L’acquisition proposée vise à simplifier les réservations ferroviaires en Europe tout en élargissant les outils et les possibilités offerts aux professionnels du voyage.
Le groupe Omio a conclu une entente en vue d’acquérir Rail Europe, une transaction qui réunirait l’une des plus importantes plateformes multimodales de voyage au monde et l’une des marques de distribution ferroviaire les plus reconnues de l’industrie.
En entrevue avec Profession Voyages, Björn Bender, chef de la direction et président exécutif de Rail Europe, a indiqué que cette acquisition pourrait simplifier la vente de l’un des produits les plus complexes de l’industrie du voyage en permettant aux conseillers de rechercher, de réserver et d’intégrer plus facilement les trajets ferroviaires européens à des itinéraires multipays.
« Le transport ferroviaire en Europe est un excellent produit, mais il demeure complexe à vendre, constate M. Bender. Les conseillers doivent souvent composer avec différents exploitants, diverses structures tarifaires, des règles de réservation variées et plusieurs systèmes de distribution. Le rôle de Rail Europe a toujours été d’absorber cette complexité et de la présenter de façon à la rendre accessible aux professionnels du voyage. »
Si elle est approuvée, la transaction donnerait naissance à l’une des plus importantes entreprises mondiales de distribution ferroviaire, avec plus de 22 millions de billets de train vendus chaque année, des partenariats avec plus de 28 000 exploitants de transport et distributeurs de voyages, ainsi qu’une clientèle répartie dans plus de 70 pays.
L’acquisition demeure toutefois assujettie au processus de consultation du Comité social et économique (CSE) de Rail Europe en France avant de pouvoir être finalisée.
Ce que l’entente signifie pour les conseillers
Selon les modalités proposées, Rail Europe continuerait d’exercer ses activités sous sa marque actuelle, tout en bénéficiant de la technologie, des capacités de plateforme et de l’inventaire multimodal du groupe Omio. Aucune modification immédiate n’est donc prévue pour les conseillers en voyages, les partenaires de l’industrie ou les clients.
À plus long terme, toutefois, M. Bender estime que cette combinaison pourrait rendre la vente du train européen beaucoup plus simple.
« Une fois la transaction conclue, la technologie, les capacités de plateforme et l’envergure d’Omio viendront renforcer ce travail, dit-il. Avec le temps, il sera plus facile de rechercher et de comparer un plus vaste éventail d’options, de bâtir des itinéraires transfrontaliers et multi-pays, et d’intégrer naturellement le train aux autres composantes du voyage. »
Du concret
Pour les conseillers, les avantages seraient donc très concrets, ajoute-t-il. « Ils bénéficieraient d’un plus grand choix, de processus de réservation plus clairs et d’une confiance accrue lorsqu’ils recommandent le train en Europe à leurs clients. Ils disposeraient aussi de davantage de temps pour ce que la technologie ne pourra jamais remplacer : comprendre le voyageur et concevoir le séjour qui lui convient le mieux. »
Comme l’acquisition est toujours soumise aux consultations et aux approbations réglementaires, M. Bender précise qu’il est encore trop tôt pour présenter une feuille de route détaillée des futurs produits.
« Mais l’objectif est clair : nous voulons rendre le train européen plus facile à vendre pour les conseillers et plus simple à vivre pour leurs clients. »
Une demande en pleine croissance
Cette acquisition intervient alors que le voyage en train poursuit sa progression, particulièrement auprès des voyageurs qui souhaitent découvrir plusieurs destinations européennes au cours d’un même séjour.
Selon le groupe Omio, le marché mondial du transport ferroviaire devrait dépasser les 300 milliards de dollars américains d’ici 2032, alors que les gouvernements européens investissent des centaines de milliards d’euros dans leurs infrastructures ferroviaires afin d’accroître leur capacité et d’encourager un transfert des déplacements de la route et de l’avion vers le rail.
M. Bender estime que les voyageurs canadiens sont particulièrement bien adaptés à ce mode de transport puisqu’ils visitent souvent plusieurs destinations lors d’un même voyage en Europe.
« Le train correspond parfaitement à la façon dont de nombreux Canadiens découvrent l’Europe, explique-t-il. Après un vol transatlantique, ils souhaitent souvent visiter plusieurs destinations. Le train leur permet de voyager de centre-ville à centre-ville, avec davantage d’espace, moins de formalités aéroportuaires et la possibilité de combiner les grandes capitales avec des villes et des régions moins connues. »
Un trajet-expérience
Selon lui, le trajet fait même désormais partie intégrante de l’expérience touristique. « Pour de nombreux visiteurs canadiens, voyager à bord du réseau ferroviaire à grande vitesse européen fait partie du voyage lui-même. Le train n’est plus simplement un moyen de transport entre deux destinations : il devient un souvenir marquant des vacances. »
Même si les considérations environnementales influencent les décisions des voyageurs, M. Bender croit que la commodité et la qualité de l’expérience demeurent les principaux moteurs des réservations.
« Le développement durable fait certainement partie de l’attrait, mais c’est surtout la commodité et la qualité de l’expérience qui transforment cet intérêt en réservation. »
Les données publiées plus tôt cette année par Rail Europe témoignent également d’une demande croissante de la part des voyageurs nord-américains. Bien que l’entreprise regroupe les statistiques canadiennes et états-uniennes, les utilisateurs nord-américains ont représenté près de la moitié de toutes les visites sur la plateforme Rail Europe en 2025. Parmi eux, 94 % ont réservé des billets aller simple, tandis que 53 % ont regroupé plusieurs trajets ferroviaires dans une même réservation, illustrant la popularité des itinéraires flexibles à destinations multiples.
Tendance à la hausse
Les tendances générales du tourisme vont dans le même sens. Statistique Canada rapporte que les résidents canadiens ont effectué 14,2 millions de voyages vers des destinations outre-mer en 2025, soit une hausse de 9,2 % par rapport à 2024 et près de 15 % de plus qu’en 2019.
De son côté, la Commission européenne du voyage indique que les arrivées de Canadiens en Europe ont progressé de 9,6 % entre janvier et novembre 2025 comparativement à la même période de l’année précédente.
« Ces données ne concernent pas uniquement le train, souligne M. Bender, mais elles démontrent que la demande des Canadiens pour les voyages en Europe demeure soutenue, et que leur préférence pour les itinéraires à destinations multiples se prête particulièrement bien au transport ferroviaire. »
Vers une plus grande entreprise de distribution
Une fois l’acquisition complétée, Rail Europe rejoindrait le portefeuille du groupe Omio aux côtés de sa plateforme de réservation destinée aux consommateurs, de ses activités de distribution B2B et de sa marque de découverte de voyages Rome2Rio.
Jean-François Bessiron, chef des activités B2B du groupe Omio, estime que cette union contribuerait à moderniser la distribution ferroviaire.
« Cette transaction représente un moment charnière pour l’avenir du transport terrestre à l’échelle mondiale, affirme M. Bessiron. Ensemble, Omio et Rail Europe offriraient à l’industrie un acteur doté de la technologie et de l’envergure nécessaires pour rendre le transport ferroviaire connecté, accessible et abordable pour tous. Le secteur est freiné depuis trop longtemps par des systèmes dépassés et dominé par quelques acteurs majeurs. »
Des entreprises complémentaires
Selon M. Bender, les deux entreprises se complètent parfaitement. « Les dernières années ont été profondément transformatrices pour Rail Europe, dit-il. Avec nos équipes et nos partenaires, nous avons bâti une entreprise indépendante et acquis une position unique dans l’industrie ferroviaire mondiale. »
« Pour la prochaine étape, Omio et Rail Europe forment une alliance naturelle, poursuit M. Bender. Omio apporte une envergure considérable et une technologie de pointe. Rail Europe apporte une expertise ferroviaire reconnue, une marque internationale de confiance auprès des consommateurs et le plus solide réseau de distribution B2B du secteur. »
Pour l’avenir, il considère l’Amérique du Nord, y compris le Canada, comme un marché de croissance prioritaire.
« La véritable occasion ne consiste pas seulement à vendre davantage de billets de train, de conclure M. Bender. Il s’agit de faire du train un choix naturel dès le moment où un voyageur canadien commence à planifier son séjour en Europe. »
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Photo principale : Björn Bender, chef de la direction et président exécutif de Rail Europe.