Des prix de l’essence élevés tout l’été, des budgets et voyages bouleversés

Le prix du carburant à la pompe a atteint 1,94 $ le litre à Toronto, 2,04 $ à Montréal, 2,23 $ à Vancouver, 1,90 $ à Calgary et 1,92 $ à Halifax.


Depuis que les prix de l’essence ont commencé à grimper en mars, Sarah Bradley s’est mise à faire la chasse aux aubaines dans plusieurs épiceries de Montréal. « Avant, j’étais du genre à tout acheter au même endroit, dit-elle. Maintenant, j’y pense à deux fois. Je me demande si j’ai vraiment besoin d’acheter ça chez IGA ou si je peux le trouver moins cher ailleurs.

« C’est insensé », dit-elle à propos du plein de son SUV Toyota RAV4 cette semaine, une dépense qui empiète sur les autres volets de son budget.

En fait, Mme Bradley ne fait même plus le plein. Elle pompe 12 litres pour 24,57 $ dans une station Petro-Canada où le prix vient de dépasser 2 $ le litre. Elle prévoyait acheter le reste chez Costco, où elle est membre et profite d’un rabais. « Je suis souvent sur la route et ça influence vraiment mes choix de vie », dit la consultante.

 

Une crise qui s’éternise

Alors que le conflit au Moyen-Orient s’éternise et que l’offre mondiale de pétrole diminue, le prix de l’essence continue de frôler des sommets historiques, sans aucun signe de baisse avant le début de la saison estivale très axée sur les déplacements… ni même avant sa fin.

Selon Ressources naturelles Canada, l’essence ordinaire sans plomb coûtait en moyenne 1,98 $ le litre à l’échelle du pays jeudi, grimpant au cours de la dernière semaine en suivant la trajectoire des prix du pétrole.

Les prix ont atteint 1,94 $ le litre à Toronto, 2,04 $ à Montréal, 2,23 $ à Vancouver, 1,90 $ à Calgary et 1,92 $ à Halifax.

« On est en territoire inconnu, affirme Dan McTeague, président du groupe de défense Canadians for Affordable Energy. On n’a jamais connu une crise énergétique comme celle-ci. Ce problème de pénurie va nous suivre jusqu’à la fin de l’année. »

 

Le mal est fait…

Même si le détroit d’Ormuz rouvrait après une longue fermeture déclenchée par l’attaque États-Unis-Israël contre l’Iran le 28 février, il faudrait des mois, voire des années, avant que les producteurs du Golfe persique puissent reprendre une production maximale et expédier du pétrole aux raffineries pour la vente en gros et la consommation au détail.

« Le mal est fait », dit Dan McTeague, en évoquant les frappes contre des champs pétrolifères, des raffineries et des installations de gaz naturel en Arabie saoudite, au Qatar, aux Émirats arabes unis, au Koweït et en Irak. « On a vidé toutes les réserves dans le monde, ajoute-t-il. Il faut du temps pour les reconstituer. »

Plus de 80 % du pétrole et du gaz naturel qui passent normalement par le détroit d’Ormuz sont destinés aux marchés asiatiques. Mais les produits dérivés du pétrole sont fixés sur un marché mondial, ce qui fait que les acheteurs du monde entier ressentent la pression, à divers degrés.

 

Un long retour à la normale

De nombreux sites de raffinement ont réduit leur production, provoquant une flambée des prix. Et même une fois les hostilités terminées, les réparations dans les installations endommagées pourraient prendre des mois. Dans certains cas, les pièces de rechange pourraient mettre des années à être livrées. Et le scepticisme des transporteurs quant à la sécurité réelle du passage pourrait empêcher un retour au niveau de trafic d’avant-guerre pendant un bon moment.

L’ampleur des prix de l’essence cet été dépend « entièrement » du maintien du blocage, explique Patrick De Haan, responsable de l’analyse pétrolière chez le site GasBuddy.com. « Plus ça dure, plus les Canadiens pourraient limiter leurs déplacements », dit-il à propos des prix élevés.

« Pour l’instant, je ne m’attends pas à une chute massive de la demande, nuance M. De Haan. Beaucoup de Canadiens, comme les Américains, ne veulent pas renoncer à leurs projets de voyage estivaux simplement parce que les prix sont élevés. Ils pourraient plutôt tenter de réduire leurs dépenses ailleurs. »

 

Couper, mais où?

Almoustapha Haidala fait partie des Canadiens qui ont dû procéder ainsi, en réduisant le budget alimentaire hebdomadaire de sa famille. « On va certainement couper dans la nourriture, dit-il. Et couper dans la nourriture, ça a un impact sur notre qualité de vie », déclare l’agent de sécurité montréalais en faisant le plein de sa Toyota Corolla, tout en jetant un œil à l’affiche indiquant 2,01 $ le litre.

« C’est trop élevé, peste-t-il. Et ça fait grimper nos dépenses à la fin du mois, ce qui veut dire qu’on peine vraiment à joindre les deux bouts dans la vie de tous les jours. »

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Légende de l’image principale : Une femme fait le plein dans une station-service à Mississauga, Ontario, le 13 février 2024 — CRÉDIT La Presse Canadienne / Christopher Katsarov