• vendredi le 18 juin, 2021

Les voyages seront plus chers à moyen terme, selon Bruce Poon Tip fondateur de G Adventures

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1 avril 2021 – Personne n’a de boule de cristal lorsqu’il s’agit de savoir à quoi ressemblera la reprise du tourisme dans le monde. Mais Bruce Poon Tip, qui a fondé G Adventures il y a plus de 30 ans, est mieux placé que quiconque pour faire des prédictions audacieuses.

Lors d’une conférence de presse tenue le 18 mars, Bruce Poon Tip a réfléchi aux leçons tirées du passé et aux défis à venir après une année sans précédent pour le secteur du voyage, au cours de laquelle la pandémie de COVID-19 a cloué au sol des avions, des bateaux de croisière et des circuits touristiques dans le monde entier. Alors que la plupart de l’année 2020 a été consacrée à la survie et à l’incertitude quant à l’avenir du voyage, la dernière rencontre de Bruce Poon Tip a révélé les nombreuses raisons pour lesquelles le secteur peut être optimiste en 2021, alors que de plus en plus de pays rouvrent leurs frontières et que la distribution mondiale de vaccins s’accélère.

Cette reprise aura toutefois un coût temporaire pour les voyageurs en termes de prix. Lorsqu’on lui demande s’il pense que les voyages deviendront plus chers après la pandémie, Bruce Poon Tip répond : « À court terme, non, à moyen terme, oui, à long terme, non ».

Constatant que tous les fournisseurs de voyages offriront des rabais et une plus grande flexibilité dans un premier temps pour inciter les gens à réserver à nouveau, les prix connaîtront une flambée à moyen terme, une fois que le secteur aura retrouvé sa vitesse de croisière. Toutefois, il n’y a pas lieu de s’inquiéter, car il s’attend à ce que les réservations s’équilibrent et se stabilisent à long terme.

Bruce Poon Tip estime que le pronostic à long terme est bon, les voyageurs réservant sur des périodes plus longues, passant des 60 à 90 jours habituels à sept ou huit mois.  Il estime donc qu’à partir du 1er septembre, les voyagistes, dont G Adventures, verront probablement des chiffres plus significatifs en termes de réservations.

Mais qu’en est-il de la très importante saison estivale ?

« Nous pensions que nous aurions des passagers en mai et juin, mais pas de manière significative, car beaucoup de pays sont encore en convalescence et ils ne vont pas avoir leurs frontières ouvertes », a-t-il déclaré. « Mais beaucoup de pays font pression pour que les frontières rouvrent le 1er juillet afin de profiter de l’été. Les réservations reviennent pour nous, c’est certain, surtout après notre Cyber mois de novembre où nous avons vu un énorme pic de personnes réservant avec huit à neuf mois d’avance. De plus, les ventes des agences reprennent car les agents communiquent à nouveau avec leurs clients. »

Malgré quelques gains ces dernières semaines, Bruce Poon Tip considère toujours que G Adventures est en « hibernation » pour le moment, comme la plupart des autres voyagistes. Mais cela ne signifie pas que la société s’est endormie l’année dernière. En vérité, elle a organisé plus de 100 voyages depuis septembre dernier, en commençant par l’Europe, puis le Costa Rica en novembre et la Tanzanie en décembre. Elle a connu quelques faux départs, comme au Pérou, mais avec la reprise des itinéraires au Maroc et en Égypte au cours des deux dernières semaines, l’entreprise a retrouvé un certain élan.

« Tout le monde dans l’industrie du voyage parle du fait qu’il va y avoir un retour rapide et qu’il y aura un point de basculement où les gens décideront qu’ils veulent voyager », a ajouté Poon Tip. « Une étude récente de G Adventures a révélé que 59 % des voyageurs dans le monde ont déclaré que le verrouillage des frontières leur donnait plus envie de voyager qu’auparavant et que 31 % des voyageurs voyageront dans les trois mois suivant leur vaccination. Ce chiffre grimpe à 46 % si on leur demande s’ils voyageront dans les six mois suivant leur vaccination. Tout cela montre qu’il y aura un redressement très rapide ».

Voici d’autres informations tirées de ce briefing :

PASSEPORTS DE VACCINATION

Bruce Poon Tip, qui, avant la pandémie, parcourait en moyenne 300 000 miles par an, est en faveur des passeports de vaccination, mais seulement s’ils sont uniformisés dans le monde entier.

« Vous pouvez imaginer que si 100 pays différents, ou même 50, sortent des versions différentes des passeports, ce sera le chaos pour les pays qui veulent recevoir des touristes », a-t-il déclaré. « Pour nous, en tant qu’opérateur dont la direction organise des voyages dans le monde entier, s’ils arrivent le premier jour, nous voulons être sûrs que le pays dispose d’un moyen normalisé de vérifier que tous nos passagers ont été testés ou vaccinés. Si tout le monde a des versions différentes du passeport, cela ne fait que compliquer les choses, sans parler du processus d’information que cela implique et qui sera très lourd à gérer. »

Comme le passé l’a montré, a-t-il ajouté, les pays, les offices du tourisme et les autorités touristiques n’ont pas eu beaucoup de succès concernant la communication et la normalisation des diverses réglementations relatives aux voyages. Mais la réponse à la question d’un passeport de vaccination pour le COVID-19 se trouve peut-être du côté de l’IATA, qui représente quelque 290 compagnies aériennes membres dans le monde. Le Travel Pass de l’IATA est déjà en cours de réalisation, et des compagnies comme Singapore Airlines, THAI Airways, Emirates, Etihad, Copa et Air New Zealand l’ont adopté pour aider les passagers à simplifier les exigences en matière de vérification sanitaire.

Selon Bruce Poon Tip, si l’IATA développe et/ou réglemente une version standardisée d’un passeport de vaccination ou d’un certificat vert sur lequel tout le monde peut s’accorder, comme celui proposé par la Commission européenne,  « les gens se sentiront plus en sécurité, ce qui est une excellente chose. »

À ceux qui s’opposent à l’idée d’un passeport de vaccination, Bruce Poon Tip s’empresse de rappeler que montrer une preuve de vaccination n’a rien de nouveau et que les voyageurs le font depuis des décennies pour des affections telles que le paludisme, la fièvre jaune et le tétanos.

« Nous aurons besoin de quelque chose de plus officiel que le petit livre jaune et les tampons du médecin que nous avons utilisés jusqu’à présent », a-t-il déclaré. « Mais je ne pense pas que les gens soient opposés à la possession ou à l’utilisation d’un passeport. Le sentiment général est plutôt positif – il faut juste que ce soit clair, transparent et cohérent. »

TENDANCES ET ASSURANCE VOYAGE

Parmi les nouvelles tendances en matière de voyage qui ont émergé à la suite de la pandémie, Bruce Poon Tip a souligné les points suivants :

Dans une étude récente de G Adventures, 75 % des voyageurs que l’entreprise sert dans le monde entier veulent que leur argent profite aux populations locales.

41 % des personnes interrogées veulent passer plus de temps en plein air.

Les gens veulent des vacances plus longues, comme le montre le succès des nouvelles « Mini-Aventures » de G Adventures, qui permettent aux clients de prolonger leur voyage.

Les vacances-travail connaîtront un « énorme essor » parmi les jeunes, qu’il s’agisse de ceux qui travaillent pendant leurs vacances ou de ceux qui s’installent temporairement dans un autre pays pour travailler et voyager dans cette destination.

Les voyages actifs de type « bucket-list » sont en hausse :  « Nous avons constaté sur notre site web un pic de demandes de renseignements sur le camp de l’Everest, ainsi que sur les ascensions du Kilimandjaro et du chemin de l’Inca ».

Bruce Poon Tip a également été interrogé sur les assurances voyage et sur la manière dont elles vont évoluer après la pandémie. Des compagnies d’assurance comme TuGo, Manulife et Allianz ayant déjà inclus une couverture pour le COVID-19, Bruce Poon Tip pense que l’effet boule de neige va se poursuivre jusqu’au moment où tous les fournisseurs d’assurance en feront de même. Toutefois, cela aura un coût pour les consommateurs.

« Le prix des assurances devraient augmenter légèrement à court terme, car les compagnies d’assurance créent un fond pour les financer à long terme », a-t-il déclaré.

Compte tenu que de nombreux pays, dont le Canada, imposent des tests avant l’arrivée, Bruce Poon Tip pense-t-il que les compagnies d’assurance finiront par couvrir également le coût des tests ?

« Le principal changement sera que les compagnies d’assurance couvriront les voyageurs s’ils attrapent le COVID-19 pendant leur voyage, et s’ils ont besoin d’un traitement ou d’un transport pour rentrer chez eux si cela devient grave. Nous allons aussi commencer à voir de nouvelles choses dans les programmes d’assurance voyage tel que les tests avant le voyage de retour », a-t-il déclaré.

CONCURRENCE ET UNITÉ

À l’heure où les voyagistes commencent à planifier leur reprise, il est important de se rappeler que certaines choses ne doivent pas être transformées en compétition, notamment la santé et la sécurité.

« Chaque entreprise propose des solutions pour assurer la sécurité de ses clients, mais nous ne devrions pas nous en servir pour différencier nos marques, car nous avons tous un objectif commun : faire voyager les gens à nouveau », explique Bruce Poon Tip. « La concurrence est excellente pour gagner des clients, des normes de service, des circuits de produits et des services, mais nous devrions tous être d’accord pour faire tout notre possible pour assurer la sécurité de nos clients. Ce n’est pas un domaine dans lequel nous devrions être en concurrence. »

Bruce Poon Tip pense que la pandémie offre une opportunité unique à l’ensemble du secteur du voyage pour mettre de côté ses différences et se rassembler afin de créer un changement durable. Après une année marquée par la division, avec des mouvements tels que Black Lives Matter et #MeToo qui ont dominé les gros titres, le monde se rassemble maintenant en tant qu’unité collective pour surmonter la pandémie.

« Nous avons vécu une période difficile de polarisation et cette pandémie est venue contraster avec tout cela. Elle nous rapproche et nous aide à réaliser à quel point le monde est petit et à quel point nous avons besoin les uns des autres pour nous en sortir », a-t-il déclaré. « Je pense donc que c’est une période vraiment formidable. Notre communauté s’est renforcée d’une manière dont elle n’avait jamais connue auparavant. »

Source : Cindy Sosroutomo pour le groupe Travelweek/Profession Voyages

Traduction : Emmanuelle Bouvet

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