaucoup plus importante de vols long-courriers que ses concurrentes américaines. Or, ces voyages sont généralement réservés beaucoup plus longtemps à l’avance, à des tarifs établis en fonction des prévisions concernant les prix du carburant à ce moment-là.
« Une fois les réservations effectuées, il devient difficile de récupérer les coûts supplémentaires du carburant », a souligné Galardo.
L’analyste de la Banque Nationale Cameron Doerksen a indiqué que, même si l’échéancier prévu pour récupérer entièrement les coûts supplémentaires « a été repoussé », une récupération complète pourrait être possible au cours du premier semestre de l’année prochaine.
« Nous estimons que la hausse des coûts du carburant pèse davantage sur la rentabilité des concurrents d’Air Canada, ce qui devrait éventuellement entraîner de nouvelles réductions de capacité dans l’ensemble du secteur, au bénéfice d’Air Canada », a-t-il écrit dans une note aux investisseurs.
Marché transfrontalier : pas d’inquiétudes…
La baisse soutenue de la demande pour les voyages aux États-Unis a poussé le transporteur à réduire ses services transfrontaliers.
Plus tôt cette année, Air Canada avait suspendu ou reporté huit liaisons transfrontalières prévues pour l’automne, avant d’en supprimer quatre autres qui devaient être exploitées cet été.
Selon Statistique Canada, le nombre de retours au Canada par avion de voyageurs canadiens en provenance des États-Unis était inférieur de 23 % en août à celui enregistré au cours du même mois deux ans auparavant.
Pendant cette même période, le volume des vols d’Air Canada entre les deux pays a diminué de 13 %, selon les données de Cirium, une entreprise spécialisée dans le suivi des données aériennes.
M. Galardo a toutefois mis en garde contre une interprétation trop alarmiste des réductions apportées à certains corridors transfrontaliers, soulignant que plusieurs liaisons avaient également été ajoutées.
Il a fait valoir que la vigueur du dollar américain, les marges bénéficiaires plus élevées au sud de la frontière et la croissance de la demande américaine pour les voyages au Canada constituent autant de facteurs favorables.
Air Canada cherche également à tirer parti de la situation géographique du Canada, qui peut servir de point de correspondance aux voyageurs européens, nord-américains et sud-américains traversant l’Atlantique.
« Je n’ai aucune raison de m’inquiéter de la situation du marché transfrontalier », a déclaré Galardo.
Expansion du réseau
Air Canada a entrepris une expansion majeure de son réseau international. Le mois dernier, elle a annoncé l’ajout de sept nouvelles liaisons vers l’Europe et l’Asie pour l’été prochain.
Cette expansion repose notamment sur l’arrivée de nouveaux Airbus A321 monocouloirs à long rayon d’action ainsi que de Boeing 787 gros-porteurs. D’importants retards de livraison ont toutefois ralenti leur mise en service.
Le premier des 30 Airbus A321XLR attendus a été livré à Air Canada en avril. Six autres appareils de ce type, économes en carburant et dont plusieurs seront affectés aux liaisons transatlantiques, doivent être livrés au cours du trimestre en cours.
Les deux premiers Boeing 787-10 de la compagnie doivent également être livrés avant la fin de l’année. À cela s’ajouteront sept Airbus A220, des appareils monocouloirs de plus petite capacité assemblés au nord de Montréal, a précisé M. Di Bert.
Les A321 consomment de 15 à 20 % moins de carburant que les avions gros-porteurs sur les liaisons transatlantiques, a-t-il indiqué.
« C’est un avantage important dans n’importe quel contexte, mais il l’est encore davantage dans l’environnement actuel, marqué par les prix élevés du carburant. »
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Légende de la photo principale : Un appareil d’Air Canada est immobilisé à sa porte d’embarquement en attendant son départ de l’aéroport international Montréal-Trudeau, le 30 juillet 2026. (La Presse Canadienne / Christinne Muschi)