Suppléments carburant : ce que les conseillers entendent des clients

Instaurés depuis le début de la guerre en Iran, les suppléments carburant forment un autre frein au voyage. Mais jusqu’à quel point? Des conseillers d’un peu partout au pays témoignent.


Les suppléments carburant imposés par les compagnies aériennes sont devenus une nouvelle réalité dans un contexte où les transporteurs doivent composer avec la hausse des coûts du carburant.

Mais ces frais additionnels amènent-ils réellement les voyageurs à revoir leurs projets de vacances?

C’est la question que se pose une bonne partie de l’industrie depuis que plusieurs transporteurs ont instauré ou ajusté leurs suppléments carburant au cours des derniers mois, en réaction à la hausse du prix du carburant d’aviation liée au conflit au Moyen-Orient.

Si Porter Airlines a récemment réduit de 40 $ à 20 $ son supplément carburant temporaire sur les billets-récompenses VIPorter, et si WestJet a abaissé celui appliqué aux réservations effectuées avec un bon compagnon de 60 $ à 40 $, Vacances Air Canada continue pour sa part d’imposer un supplément de 50 $ par passager, invoquant l’incertitude persistante dans la région.

Pour les conseillers en voyages, la bonne nouvelle est que la demande demeure soutenue malgré ces frais supplémentaires.

« Mes clients se sont interrogés sur ces frais additionnels, mais ils les considèrent comme un autre coût sur lequel nous n’avons aucun contrôle compte tenu de la situation mondiale », explique Scott Penney, conseiller chez The Travel Agent Next Door, à Stewiacke, en Nouvelle-Écosse. « Les clients qui veulent vraiment voyager vont les payer. »

Même constat pour Kim Hartlen, propriétaire de Kim Hartlen Travel, à Halifax. « Pour être honnête, cela inquiétait davantage les clients il y a quelques mois, mais aujourd’hui ils en parlent beaucoup moins, dit-elle. Ils continuent de planifier leurs voyages. Ils y pensent, mais cela ne les empêche pas de réserver. »

 

Des inquiétudes qui vont au-delà du supplément carburant

Si ces frais ont suscité des questions, plusieurs conseillers constatent que certains voyageurs étaient davantage préoccupés par les conséquences du contexte géopolitique que par le supplément lui-même.

Scott Penney raconte qu’au moment de l’annonce des nouveaux frais, plusieurs clients craignaient que des vols soient annulés en raison de rumeurs de pénurie de carburant.

« Cela a créé du stress chez certains clients, explique-t-il. J’en ai eu quelques-uns qui ont reporté leur voyage en Europe parce qu’ils craignaient des annulations de vols. Ce n’était pas vraiment le supplément carburant qui les inquiétait. Cette crainte semble maintenant s’être dissipée et les clients continuent de réserver. C’est simplement un coût de plus à absorber. »

Shalene Dudley, propriétaire et conseillère principale de Shalene Dudley Travel Concierge, à Oakville, en Ontario, constate elle aussi que les questions sur le supplément carburant se sont faites plus rares.

« Les questions concernant les coûts du carburant ont pratiquement disparu chez les clients qui réservent des forfaits, dit-elle. En revanche, le prix des billets d’avion, lui, a véritablement explosé. »

Les voyageurs s’intéressent désormais davantage au coût global de leur voyage qu’à chacun des frais qui le composent.

 

Le véritable enjeu : le prix des billets d’avion

Si les suppléments carburant attirent l’attention, les conseillers estiment que le principal problème demeure la hausse générale des tarifs aériens.

« Nous avons constaté une augmentation d’environ 30 % à 40 % des prix des billets d’avion comparativement à 2025 », affirme Shalene Dudley.

Selon elle, cette hausse influence beaucoup plus les décisions d’achat que le supplément carburant lui-même.

« De nombreuses demandes de dernière minute ont amené les consommateurs à modifier leurs projets », précise-t-elle.

Marianne Vogel, CTC et propriétaire de Just for You Travel & Consulting, à Dundas, en Ontario, remarque également que ses clients examinent désormais de près la composition du prix de leur billet.

« Lorsqu’ils voient un tarif de base relativement bas, mais plusieurs centaines de dollars en taxes et suppléments, ils veulent naturellement comprendre d’où proviennent ces coûts », explique-t-elle.

Elle ajoute que certains clients ont remarqué des changements dans la façon dont les compagnies aériennes présentent leurs différents frais.

« Certains se demandent si ce qui était auparavant présenté comme un supplément imposé par le transporteur est maintenant identifié comme un supplément carburant. Ils analysent beaucoup plus qu’avant le détail du prix de leur billet. »

 

Les voyageurs s’adaptent

Malgré cette hausse des coûts, la plupart des conseillers observent que les voyageurs s’adaptent plutôt que d’annuler leurs vacances. Kim Hartlen constate même une tendance inattendue.

« Si je remarque un changement, c’est que les clients prolongent leur séjour, dit-elle. Comme le billet d’avion représente une part importante du coût total du voyage, ils cherchent à rentabiliser davantage leurs vacances. Plutôt que de raccourcir leur séjour, ils le prolongent. »

D’autres ajustent plutôt la nature de leur voyage. Selon Shalene Dudley, certains raccourcissent ainsi leurs vacances ou envisagent d’autres options.

« Les clients qui recherchent des vacances soleil et plage s’intéressent davantage aux croisières ou à des séjours plus courts, explique-t-elle. Nous devons aussi leur rappeler l’importance de réserver plus tôt. »

 

Plus de souplesse

Les voyageurs font également preuve de plus de souplesse dans le choix des transporteurs. « Certains acceptent désormais de voyager avec des compagnies aériennes américaines proposant des correspondances si cela permet d’économiser, ajoute-t-elle. Cela leur offre davantage de possibilités. »

Valerie Murphy, de Direct Travel, à Waterloo, remarque quant à elle une diminution des réservations spontanées. « Les demandes que je reçois concernent surtout l’hiver prochain ou même l’année suivante, dit-elle. Il y a très peu de demandes de dernière minute et beaucoup de clients sont étonnés par les prix. »

Marianne Vogel constate également que les consommateurs deviennent plus prudents dans leurs dépenses de voyage. « Les gens choisissent avec beaucoup plus de soin où ils vont et combien ils sont prêts à dépenser, affirme-t-elle. Certains recherchent déjà des offres pour 2027, tandis que d’autres privilégient des vacances à la maison ou de courts séjours au Canada. »

 

La transparence est essentielle

Même si les conseillers comprennent généralement pourquoi les compagnies aériennes ont instauré des suppléments carburant, plusieurs estiment que la transparence sera essentielle pour que les voyageurs acceptent ces coûts supplémentaires.

« Je comprends que les coûts d’exploitation des compagnies aériennes fluctuent, notamment celui du carburant, estime Kim Hartlen. L’important est que les prix demeurent compétitifs et transparents. Les clients veulent connaître le coût total dès le départ afin de prendre une décision éclairée. C’est ce qui inspire confiance. »

Selon elle, cette transparence profite également aux conseillers. « Lorsque les prix sont compétitifs et transparents, il est plus facile de vendre un voyage et les clients réservent avec davantage de confiance. »

Scott Penney estime que la majorité des voyageurs comprennent que les compagnies aériennes doivent absorber une hausse de leurs coûts. « Je comprends qu’elles cherchent à récupérer une partie de ces dépenses, dit-il. Pour la plupart de mes clients, même si cela représente un inconvénient et un frais de plus, le montant demeure relativement faible. S’ils veulent voyager, ils le paieront. »

 

De petits retours à la normale

Il se réjouit toutefois de voir certains transporteurs commencer à réduire ces suppléments. « C’est un signe encourageant, estime-t-il. Ce qui m’inquiète, c’est que ce type de frais devienne permanent une fois instauré. »

Valerie Murphy comprend également la logique derrière ces suppléments, mais elle craint leur effet combiné avec d’autres facteurs. « Avec le coût de la vie aussi élevé en ce moment, je crains que certaines personnes renoncent à leurs voyages habituels pour réussir à couvrir leurs dépenses quotidiennes, dit-elle. C’est frustrant de voir à quel point tout semble finir par avoir un impact sur l’industrie du voyage. »

Pour Shalene Dudley, le carburant n’est qu’un élément parmi d’autres du problème d’abordabilité. « Il semble y avoir beaucoup plus que les seuls suppléments carburant derrière l’augmentation générale des prix, observe-t-elle. Les voyages d’agrément deviennent lentement moins accessibles pour de nombreuses personnes. Les clients doivent choisir entre augmenter leur budget voyage ou voyager moins souvent. »

 

De l’optimisme malgré tout

Même si les tarifs aériens demeurent élevés et que les suppléments carburant s’ajoutent au coût des voyages, les conseillers soulignent qu’une chose n’a pas changé : les Canadiens ont toujours envie de voyager.

Les clients réservent plus longtemps d’avance, comparent davantage les options et examinent plus attentivement le détail des tarifs, mais leur désir de partir en vacances demeure intact.

Alors que certaines compagnies aériennes commencent à réduire leurs suppléments temporaires, les conseillers espèrent que cette tendance se poursuivra. Quoi qu’il arrive, ils s’attendent à ce que les voyageurs continuent d’évaluer avant tout le rapport qualité-prix plutôt que de s’arrêter à chacune des lignes figurant sur leur facture.

Pour l’instant, le supplément carburant apparaît davantage comme un irritant qu’un véritable frein aux voyages : une dépense supplémentaire à intégrer au budget vacances, plutôt qu’une raison de rester à la maison.